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Faut-il laisser aux "riches" la possibilité de se soigner mieux ?

© Vincent Benard - source - infos
28.02.08 | 00:05

Cette histoire se passe en Grande Bretagne, j'ignore si elle aurait pu se dérouler aussi en France.

C'est l'histoire d'une dame anglaise ( ne riez pas, ça commence comme une blague, la suite est moins drôle. Il n'y a que Desproges à pouvoir faire rire avec des trucs pareils ), Mme Debbie Hirst, qui a un cancer du sein, lequel a commencé à Métastaser dans les poumons.

Il existe depuis peu un traitement qui semble donner des résultats intéressants, nommé Avastin (laboratoires Roche), susceptible non pas de guérir son Cancer, mais d'en stopper l'expansion, ce qui serait déjà un beau résultat. Seul problème : ledit traitement lui coûterait 120.000 $. Résultat, le NHS (National Health Service - l'équivalent anglais de la sécurité sociale et du ministère de la santé réunis, sans doute le pire système de santé du monde occidental) ne peut le prendre en charge.

Qu'à cela ne tienne, notre patiente décide de mettre en vente sa maison pour acheter le traitement. Elle n'est pas riche, mais elle est prête à réaliser son seul actif métériel pour sauver sa vie. Voilà qui est assez rationnel.

Malheureusement pour elle, ce traitement nouveau n'est pas autosuffisant. Tout d'abord, il doit être administré en milieu médical, et Il ne donne de résultats que couplé avec des traitements plus traditionnels du cancer, que le système de santé anglais fournit à ses patients. En quelque sorte, chaque traitement, seul, se révèle impuissant contre la maladie, mais des traitements combinés ont déjà donné des résultats prometteurs sur d'autres patients.

Or, le NHS lui rétorque que "si elle achète son médicamment par ses propres moyens, le NHS ne prendra pas en charge la partie du traitement qu'elle fournit usuellement aux autres patients". La "justification" de cette décision pour le moins étourdissante est la suivante:

Officials said that allowing Mrs. Hirst and others like her to pay for extra drugs to supplement government care would violate the philosophy of the health service by giving richer patients an unfair advantage over poorer ones.

Patients “cannot, in one episode of treatment, be treated on the N.H.S. and then allowed, as part of the same episode and the same treatment, to pay money for more drugs,” the health secretary, Alan Johnson, told Parliament.

La peste soit de l'égalitarisme. Mme Hirst n'a pas les moyens de payer elle même l'Avastin ET le reste du traitement, même en vendant sa maison. La décision du NHS la condamne donc a une mort nettement plus rapide et peut être plus douloureuse, bien qu'elle ait, comme tous les sujets de sa gracieuse majesté, grassement financé cette bureaucratie toute sa vie durant. Elle a donc continué a voir son état se dégrader.

je laisse aux commentateurs le soin de discuter de la morale sous-jacente à une telle décision. Mais examinons en les implications économiques.

Comme tout organisation de santé socialisée qui se respecte, le NHS trouvera toujours des pseudo-arguments pour estimer que son système est le meilleur qui soit, et que s'il doit évoluer, ce n'est qu'à la marge. Ici, c'est une variation sur le thème cent fois rebattu de "la médecine à deux vitesses" qui nous est ressortie. Selon cette "doctrine", " un progrès ne vaut que s'il est accessible à tout le monde, en même temps. Sinon, il y a rupture de l'égalité entre riches et pauvres, il faut l'empêcher à tout prix ".

Imaginons donc que la planète entière se range à l'avis du NHS, et que tous les pays adoptent un tel modèle. De nombreux traitements, en début de carrière commerciale, sont voués à coûter très cher. Logique: les maladies que l'on cherche à traiter sont celles qui résistent aux traitements aujourd'hui bon marché inventés dans les trois premiers quarts du XXème siècle.

Le cycle de développement de nouveaux traitements coûte plusieurs centaines de millions de dollars, voire parfois plusieurs milliards. Or, et il faut nous en féliciter, le nombre de malades qui ont besoin de ces traitements tend à diminuer, car la politique de prévention de nombreuses maladies donne de bons résultats. Toutefois, pour les malades restant à soigner, le coût des nouveaux traitements devient prohibitif.

Comme tout système de santé étatisé, le NHS doit faire face au coût de ces traitements nouveaux, et constate que si tous les malades pouvant en bénéficier demandent à le faire, il sera en grande difficulté financière. Il refuse donc de payer pour tous les malades, ce qui est une chose, mais au nom de sa doctrine égalitariste, il refuse aussi que les malades puissent sortir de leur poche la différence. Les très riches pourront certes contourner l'interdiction, mais ils sont peu nombreux. Par contre, toutes les debbie Hirst de la planète ne peuvent y accéder.

Si tous les systèmes de santé du monde se comportaient de la sorte, alors le laboratoire qui a développé l'Avastin, ou tout autre mollécule innovante, n'aurait eu aucune raison de le faire: aucun marché de la santé ainsi corseté par l'état ne serait en mesure de financer ce traitement de façon universelle à sa sortie, et, en interdisant aux malades de le payer par eux mêmes, le système tue toute perspective de vente pour le laboratoire.

Par conséquent, une médecine socialisée universelle stopperait sûrement le progrès médical, et donc réduirait l'espérance de vie de nombreux patients. Heureusement que les USA, avec leur marché de la santé relativement -quoiqu' imparfaitement - libre, fournissent à tous les laboratoires du monde une perspective de gain financier encore suffisante pour lancer de coûteuses nouvelles recherches. Espérons que les Hillarytés et les Obamades que l'on nous promet dès 2009 ne remettront pas en cause ce mécanisme vertueux.

Vertueux, car une fois la période initiale d'amortissement des coûts de R&D passée, les traitements initialement chers tendent à se démocratiser, et donc à devenir bon marché pour le reste de la population, qui n'a pu initialement se les offrir. La médecine "à deux vitesses" a donc pour principal intérêt que les plus pauvres peuvent eux aussi bénéficier du progrès médical, simplement, il ne peuvent le faire qu'après les plus aisés. Certains trouveront cela peut être injuste, mais entre un progrès à vitesse variable et pas de progrès médical du tout, personnellement, mon choix est vite fait.

En matière médicale comme ailleurs, vouloir forcer à tout prix une population à s'insérer dans un "système unique" défini par le législateur, c'est priver les individus de progrès que la liberté leur aurait permis d'accomplir. Les systèmes de santé étatisés ne doivent en aucun cas imposer des barrières aux patients qui peuvent financer les coûts marginaux de traitements non pris en charge par la couverture "universelle".

Ah au fait, c'est le côté presque comique de l'histoire, l'état de Santé de Debbie Hirst s'est tellement dégradé que le NHS a fini par admettre qu'elle pouvait désormais... Avoir accès au médicament recherché, payé par le NHS ! Autrement dit, pas question de laisser un patient en santé "mauvaise mais pas irréparable" se soigner avec son argent, par contre, une fois que le cancer est trop métastasé pour que le médicament puisse agir efficacement, il faut  que l'état prenne les affaires en main !

J'ignore quelle aurait été l'attitude de notre sécu face à une telle situation. Je constate seulement que l'Avastin est retiré de la vente depuis 2005 . Trop d' "Effet secondaires", parait-il. C'est une des justifications données par le NHS, aussi. Ce a quoi Mme Hirst répond qu'elle le sait, mais que si elle décide que les effets secondaires ne sont rien à côté de l'espoir de guérison de SON cancer, et qu'elle assume le risque avec SON argent, pourquoi l'en empêcher ?

En attendant, good Luck, Mrs. Hirst .

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