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politique

Le long combat pour juger Hissène Habré

© Tribune des Droits Humains - - source - infos
09.03.08 | 00:04

Interview Sylvain Savolainen / Infosud - Depuis dix ans et l’inculpation d’Augusto Pinochet en 1998, la justice internationale est portée par un souffle d’espoir. Les résultats tangibles restent cependant encore rares. Parmi ces espoirs, la bataille acharnée pour amener l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré devant un tribunal. C’est le combat de Reed Brody, l’actuel porte-parole de Human Rights Watch (HRW), de Suleymane Guengueng et l’association des victimes tchadiennes.

Dimanche 9 mars, le festival International du Film et Forum sur les Droits Humains (FIFDH) consacre une soirée spéciale sur le thème « Crimes contre l’Humanité : Quelle justice ? ». Interview de celui que l’on qualifie de « chasseur de dictateur ».

Le procès d’Hissène Habré est-il en vue ?

Depuis que le Sénégal a accepté de juger Hissène Habré il y a dix-huit mois, les choses traînent. L’instruction n’a pas encore commencé. Nous avons pourtant fourni aux autorités sénégalaises toutes les informations que nous possédons, y compris des cd-roms avec des milliers de documents de la police politique d’Hissène Habré, donc des preuves assez solides.

Où en est le financement ?

Le Sénégal a affirmé qu’il mettrait des moyens pour le procès mais qu’il comptait sur la communauté internationale pour l’accompagner. L’Union européenne en a accepté le principe, tout comme la Suisse et la France. Les Pays-Bas, le Canada, les Etats-Unis se sont aussi engagés. Donc le principe de financement est acquis. Quant à l’Union africaine, elle a nommé un envoyé spécial pour un accompagnement et un suivi politique du procès. Cela dit, le budget définitif n’a pas encore été arrêté.

De notre coté, nous fonctionnons avec un budget annuel d’environ 150’000 dollars, hormis le personnel de Human Rights Watch mis à contribution. Cela fait environ un million de dollars depuis huit ans.

On le voit au Cambodge, la mort guette les victimes et les accusés. Ce procès n’arrive-t-il pas trop tard ?

C’est la crainte des victimes. La chute d’Hissène Habré remonte à dix-sept ans. Depuis, beaucoup de survivants et de plaignants sont déjà morts. Dans un pays où l’espérance de vie est de 46 ans, vous voyez ce que représentent les 17 ans passés pour ceux qui ont survécu aux crimes.

Il n’y a pas d’obstacle juridique à ce procès, il n’y a pas d’obstacle politique. Il n’y a pas d’Etat qui, ouvertement, défende Hissène Habré. Il faut donc que cette justice arrive avant qu’il ne soit trop tard.

Quel précédent à attendre du procès d’Hissène Habré ?

Surtout un précédent politique. Il conforte l’idée qu’on peut enrayer les cycles de violence, de brutalité et d’impunité. Les événements actuels au Tchad témoignent de l’importance qu’il y a à ce que les dirigeants se sentent menacés par la justice.

La grande différence entre le cas Hissène Habré et les autres grands procès de la justice internationale aujourd’hui, c’est justement que la campagne a été menée la société civile.

Dans le documentaires, vous parlez de preuves extrêmement solides et documentées. Lesquelles ?

Ces documents proviennent surtout de l’administration du monde carcéral. La torture y transpire. Par exemple on peut lire : « suite à un interrogatoire musclé, le sujet a avoué telle chose. » Ou « en le contraignant à dire telle vérité, le sujet est mort. » Lorsque des crimes sont commis par ce genre de structure, il y a un toujours un besoin de se justifier, de présenter et de valoriser son action auprès de ses supérieurs. En fait c’est de la comptabilité et de la bureaucratie.

Il y a une séquence « troublante » dans le documentaire. L’actuel président tchadien, Idriss Déby était chef des armées d’Hissène Habré avant de le renverser. On vous voit dans le documentaire poser pour la photo avec Idris Déby, lui serrer la main très chaleureusement et le remercier tout aussi chaleureusement. La traque personnelle, acharnée, ne pousse-t-elle pas à des compromis pour obtenir, coûte que coûte, le résultat escompté ?

En 2001, nous avons décidé, après un premier échec dans la procédure au Sénégal, de nous tourner vers Idris Déby et le président sénégalais Wade pour les persuader qu’il n’était pas dans leur intérêt de s’opposer au procès.

Ça ne veut pas dire les absoudre. Avec HRW nous n’avons pas épargné Idris Déby. Voyez depuis trois semaines mes déclarations et celle de HRW sur les événements au Tchad.

Mais nous avons bien dû traiter avec Idris Déby. Cette rencontre n’aurait probablement pas eu lieu aujourd’hui. Mais en janvier 2007, même si le président tchadien n’est pas un grand démocrate, il n’était infréquentable.

Le FIFDH

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