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culture

Teaser des spasmes

© vodkacoca - source - infos
28.06.08 | 08:33

Tachycardie. Mon cœur qui bat à 210 pulsions par minutes pendant 3 jours.
Arythmie. Mon cœur qui bat n’importe comment tous les jours de l’année.
D’abord 5 coups. Puis rien pendant 2 bonnes secondes. Encore 5 coups. Puis rien pendant 2 bonnes secondes.
Maternelle. Je tombe d’un escalier et m’ouvre le menton, et m’esquinte le nez. Petite cicatrice que je garde toute la vie.
Plus tard, en sautant d’une toute petite falaise (une digue franchement pas très haute), je me suis coupée le bout du gros orteil. J’ai récupéré le petit dôme de chair qui avait atterri dans le sable et ai essayé de me le recoller avec de la glue. Mon père m’a engueulée.
A la même époque, trop de chahut sur l’herbe en pente. Je suis tombée. Foulure de la cheville droite et 2 doigts de la main cassés.
Toujours à la même époque, ou peut-être bien un peu plut tôt. Je suis tombée à vélo.
Il pleut. Je joue devant mon immeuble. Avec Cyril qui est trisomique.
Il fallait lui en mettre plein la vue. Qu’il en ait pour sa vie, courte. Urgence. C’est l’épaule qui est en miette.
En cours de danse, j’ai vu « plein de petits points blancs ». J’ai dit : « Oh merde, qu’est ce qui m’arrive, je vois plein de petits points blancs ! » Les autres ont bien ri, pendant que je pensais que j’avais un surplus de globules qui me remontait dans les yeux.
Des années et des années plus tard, je me suis inscrite à la boxe. J’étais à la fac. Fac de Lettres. Il fallait contrebalancer cette histoire de fragilité qu’on associe aux étudiantes de Lettres modernes. J’ai eu des douleurs dans les tibias et les mollets pendant environ 2 mois. J’ai bien sûr arrêté la boxe. De toute façon j’étais mauvaise.
A la maternelle, quelques genoux écorchés, mais ça ne compte pas.
J’avais à peine 3 semaines de vie, quand je suis tombée de ma table à langer. Maman a hurlé. Puis pleuré. Puis hurlé. Double fracture de mon crâne encore mou. Tout va bien, mais j’ai donné le ton.
A 5ans, j’ai croqué dans un thermomètre au mercure pour prendre ma température comme dans les films américains. J’étais en classe. Je voulais épater la galerie. On m’a emmené à la pharmacie. J’y ai retrouvé Maman, qui, elle, avait avalé de l’eau de Javel sans faire exprès. La pharmacienne a failli appeler les services sociaux.
A 7 ans, j’ai posé ma main droite sur un projecteur brûlant dans un théâtre, en visite scolaire. J’avais vu la lumière. Un truc m’appelait. J’ai cru qu’une porte magique se dévoilerait sur les chants divins qui résonnaient dans ma tête (des arc-anges avec des trompettes). Ma main est restée collée au projecteur. Brûlure au 2éme degrés. Cloques en vie qui éclatent et dansent sur le chemin du retour pendant que je pleure. Humour de Dieu.
Malgré tous ces accidents, je n’ai été opérée que 2 fois :
Ablation de l’appendice à 13 ans. Je me suis réveillée en pensant que j’avais été violée sous anesthésie.
Ablation des amygdales à 18 ans. Je me suis réveillée en faisant une hémorragie interne et ai été réopérée en urgence dans un ascenseur. « J’avais jamais vu autant de sang ! » a lancé le chirurgien pour rassurer mes parents.
Trop de choses dans le corps. Les purges s’imposent et les viscères se font la malle.
Femme, Femme, Femme.
Sang, Sang, Sang.
Ventre, Ventre, Ventre.
Enfant, Enfant, Enfant.
Hystérie bas de gamme.
Les crises de mal de ventre, donc. Autant de sortes que de valeurs de gris.
Flatulences, tiraillements, crampes, liquéfaction, pic, chatouilles, grattouilles, picotements, spasmes, contraction, crispation, tiens on dirait une chanson. J’ai une boule dans le ventre. En fait tu en as des centaines et on appelle ça des kystes. Tumeurs, polypes, sarcomes, adénites, adénomes, bubons, excroissance, fibromes, grosseurs. Grossesse ? Oui mais nerveuse. La première à 15 ans.
Douleurs intercostales. Points de côté. Aérophagie. Blocage du plexus solaire : je n’ai pas eu de règles pendant 6 mois.
Défaillance, trou, absence, insuffisance, pénurie, déficit, déficience, rien, négligence, erreur, privation, abstinence, jeûne, frustration, suppression. Des glandes. On y revient :
Vertiges, ulcère, coma, incontinence, diabète ou anémie, thalassémie ou anémie, catalepsie, rien, champignons, alcoolémie, déshydratation, anorexie, Carême, inhibition, défiguration.
