médiatique
Libération d’otage : fantasmer une liesse, oublier l’essentiel
© Vogelsong - 04.07.08 | 23:21
I.Betancourt est libre. C'est la plus formidable nouvelle de l'année…
… pour elle, ses enfants, sa famille et n.sarkozy*.
Ad nauseam, pendant 72 heures les journalistes "engagés" inondent les journaux de mièvres pathos. Trop habitué au sordide servi chaud à 20 heures, le citoyen/cerveau disponible ne se rend plus compte de l'indécence de la situation et du voyeurisme ordinaire qu'il propage. Au gouvernement, l'attelage F.Fillon, n.sarkozy, B.Kouchner, R.Yade vend une indigente fiction de série B. Ces aigrefins sont sans scrupules.
Volant (comme toujours) au secours de la victoire, le gouvernement français se répand ostensiblement sur le front médiatique. n.sarkosy se précipite sur quelques miettes médiatiques de la libération d'I.Betancourt. Sauf qu'il n'y est absolument pour rien, le gouvernement ! Depuis son accession, le jocrisse présidentiel prône la négociation ; seulement la négociation. Tout y passe, même l'asile politique pour les déserteurs de la guérilla FARC. En avril 2008, les Français organisent une opération diplomatique avec le Venezuela de H.Chavez. Parallèlement, un avion médicalisé avait pique-niqué deux jours sur le tarmacadam de Bogotá, avant de repartir. Vide. Finalement c'est la méthode brutale d'A.Uribe qui aboutit. Diamétralement opposée à la position Elyséenne, c'est par des raids de commandos qu'il veut traiter le problème FARC.
C'est avec un certain étonnement que l'on écoute le 3 juillet sur France Inter, les commentateurs dresser un portrait hagiographique du président Colombien. S'il a réussit à libérer I.Betancourt et 17 autres otages, il possède d'autres particularités que, dans cette atmosphère de liesse planétaire, il vaut mieux taire. A.Uribe est l'homme des milices d'extrême droite exécutant les opposants en Colombie. Cet ancien du cartel de Medellin fournit très peu de détails sur la provenance de sa fortune. Mais de cela l'invité d'Inter n'en fera pas mention.
Jamais repus, le complexe médiatico-politique déverse des tonnes d'emphases sur toutes les ondes. Le soir de la libération, un journaliste en transe médiatique évoque de probables "sévices" subis par les otages et de guerres larvées entre la Colombie et l'Équateur. Rien ne permet d'avancer de telles allégations sur des tortures physiques au moment où le journaliste s'exprime. D'autre part, en mai 2008, des troupes prirent position aux frontières ce qui rendit la situation tendue pendant deux jours. Le 4 juillet sur France Inter, un auditeur ulcéré et saturé de Betancourt apostrophe l'innocent multicarte S.Paoli qui répond sans complexe "non, nous (entendre les journalistes) n'en faisions pas trop…". Sans aucune espèce de retenue, ils tendent le micro à un otage qui est visiblement en bonne santé physique (contrairement aux rumeurs distillées) mais qui à l'évidence souffre psychologiquement. Elle donne dans le mystique à qui veut bien l'entendre, citant la vierge Marie, la prière, sa douce France, pays des droits de l'homme. Le citoyen éberlué espère qu'un reporter engagé lui soufflera gentiment que, dans cette France féerique, la chasse aux êtres humains est planifiée 24 heures sur 24. Mais nenni. La machine déboule, inflexible. On tend les micros, on diffuse tout et principalement le pathétique.
Est-ce si compliqué d'annoncer, voire se féliciter de la fin d'un calvaire ? Attendre que tout le monde recouvre ses esprits, en particulier l'ex-otage. Elle pourra ensuite, en toute quiétude, posément narrer sa captivité : attendre, respirer, prendre du recul. Au lieu, un déferlement de commentaires oiseux qui n'a qu'un but : provoquer une virtuelle liesse planétaire, et d'en être. Surtout d'en être.
Aujourd'hui défilent les journalistes, politiciens, artistes, tous engagés pour la libération de la Jeanne d'arc des Andes. Ils font de cet évènement positif leur victoire. Ils n'y sont pour rien. C'est une cause sans risque, consensuelle, où il est confortable de s'exposer (qui est pour la captivité de Betancourt ?). Les démonstrations de soutien comme les lâchés de ballons, les concerts, et des photos gigantesques sur des mairies sont sans péril. Pour certains pisse-vinaigres, elles seraient à l'origine du prolongement de sa séquestration. Aujourd'hui c'est la grandiloquente parade des combattants d'une cause sans opposition, ni contre argument. Tout le monde est d'accord sur tout excepté une poignée d'extrémistes bivouaquant dans une jungle d'Amérique du sud.
Aujourd'hui, par bonheur, Elle est libre des FARC. Il est grand temps que les médias la libèrent aussi et par là même le citoyen.
Vogelsong – Paris – 04 juillet 2007
*et quelques autres hyènes du même acabit que le locataire de l'Elysée