economie
Henri Lepage sur la crise du subprime
© Vincent Benard - 07.02.08 | 00:37
L'économiste Henri Lepage, dont le retour à l'écriture est réellement une grande nouvelle, revient sur les phénomènes monétaires qui ont conduit à la formation de l'actuelle bulle immobilière , couplée à une bulle du crédit, et à son éclatement.
Lumineux. La première synthèse à la fois pédagogique, brève et pertinente sur le sujet à ma connaissance. Extrait:
Le rôle des excédents chinois
Le mécanisme est (en gros) le suivant. Les dollars acquis par la voie de l’excédent commercial sont cédés à la banque centrale chinoise qui les replace essentiellement en bons du Trésor américain. Cet afflux de demande exerce une pression à la baisse sur les taux d’intérêt de la dette américaine.
Si les changes flottaient librement, la monnaie chinoise subirait un mouvement progressif de réévaluation qui ferait monter les prix des produits chinois vendus en Occident avec, à la clé, une réduction, voire une disparition des excédents commerciaux. Mais comme les autorités chinoises refusent toute réévaluation, et que la valeur du Renminbi reste rattachée au dollar, ce n’est pas ce qui se passe. L’accumulation persistante d’excédents a pour effet de bloquer les taux américains à des niveaux anormalement bas par rapport à ce qui devrait normalement être le cas.
On sait ce qui se passe lorsque les taux d’intérêt restent durablement et anormalement bas. Les banques ouvrent les vannes du crédit, et les gens s’endettent à qui mieux mieux. C’est le mécanisme classique du boom macroéconomique. Le schéma que tous les économistes connaissent.
Mais la théorie économique autrichienne nous enseigne que le maintien de taux d’intérêt durablement bas entraîne aussi un effet qui n’est pas pris en compte par les schémas macroéconomiques traditionnels. Le maintien de taux anormalement bas provoque une distorsion de la structure de production. C’est ce sur quoi Hayek insiste dans son fameux livre écrit au moment de la Grande Dépression : lorsque le taux d’intérêt est trop bas, cela fait monter la valeur relative des investissements longs par rapport aux biens à cycle de production court. Cela favorise les biens capitaux par rapport aux biens de consommation ; notamment et surtout les placements et les secteurs d’activité qui recèlent les potentialités spéculatives les plus grandes.
Donc, comme je l'ai dit par ailleurs, si tous le sol américain avait été géré comme celui de Houston ou Dallas , l'immobilier n'aurait pas "recelé de grandes potentialités spéculatives", et l'argent prêt à se perdre dans une bulle serait allé ailleurs. Les perdants de la bulle auraient autant à perdre, mais ce ne serait pas nécessairement les mêmes et l'objet de la perte ne serait pas leur maison...