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Confessions de l'Orient
© Steve-O / Agoravox - 13.05.08 | 10:54

Alors que les acteurs régionaux (Iran, Israël, Etats-Unis) se renvoient la balle quant à la responsabilité du conflit au Liban, la journée du 8 Mai aura été symbolique à l’échelle du Moyen-Orient. Symbolique des agitations confessionnelles qui traversent les pays du Moyen-Orient. Symbolique d’une dimension trop souvent laissée dans l’ombre depuis le 11 Septembre et qui revient avec force dans un contexte stratégique déjà bien épineux. La guerre confessionnelle, voilà le point central des violences qui traversent aujourd’hui le paysage du Moyen-Orient post 11 Septembre…
Le 8 Mai a marqué pour le Liban une explosion des combats entre les militants chiites du Hezbollah et les partisans sunnites du gouvernement. Au jour des premiers éléments, ces événements sont porteurs de funestes messages quant à la possible guerre civile qui s’annonce au Liban. Funestes car bien évidemment toute guerre l’est mais plus encore c’est la dimension durable de la probable guerre civile auquel renvoie ce terme. En effet plus que jamais la question confessionnelle revient en force sur la scène du Moyen-Orient pour en constituer l’élément central de compréhension. A ce titre le Liban constitue à la fois le cas particulier par sa fragmentation confessionnelle non seulement musulmane mais religieuse mais aussi un cas d’espèce pour tout le Moyen Orient. En effet au Liban comme ailleurs, les affrontements sont l’affirmation d’une crispation entre les deux grandes confessions de l’Islam : chiisme et sunnisme.

Néanmoins, rien ne semble être exclusivement libanais et les membres du Parti de Dieu agissent dans un mouvement plus global où les tensions entre chiites et sunnites sont exacerbés. A quelques centaines de kilomètres de là, le président irakien Talabani doit se résoudre à la même équation du conflit confessionnelle.
En Irak, les tensions confessionnelles depuis la guerre de 2003 n’ont cessées de s’amplifier. Au départ sous la menace des sunnites d’Al-Qaïda, la majorité chiite en Irak est aujourd’hui non seulement violente mais divisée quant à l’avenir national [1] . Les violences entre sunnites au Nord et chiites au Sud (avec bien sûr des disparités plus fines à l’intérieur du pays) ne cesse de s’accroître, à un point tel que l’annonce d’un découpage de l’Irak en 3 parties confessionnelles (Kurdes, Sunnites et Chiites) ne serait pas étonnante. La milice chiite du Mahdi Moqtada al-Sadr terrorise le sud irakien pour imposer sa domination alors que le gouvernement chiite de Nouri al-Maliki semble avoir abandonné son soutien confessionnel. La discorde irakienne est ainsi bien confessionnelle entre une majorité chiite et une minorité sunnite mais elle se veut aussi bien plus profonde comme la montre les divergences entre les différents mouvements chiites.
En Iran pays du chiisme roi, cette agitation confessionnelle est largement source de contentement puisque le pays voit son rayonnement augmenté de jour en jour et ses capacités de déstabilisations renforcées. Les voisins afghans et pakistanais sont sûr les tablettes des milieux politiques iraniens dans la liste des conflits à attiser.
On pourrait étendre cette analyse au Pakistan, qui constitue à l’heure actuelle, l’Etat surement le plus instable de tout le Moyen-Orient puisqu’il voit les rebelles talibans se réfugier dans les zones tribales frontalières de l’Afghanistan, connaît une demande croissante d’indépendance du Baloutchistan, alors qu’au même moment sa minorité chiite (20% de la population qui constitue la plus grosse population chiite nationale devant l’Iran) agite le torchon d’un conflit confessionnel. Bref d’Est en Ouest, c’est bel et bien la question confessionnelle qui cristallise toutes les tensions et qui pourrait provoquer tous les dangers. A lumière des derniers événements, nous semblons assister à un retour à vive allure de la question confessionnelle dans les enjeux stratégiques du Moyen-Orient. La division entre chiites et sunnites semble prendre une place grandissante dans les conflits armés autour du Golfe. Aujourd’hui plus que jamais, on peut très clairement définir les logiques conflictuelles au Moyen-Orient selon des crispations confessionnelles (chiite/sunnite) qui semblaient être absentes auparavant. Etait ce vraiment le cas ? Il paraît pertinent de s’interroger sur le retour réel des problèmes confessionnels au Moyen-Orient. La question confessionnelle qui agite au Liban, en Irak, en Arabie Saoudite, au Pakistan ou en Iran n’était elle pas tapit dans l’ombre depuis le 11 Septembre ? Les événements actuels ne sont ils pas simplement la mise en éclairage des conflits déjà saillants portés par les mésinterprétations occidentales au Moyen-Orient ? Les attentats du 11 Septembre ont largement participé à gommer les différences confessionnelles intra-Islam au profit d’une vision homogène défendue par les états-majors occidentaux. Dès lors les musulmans du monde entier ont été perçus comme un vaste ensemble cohérent, partageant les mêmes croyances et les mêmes réalités sociales. Chiisme et sunnisme était pour beaucoup d’experts les deux faces de la même pièce, ou même une seule et même pièce lorsque la différence n’était pas connue. La période post-11 Septembre pour des raisons stratégiques tout autant qu’idéologique a souhaité gommé toute finesse d’analyse sur l’Islam pour le constituer en un objet uniforme labélisé par les spécialistes stratégiques. Vu tantôt comme l’Islam du terrorisme, tantôt comme l’Islam des « Etats-voyous » (Libye, Irak, Iran…) on a effacé toutes les différences existantes à l’intérieur du mouvement religieux en dépit des intérêts de compréhension qu’ils apportaient pour les enjeux stratégiques du Moyen-Orient. Les mésinterprétations des enjeux confessionnels au Moyen-Orient sont nombreuses à commencer par les plus hauts membres des états-majors occidentaux. Le redécoupage du Moyen-Orient à peine entamé par les américains depuis la guerre en Irak est porteur de ses confusions. Au-delà de l’arbitraire des frontières c’est l’impossibilité de certaines constructions étatiques qui saute aux yeux pour les observateurs les plus minutieux des enjeux stratégiques de la région. La carte du redécoupage du Moyen Orient selon les volontés américaines, préparé par Lieutenant-colonel Ralph Peters et publié en 2006 dans la très sérieuse revue : Armed Force Journal , est terrifiante de naïveté. Pour ne prendre qu’un seul exemple qui concerne la confusion entretenue sur la question confessionnelle au Moyen-Orient, il est aberrant d’envisager la création d’un Etat Islamique Sacré sur le modèle du Vatican (autour de la Mecque et de Médine) en plein territoire du sunnisme saoudien développé jusqu’à outrance par le modèle wahhabite