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« Si Mugabe négocie, ce sera un marché de dupes »

© Tribune des Droits Humains - - source - infos
24.06.08 | 18:05

Propos recueillis par Caroline Stevan/Le Temps- Morgan Tsvangirai, le principal opposant au président du Zimbabwe Robert Mugabe, a annoncé son retrait du deuxième tour des élections, vendredi 27 juin. Il justifie cette décision par la violence extrême de la part du parti présidentiel contre l’opposition. Analyse.

Comment interpréter l’annonce du retrait de Morgan Tsvangirai ?

Il y a deux lectures possibles. La première serait qu’il a reculé devant le déferlement de violences. C’est humain, mais à quoi s’attendait-il ? Il était évident que Mugabe allait recourir à cette tactique. Ce manque de cran est un trait de caractère de Tsvangirai. Il a annoncé à plusieurs reprises des manifestations de masse afin que la population réclame ses droits ; elles n’ont jamais eu lieu. Difficile de rassembler une foule désarmée devant des gens qui n’hésiteraient pas une seconde à tirer. Le problème du MDC est qu’il n’arrive pas à développer une stratégie alternative à la tenue d’élections. Il n’a jamais réussi à organiser une mobilisation de masse. C’est sans doute lié à la culture politique du pays, marqué par une guerre civile longue et sanglante. Et puis les gens savent de quoi Mugabe est capable. Ses partisans n’ont pas besoin de beaucoup d’équipements pour terroriser la population, les habitants sont torturés avec des chaînes de bicyclettes ! Le MDC n’a aucun moyen car il n’a jamais eu comme option la lutte armée.

Quelle est la seconde lecture ?

Tsvangirai a décidé de lâcher au dernier moment pour créer un momentum, obliger la communauté internationale à prendre position. Nelson Mandela, déjà, a rendu visite au premier ministre britannique pour parler du Zimbabwe, les Etats-Unis affirment vouloir saisir le Conseil de sécurité des Nations unies… Tsvangirai sait que la situation est bloquée et que son seul espoir réside dans une intervention extérieure. Son retrait est donc tout à fait tactique. Encore une fois, il connaissait l’issue du scrutin depuis le début. J’hésite entre ces deux lectures.

Morgan Tsvangirai affirme être « prêt à négocier » si les violences s’arrêtent.

A négocier quoi ? Il avait déjà dit être prêt à négocier avec le parti au pouvoir à condition que Mugabe s’en aille, or c’est une condition inacceptable pour le chef d’Etat. Morgan Tsvangirai pourrait trouver des scénarios de sortie de crise avec certains cadres de la Zanu-PF, soucieux de préserver leurs acquis sur le long terme. Mais il est impossible de discuter avec Mugabe, qui s’enferre dans la posture du « après moi, le déluge ». Si Mugabe négocie, ce sera forcément un marché de dupes. Il cédera quelques postes honorifiques et gardera tout le contrôle.

Les autorités ont affirmé que la campagne continuait malgré le retrait de l’opposition. A quoi bon ?

Mugabe cherche à être réélu avec un maximum de voix et de participation. Il ira jusqu’au bout pour prouver sa légitimité.

Que peut-on attendre d’une intervention de l’Afrique du Sud et de la communauté internationale ?

Mbeki a pris un certain nombre d’initiatives mais fait toujours reposer les concessions sur l’opposition. Tant qu’il n’y aura pas de condamnation publique de la politique de Mugabe, ce sera inefficace. Le problème est que le roi est nu. Les leaders de la SADC [Southern Africa Development Community] vont-ils admettre leur impuissance ?

Sont-ils réellement impuissants, ou se complaisent-ils dans l’inertie ?

Le principe de souveraineté nationale les empêche d’agir. Jusque-là, ils sont toujours intervenus à la demande d’un gouvernement local, que ce soit aux Comores ou au Lesotho. Ils pourraient au moins condamner diplomatiquement le régime de Mugabe, mais cela les pousserait ensuite au devoir d’agir. Ils sont tétanisés par cette seconde étape. C’est la même chose à l’ONU. Elle ne peut intervenir sans la saisine du Conseil de sécurité sur la base d’une menace à la paix mondiale. Avec la possibilité de veto chinois, autant dire que cela ne se fera pas. Une grande puissance pourrait en outre agir unilatéralement, mais bonjour l’opprobre. Personne ne veut faire le sale boulot et l’on se retrouve dans le genre de scénario qui a prévalu au Rwanda. Le problème est qu’un génocide était alors en cours .

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