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Vincent Nouzille / BakchichÉditionsDernière édition

Deuxième porte-avions : coulé avant d'être à l'eau !

©  Vincent Nouzille / Bakchich -

La France est en train de réaliser un exploit de bataille navale : couler un porte-avions qui n’est pas encore à l’eau ! L’Elysée se prépare, sauf surprise, à annoncer, dans quelques semaines, l’enterrement - on parlera poliment d’un report aux calendes grecques ou de fumeuse coopération européenne-, du projet de deuxième porte-avions français, pourtant prévu de longue date et inscrit comme « irréversible » par Jacques Chirac au menu des grands programmes d’équipements militaires pour prendre la mer vers 2015.

Raisons invoquées à ce coulage, par les experts militaires, et jusqu’au ministre de la défense, Hervé Morin : les caisses de l’Etat sont vides et le deuxième porte-avions, complément stratégique de l’actuel Charles-de-Gaulle , pomperait au moins 3 milliards d’euros dans les cinq prochaines années, alors que la plupart des autres programmes doivent déjà être revus à la baisse.

Même l’état-major de la Marine, naguère si vaillant à réclamer son deuxième joujou, semble d’être fait une raison. Les marins sont prêts à sacrifier le porte-avions, pourvu qu’on leur laisse quelques autres frégates et sous-marins !

Une marine à cloche-pied

Evidemment, la décision, soumise à l’ultime arbitrage du chef de l’Etat, n’est pas très facile à clamer haut et fort. Car voilà des lustres que les militaires et les experts répètent qu’avec un seul porte-avions (le Charles-de-Gaulle , mis en service en 2001) la France n’est plus qu’une puissance navale à cloche-pied. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, le « groupe aéronaval » français a toujours été constitué de deux porte-avions, notamment le Clémenceau et le Foch jusqu’à la fin des années 90, l’un suppléant l’autre durant les périodes de réparation.

Le Clémenceau a été démantelé en 1997 et le Foch vendu curieusement une bouchée de pain (7,6 millions d’euros) en 2000 à la marine brésilienne, qui l’a rénové sous le nom de Sao Paulo. Avec son seul Charles-de-Gaulle , à propulsion nucléaire, la France possède une plateforme efficace. Mais à temps partiel : en ce moment, par exemple, notre unique porte-avion est à l’arrêt, pour cause de changement de combustible nucléaire. On appelle cela une « période d’indisponibilité programmée pour entretien et réparation » (IPER). C’est hyper-long (18 mois). Pendant ce temps, mieux vaut que la France ne déclare la guerre à personne ! Et les équipages n’ont plus de ponton pour s’entraîner…

Un peu d’exercice… chez les Américains

Conséquence pratique : comme le rapporte un récent rapport parlementaire des députés Jean-Michel Fourgous et Bernard Cazeneuve, « durant l’immobilisation du Charles-de-Gaulle, la marine nationale n’a d’autres choix que de négocier avec l’US Navy la possibilité de permettre à ses équipages de s’entraîner sur un porte-avions américain » . C’est ce qui se passera cet été à bord du Theodore Roosevelt , moyennant un dédommagement financiers des américains. Et une « situation de dépendance » à l’égard des Etats-Unis.

Vexation suprême : les Super-Etendard français ne pourront pas participer à l’exercice, parce que le porte-avion américain n’a pas les catapultes adaptées. S’ils atterrissent sur le ponton, les chasseurs ne pourraient plus redécoller ! Penauds, les militaires français ont aussi supplié les Brésiliens de pouvoir réutiliser l’ancien Foch pour ne pas perdre la main. Mais les dates, dit-on, ne collent pas avec les manœuvres brésiliennes. Misère !

Une fumeuse coopération franco-britannique

Alors, depuis cinq ans, les experts gambergent sur un projet de deuxième porte-avions français. Il devrait être à propulsion classique (fuel), plus pratique que les moteurs à propulsion nucléaire. Il était question de se mettre d’accord avec les Britanniques, qui ont prévu de construire deux nouveaux porte-avions de leur côté.

Las ! Les projets sont assez peu compatibles – les avions de la Royal Navy décollent verticalement, et non pas avec des catapultes comme les aéronefs français. Les économies attendues sont faibles et le bilan de cette coopération franco-britanniques rêvée est « contrasté » selon un euphémisme du rapport parlementaire. De plus, la facture du porte-avions français a déjà été revue à la hausse, de 3 à 3,5 milliards d’euros. En période de disette budgétaire, ce n’est pas très porteur…

Un porte-avions, mais à quoi ça sert ?

Du coup, certains experts ont commencé à réviser leurs arguments : finalement, un deuxième porte-avions est-il si indispensable ? Après tout, si on peut se « mutualiser » nos forces avec les Américains ou les Anglais de temps à autre. Et les progrès techniques du ravitaillement en vol réduisent l’attrait des plateformes en mer. Les militaires français admettent que, pour les missions au-dessus de l’Afghanistan, les chasseurs basés à Kaboul ou Kandahar sont plus pratiques que ceux qui venaient du Charles-de-Gaulle lorsqu’il croisait dans l’Océan Indien.

Alors ? Eh bien, la marine attendra. Hervé Morin a évoqué, le 21 avril sur Europe 1 , de repousser le début de la construction du deuxième porte-avions à la fin de la prochaine loi de programmation militaires 2009-2014. En attendant, on s’arrangera sans. Cela permettrait de ne pas enterrer définitivement de joli projet. Juste de le garder dans les cartons. Bien au sec.

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© Vincent Nouzille / Bakchich : Deuxième porte-avions : coulé avant d'être à l'eau !

Repris par Le Journal d'Odanel, Sud Républicain

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