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La dette : la foutaise comme précepte de communication

© Vogelsong - source - infos
26.06.08 | 08:29

 C’est un réflexe aphatique*, chaque fois que l’on aborde le débat sur l’intervention publique, la sécurité sociale, ou la régulation, une gigantesque et calorifique tropézienne sort du frigo : “La dette que nous laisserions à nos enfants” (et son succédané : “l’état en faillite”). 

Les forcenés de l’économisme ont fait une trouvaille percutante. Ces spécialistes autoproclamés transposent leurs névroses sur les marmots. En effet, pour justifier la rigueur budgétaire, ils abusent de cet artifice, c’est-à-dire la ceinture style anorexie en terme de redistribution et d’égalité. Cette méthode de communication s’appuie sur ce qu’il y a de plus précieux pour la plupart de nos concitoyens : leurs bambins. Comme adultes potentiels, nous leurs livrerions par notre incompétente fatuité un compte largement débiteur.

Cette approche simpliste et irritante a l’avantage de parler à tout le monde, en particulier aux citoyens qui voient dans l’utilité de l’impôt ou la solidarité un vague concept ésotérico-économique.

Les mitigeurs d’opinions réduisent la problématique à son état le plus basique. Avec un objectif “réflexif” sommaire et efficace : “Misère ! Nous serions de mauvais parents !”.

Bizarrement, cette approche suppose que l’Etat est géniteur. Mais à ce niveau de carence, nous ne sommes plus à un non-sens près.

Par une analogie troublante, cette rhétorique trouve un écho dans le monde de l’entreprise. Fréquemment, les responsables usent du terme de “faillite” pour définir la situation financière de la France. Des hommes d’état des plus prestigieux manient cette formule, en particulier F.Fillon. Il reprend ainsi l’approche berlusconienne de l’Etat-entreprise. Les questions du produit commercialisé, du secteur d’activité, de système de management, des objectifs restent évidement en suspend…

L’absurdité élevée au rang de dogme fait oublier que l’Etat est réputé infini, donc il ne peut virtuellement être liquidé.

Si on admet que le système financier est l’alpha et l’oméga du citoyen contemporain mondialisé, cet automatisme gestionnaire se trouve aussi démystifié.

Tout d’abord, c’est nier l’impact de l’inflation sur la dette et plus généralement sur le crédit.

Ensuite, les grandes institutions financières notent spécifiquement les créditeurs, qu’ils soient états ou firmes. La France est classée AAA (note maximale) pour la sûreté de ses engagements. Une telle évaluation atteste de la probité systémique de la gestion (globale) des fonds publics. Si le pays était mis en redressement économique par d’hypothétiques institutions “méta-nationales”, une immense majorité de la planète l’escorterait au purgatoire des dispendieux. Même “infrasystème”, les balourdises gouvernementales** atteignent leurs limites.

De plus, en évaluant les actifs de l’Etat, cette dette “philosophale” mute en cagnotte. Et plutôt teintante, elle s’élèverait à plus de 10 000 euros par chérubin.

Une élémentaire discrétion sur la situation patrimoniale de l’Etat est donc de rigueur. De là à ce que les nécessiteux exigent leur dû…

C’est donc sur ces hypothèses que les fervents adorateurs de la “gouvernance gestionnaire” instillent la contrainte budgétaire. L’idée n’est pas de promouvoir la gabegie ou de nier la nécessaire optimisation des ressources. Mais l’économisme ne prêche plus que par l’économi(qu)e. Les questions de financements, participations, redéploiements socialement équitables sont par principe remplacés par l’obligation d’austérité généralisée.

 

*trouvaille géniale de François-Mitterrand-2008, qu’il faut démocratiser

**qu’ils soient conservateurs ou (malheureusement) progressistes

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