politique
La terreur règne au Zimbabwe
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14.05.08 | 10:08
Claude-Adrien de Mun/Syfia Zimbabwe- Quartier ouvrier de Mbare, épicentre du principal parti de l’opposition à Robert Mugabe, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), à trois kilomètres du centre d’Harare, la capitale du Zimbabwe. Les rues en damier sont vides. Les usines ont dû fermer, faute d’approvisionnement. Neuf personnes sur dix sont au chômage. Une jeune femme, d’une trentaine d’années, un tissu rouge sur la tête, son enfant dans les bras, accepte de parler. En cachette, car la défiance et la terreur se sont abattues sur le pays depuis les élections du 29 mars remportées par l’opposition. Elle raconte. "Le 22 avril dernier, à 21 h, des jeunes miliciens du parti au pouvoir se sont présentés devant ma maison (une petite propriété rurale à une centaine de kilomètres au nord d’Harare). Nous allons te tabasser, car tu as voté pour l’opposition, ont-ils menacé avant de m’ordonner de mettre le feu à ma maison avec tout ce qui était dedans."
Totalement démunie, elle a rejoint son mari à Mbare. Mais le soir, elle se cache. Car à la nuit tombée, de jeunes à la solde du pouvoir passent de maison en maison, à la recherche des présumés opposants. Dans tout le pays, les miliciens multiplient les violences à l’encontre des partisans de Morgan Tsvangirai, le chef de l’opposition. Mugabe espère ainsi que les partisans de l’opposition auront peur de voter contre lui au second tour des élections, dont la date n’est pas encore fixée.
Les régions majoritairement acquises au parti au pouvoir n’ont pas été épargnées. À Gokwe, dans l’Ouest, où le Zanu PF, le parti de Mugabe, a perdu une seule circonscription sur neuf, le pouvoir a demandé aux chefs locaux de dresser des listes d’opposants. Puis, il a envoyé des camions militaires remplis de miliciens pour les tabasser et brûler leurs maisons. Dans la Clinic Avenue, à Harare, plusieurs d’entre eux gisent sur des lits métalliques, la plupart ont eu le corps brisé à coups de barre de fer. Certains ont été brûlés avec du plastique ou des tisons. La population est lasse. Et cette jeune femme qui a perdu sa maison affirme qu’elle ira voter coûte que coûte, là même où elle a tout perdu.
"Plus d’huile, pas même de sel…"
Pour le moment, chacun se cache et ne parle qu’en catimini loin des oreilles indiscrètes. Dans le salon d’une modeste villa d’Harare, aux portes cadenassées, la télévision diffuse les informations du soir. Entre deux images de défilés des vétérans de la guerre de "libération", un présentateur de race blanche, à l’aspect on ne peut plus britannique, lit son texte comme sous la menace : "Ces vétérans ont libéré notre pays. Jamais le Zimbabwe ne sera une colonie de nouveau !" Les vétérans de la guerre de décolonisation sont revenus sur le devant de la scène depuis que le parti au pouvoir a pris conscience de sa défaite aux élections.
A table, une jeune infirmière lève le nez d’une boîte de raviolis réchauffée, la seule chose qu’elle a pu trouver dans le supermarché voisin. "Du blabla tout ça. Nous mourrons comme des mouches. Je n’ai même plus de paracétamol à l’hôpital, se lamente-t-elle. Les gens ne trouvent plus d’huile, pas même de sel. Dans mon village, pour saler le pocho (bouillie de maïs, Ndlr) et les légumes, ils utilisent des cendres." A la gestion catastrophique du pays par le gouvernement, qui fait tourner la planche à billets à s’en donner le tournis (100 000 % d’inflation en 2007 !), s’est ajoutée une grave crise agraire. Les grandes propriétés, dont les Blancs ont été chassés en 2000, ne produisent plus qu’à 10 % de leur potentiel. Sécheresse et inondations se succèdent. La famine couve.
"Un animal blessé"
Lors des dernières élections, le mécontentement massif de la population s’est traduit, selon les résultats définitifs des votes, longuement recomptés dans le secret par la Commission électorale, par la victoire de l’opposition avec 56,8 % des suffrages contre seulement 43,2% pour Robert Mugabe. "Le président Mugabe réagit comme un animal blessé, commente un professeur. Abasourdi par les résultats, il a repris son combat personnel et obsessionnel contre les ’colonisateurs’." Ceux qui ont voté contre lui sont qualifiés de traîtres et sont plus que jamais à la merci du parti au pouvoir.
"Dans les provinces, tous les chefs locaux sont corrompus par le Zanu PF, lui-même financé par la Chine. Ils reçoivent des voitures, des maisons et des cadeaux" souligne un coordinateur humanitaire. Près de la moitié des Zimbabwéens reçoivent de l’aide humanitaire grâce aux dons internationaux. Mais ceux-ci passent par les chefs à la solde du Zanu-PF et les distributions de nourriture ont bénéficié essentiellement aux partisans du pouvoir. "Là où le Programme alimentaire mondial a distribué des vivres, le pouvoir a gagné", s’indigne le coordinateur humanitaire.
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