politique
Le vantard et le besogneux
© Vogelsong - source - infos
31.07.08 | 22:34
Dans la novlangue médiatique, une personne modeste n’est pas un individu humble ou exempt de vanité, mais un pauvre. Il en va ainsi du langage ouaté, utilisé par les communicants (médias). Dans cet univers déconnecté de la réalité vécue, où la richesse se mesure par l’évolution du PIB et autres agrégats inhumains, il est normal que le verbe ne puisse plus rendre compte du réel. Fini les reportages populistes*, la mode est aux “enquêtes” sur le train de vie de la “jet-set”, les folies de “pétrocrates” russes, et les press-book hagiographiques des “gra(nd)s” de ce monde.
Avec l’avènement du marketing, la communication s’est donnée des atours respectables. La première étape fut d’atténuer une expression qui heurterait les oreilles chastes du CSP moyen. Ou qui se considère comme tel étant entendu que de classes sociales, il n’y a plus. Pour cela, on “euphémise” à tours de bras. Les licenciements (par définition asociaux) sont qualifiés de plans sociaux, et plus prosaïquement un sourd est, pudiquement, un malentendant. Pratiquement pour signifier à un congénère qu’il a du mal à entendre ce que nous lui vociférons, nous utilisons la percutante expression : “t’es malentendant ou bien ?!”.
Nous atteignons aujourd’hui, grâce à des artifices de communication, une déformation complète du sens, voire même d’un non-sens (novlangue). Dans le cas du péquin dit “modeste”, il subit une double peine. En plus d’être pauvre, il doit se faire discret : Être modeste. Où il faut comprendre : Il ne doit pas manifester de mécontentement sur sa condition. Il doit assumer, en silence, sa misère. Si par hasard il avait des qualités dont il pouvait faire étalage, il ne le pourrait (devrait) pas, muré qu’il est dans sa modestie.
Par analogie, les journalistes devraient utiliser les termes “vantards” pour qualifier les riches. Imaginons alors une annonce à la radio tel que : “Cette année, les vantards ont vu les revenus issus de stocks options progresser de 152%”. Cela aurait un certain cachet…
Parallèlement, il est stimulant de noter, que les gens fortunés sont qualifiés d’”aisés”. Un joli tour de passe-passe sémantique qui évoque que, en plus d’être “plein aux as”, il n’est pas si difficile d’y parvenir. Où il faut entendre : Il n’y a pas de fatalité, avec de la volonté, voire du bon sens, on peut passer ses vacances sur un yacht avec des “tops models” demi-mondaines.
Lors de la zombification de masse du 20 heure, il serait drolatique d’écouter l’androïde créateur d’informations répandre : “Pour les besogneux, les minima ont été réévalués de 0,5 %…”. Une certaine idée de la vraie vie où “2+2″ n’est pas égal à 5.
* dans son acception première, Robert : “dépeindre avec réalisme les gens du peuple”
Vogelsong - Paris - 31 juillet 2008
Tags : politique
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