Carences : il faut faire attention à ce que vous mangez, mademoiselle !
Magnésium. Vitamine C. Fer. Et un peu de Lexomile si besoin.
A 18 ans j’ai commencé à faire des crises d’angoisse. La première je m’en souviens. J’étais sur le quai de la gare de Sartrouville. Il était environ 22h. J’allais rejoindre mon petit copain, chez lui, à Paris.
Accélération du rythme cardiaque. Fourmillement dans les mains. Dans les pieds. Dans les jambes. Envie de vomir. Tête qui tourne. Sueurs froides. Je suis rentrée chez moi.
Rencontre avec le Prozac. Ton nouveau meilleur ami. Celui qui devient plus important que la télé.
Saison 12 d’une émission qui te rassure. On augmente les doses. On aime son cachet.
Etranglement. Souffle coupé. Salive blanche bien compacte. On se force à roter pour avoir l’impression de respirer. On crache aussi pas mal. Pertes blanches par la bouche.
Glaires goudronnées. On n’arrête pas de fumer. De la morve partout. On se mouche tout le temps. Les parois nasales deviennent sèches. On a l’intérieur du nez qui tombe en miette et pourtant on ne prend pas encore de cocaïne.
Les maux de tête. Des migraines. Les céphalées. Les « je m’en fous je vais m’exploser le crâne contre ce mur », les « putain je viens de te dire que j’allais m’exploser le crâne contre ce mur, laisse-moi faire ou je te tue. » En 2002, je me suis réveillée migraineuse. L’impression que deux plaques de métal, assez fines, s’était glissée sous la stratosphère de mon crâne, côté gauche et côté droit, et essayaient, l’air de rien, de se rapprocher l’une de l’autre, en prenant bien leur temps de façon à ne pas éveiller les soupçons. Je jure que la migraine a été constante, tous les jours pendant près d’un an.
Elle se répandait dans les dents, dans toute la mâchoire. Les scanners ne disaient rien. J’ai cru que ça durerait toute la vie. Alors à défaut de me tuer tout de suite, j’ai décidé de l’adopter, et voir si l’on arrivait à cohabiter ensemble. C’est alors qu’elle est partie. Du jour au lendemain. Après un an de squatte. Comme elle était venue. En marginale. Sans laisser de lettre. En analphabète. « On ne saura jamais ce qu’elle voulait alors ? » dirait la blague. Elle m’a manqué la première seconde. La deuxième aussi. Je l’ai cherchée : « C’est bizarre, j’ai plus mal à la tête… c’est pas normal », c’est ce que j’ai dit en me réveillant. Complaisance et jardinerie. Je cumule les symptômes comme on cultive les jobs pourris.
Les rages de dents, qui décrivent leurs canaux enflammés comme pour t’expliquer ta propre anatomie. On te lime l’intérieur de la racine et ça te remonte jusque dans la joue. Tes yeux veulent exploser mais n’ont la force que de pleurer. Tu voudrais attraper un couteau et t’ouvrir la pommette de bas en haut, et arracher un à un tous ces fils malades que tu imagines bleus, longs et couinant la mort odieuse. Qu’on ne me mette pas entre les mains la moindre des plus petites perceuses, car je jure devant Dieu que je me l’enfonce dans la gencive jusqu’à ce qu’il n’y est plus rien qu’un gros trou sain. Les dents et le dos. Les deux pires de tous les maux. Paralysie quelque part en Lombairdie. La douleur est si vive. Elle gagne. Banquise d’os qui craquelle et se sépare en deux pour ne jamais se revoir. Les muscles résistent et tirent et tirent et s’emmêlent dans tous les sens jusqu’à ce qu’ils deviennent le crin de l’archet que l’on t’enfonce violemment et à tout jamais dans les reins. Les côtes frottent les nerfs et la musique n’est pas des plus joyeuses lorsque tu hurles par-dessus. Et t’oblige à dormir. Moi je tombe dans les pommes. Ca m’évite de voir la fin du spectacle, d’entendre cet hurlement qui vient du fin fond des coulisses alors qu’encore le glaive agît.
Les douleurs passagères. Les courbatures. Celles que j’aime bien. Qui témoignent d’un effort. Qui rassurent. Les éternuements, le bâillement. Les trucs sympas.
La fatigue. Les vertiges. La nausée. L’exéma. Les trucs pas graves.
Les angines, les gastros, la mononucléose. Bronchite, trachéite, laryngite. Etapes de saison.
Spasmophilie, la vie.
Et les crampes. Dans les doigts. Quand on écrit. Trop.
A moins que ce ne soit de l’arthrite.

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