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politique

Le Colonel Mohamed Boughdadi: : “Il faut apprendre aux Le Colonel Mohamed Boughdadi: : “Il faut apprendre aux jeunes ” l’histoire du Sahara marocain”

© sahara - source - infos
13.05.08 | 12:33

Ancien officier supérieur des Forces Armées Royales (FAR), auteur de plusieurs ouvrages sur le Sahara dont “Le passé et le présent du Sahara marocain”, ou encore “Le conflit saharien dans le contexte sécuritaire euro-maghrébin”, le colonel Mohamed Boughdadi est un fin analyste de la question. Il apporte un nouvel éclairage sur le sujet. Interview.

Quelle lecture faites-vous de la dernière déclaration de l’Envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, Peter Van Walsum, où il a appelé à l’exclusion de la voie de l’indépendance ?

Il ne faut pas croire que c’est déjà un triomphe pour nous. L’important est de savoir comment exploiter cet événement. Actuellement, sur les 52 Etats qui composent l’Union Africaine, il n’y en a plus que 16 qui continuent à reconnaître la RASD. Il faut mener une action psychologique et diplomatique envers ces pays pour les persuader de la justesse de la déclaration de Van Walsum.

Comment jugez-vous le travail de la diplomatie marocaine ?

Je vais vous raconter une anecdote : un des diplomates ayant participé aux négociations de Manhasset m’a demandé un livre que j’ai écrit sur le Sahara. Il me rappelle peu de temps après pour avoir des informations concernant ce livre. S’il l’avait lu, il ne devait pas m’appeler ! C’est pour vous dire que les diplomates marocains n’ont pas le temps de lire, de se documenter sur l’affaire. Ce qui engendre des complications par la suite…

Est-ce que le 5ème round des négociations sur le Sahara fera avancer les choses ?

Je pense que ce round ne donnera rien. Pour la simple raison que les Algériens ne veulent pas que les choses avancent. Le Polisario, comme organisme n’existe pas. C’est ce que les gens ne veulent pas comprendre. Le Polisario est un pion sur un damier que l’Algérie fait bouger dans tous les sens, selon les caprices de sa politique régionale.

Les intervenants à la table ronde, organisée par l’IMRI, ont évoqué la question de la communication concernant l’affaire du Sahara, en disant que le grand problème du Maroc c’est la communication, êtes-vous d’accord ?

Absolument ! Le Maroc communique mal par rapport à cette question. Même en interne. Je vais vous donner un exemple : si un habitant du nord du Maroc rencontre un habitant du sud, il utilise les mots ‘’ntouma’’ (vous) et ‘’hna’’ (nous). Et vice versa. Ils se créent sur le plan psychologique des barrières entre les deux. Au sud, on ne comprend pas la mentalité du nord, comme au nord, on ne comprend pas la mentalité des Sahraouis. La communication fait donc défaut. Sans oublier les erreurs que nous avons commises au début. Ça a été incrusté dans l’esprit des jeunes d’aujourd’hui. Ceux qu’on appelle actuellement les «séparatistes» de l’intérieur. Ils ne sont pas séparatistes par esprit, parce qu’ils sont du côté du Polisario. Que nenni. Ces jeunes ont été victimes d’exactions. Pour réagir, ils se sont donc rangés automatiquement du côté de l’ennemi. Quand il voit son père se faire bastonner et son frère aller en prison et jugé d’une manière injuste, il se révolte non pas parce qu’il est séparatiste, mais il se révolte contre l’état des lieux injustes et les conduites des responsables.

Est-ce qu’on pense à corriger ces erreurs ?

Malheureusement on n’y pense pas encore. Je vous donne un exemple, en 1994 j’ai fait mon petit calcul et j’ai trouvé qu’il y a 12% des responsables mutés au Sahara qui le sont par mesure disciplinaire. Alors que c’est une région très sensible. Imaginez le monsieur qui habite Tanger ou Fès et en plein mars, en pleine année scolaire, reçoit une mutation par mesure disciplinaire au Sahara, avec quel esprit voulez-vous que ce monsieur travaille. Ce sont ces erreurs qu’il faut éviter.

Quels sont les éléments essentiels pour que le projet de l’autonomie tienne vraiment la route ?

Il faut qu’il soit accompagné par pas mal de mesures. La première, c’est d’abord de généraliser la régionalisation. Ensuite, il faut appliquer une vraie démocratie. Pas seulement au niveau politique. Il faut aussi une démocratie sociale.

Et la guerre, est-ce une possibilité dans ce contexte ?

Je suis militaire depuis trois générations. Je suis né dans une caserne militaire et j’ai fréquenté des écoles militaires depuis l’âge de 12 ans. C’est une option que je n’élimine pas, mais je ne pense pas que c’est une option envisageable. Ce n’est pas parce que l’Algérie ne le veut pas, mais parce qu’il y a des Etats limitrophes qui n’ont pas intérêt qu’il y ait une déflagration en Afrique du nord.

D’après vos contacts et expériences, les jeunes d’aujourd’hui sont-ils conscients du problème ?

Quand on pose la question suivante à un Marocain lambda : «pensez-vous que le Sahara est marocain ?», il va certainement vous répondre que «oui». Sauf qu’il ne dispose pas d’outils, ni d’arguments pour le prouver. L’émotion ne suffit pas pour convaincre. Il faut apprendre aux jeunes l’histoire du Sahara marocain.

Auteur : Propos recueillis par Ahmed El Mekkaoui

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