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Mai 68 - L'héritage d'une révolution sexuelle 40 ans après
© Roomantic.fr - 08.05.08 | 12:37
Le 08/05/2008 à 13:37 | 3462 lectures
En quatre décennies certains des changements apportés par Mai 68 ont été largement assimilés. A tel point que nous ignorons parfois l'origine de certaines de nos façons de penser, de nos habitudes et pratiques. Aujourd'hui, l'héritage de Mai 68 touche bien des domaines : la contraception, l'avortement, l'éducation sexuelle, l'évolution des sex-shops, de la pornographie et, plus généralement de la sexualité dans notre société.
Un des acquis phare de 68 est la contraception. Aujourd'hui, très largement employée par les femmes, elle a longtemps été perçue négativement. La forte pression, notamment des instances religieuses mais aussi plus généralement de la morale, a aujourd'hui pratiquement disparue.
Cependant le nombre toujours élevé d'avortements en France est un indicateur de la pratique contraceptive. En effet, bien qu'aucune méthode ne soit efficace à 100%, les "accidents" seuls ne peuvent expliquer ce nombre. Certaines femmes ne désirant pas avoir d'enfant ne l'utilisent pas ou avec un manque de rigueur (oubli de la pilule, non respect des règles d'utilisation des préservatifs etc.). Ce droit est probablement celui qui a offert le plus de liberté aux femmes, transformant profondément leur rapport à la sexualité.
L'avortement est fortement implanté dans les mentalités mais de manière inégale. Aujourd'hui rares sont les femmes ayant une grossesse non désirée qui ne se posent pas la question de la mener à terme ou d'avorter. Si les procédures médicales sont bien rodées, on peut regretter un accompagnement et un suivi psychologique encore succinct. Pour la plupart des femmes ayant avorté, cela reste une blessure. L'expérience physique de l'opération comme la culpabilité du choix s'avèrent souvent lourdes à porter.
Par ailleurs il existe des mouvements anti-avortement toujours actifs en France commeDroit de naître. Certaines de ces ligues font de la propagande auprès de femmes enceintes sous couvert d'accompagnement dans leur prise de décision. D'autres font du lobbying politique. Il est à noter aussi qu'un parti politique anti-avortement est susceptible de voir le jour prochainement en France. Se réclamant de valeurs chrétiennes, son nom résume leur programme :AMEN(Arrêtons le Massacre des Enfants à Naître).
Il existe deux lieux légitimes et employés de longue date pour prodiguer l'éducation sexuelle : la famille et l'école. Les années 70 ont marqué un tournant dans ce domaine.
D'une part au sein de la famille, comme de la société, la sexualité a longtemps été taboue. L'information circulait peu d'une génération à l'autre. Ce sont les féministes de 68 qui, devenant mères à leur tour ont permis une ouverture du dialogue dans ce contexte. Cependant l'information dispensée à leurs filles était fortement teintée du dogme féministe.
D'autre part c'est le moment où les sexologues connaissent un renouveau en France. Ils reprennent les travaux antérieurs de psychanalystes et psychopédagogues traitant du développement psychosexuel de l'enfant. Ces deux tendances ont permis de faire accepter l'idée de la nécessité, au sein de la famille, d'accompagner l'enfant dans les questions qu'il se pose sur la sexualité. Pourtant, la famille n'est pas toujours le lieu adapté à la transmission de ce type d'information. En effet, il a été montré que cela risque de faire effraction dans l'intimité d'un(e) adolescent(e). Il s'avère que les révélations de cette sorte sont parfois moins troublantes si elles sont faites par une personne étrangère, dissociées des liens affectifs entre mère et fille.
L'école, deuxième lieu d'apprentissage après la famille a, elle aussi, assumé un rôle depuis longtemps dans l'éducation sexuelle. Sa motivation initiale était de faire passer un discours moral visant à retarder le premier rapport sexuel et s'opposer à la contraception. Avec Mai 68 et le changement des moeurs, l'école se voit contrainte de s'adapter. La circulaire Fontanet du 23 juillet 1973 est destinée aux chefs d'établissements. Elle distingue l'information (à caractère scientifique et hygiénique) de l'éducation (éveil à la responsabilité). Mais la mise en pratique fut loin d'être évidente.
Aujourd'hui encore les connaissances restent très anatomiques, basées sur les mécanismes de la reproduction et sa maîtrise. De plus l'école ne semble pas un lieu adapté pour dispenser des informations de base sur le plaisir et le sentiment amoureux. C'est un sujet si intime qu'il se prête mal à un enseignement de groupe. Le cumul de ces deux lieux d'information laisse donc souvent un vide que chacun devra combler par lui-même. Mais apprendre à gérer soi-même sa sexualité, n'est-ce pas le seuil essentiel du passage à l'âge adulte ?
Autre domaine ayant subi de fortes évolutions, les sex-shop. Ils ont connu une heure de gloire dans la foulée de 68. Pourtant, rapidement, l'arrêté préfectoral leur imposant des vitrines opaques les condamnera à rester des lieux cachés donnant une image glauque. Cette réputation s'est intensifiée jusqu'à risquer de causer leur disparition. Les sex-shops se sont à nouveau développés récemment en s'appuyant sur deux choses : le développement de la vente par internet et une volonté de séduire la clientèle féminine.
Un gros effort a été fait sur les produits (qualité, esthétique, finition) et sur l'image des lieux eux-mêmes afin de satisfaire les exigences d'une clientèle féminine assumant sa sexualité. A tel point que la majorité des produits proposés concernent aujourd'hui presque exclusivement le plaisir féminin.
Les boutiques suivent aujourd'hui cette tendance, soignant leur devanture et la présentation des produits, migrant en direction des quartiers commerçants. De lieux lugubres et discrets, ils s'apprêtent à avoir pignon sur rue. Ces nouveaux sex-shops n'ont plus rien à voir avec les lieux communautaires qu'ils étaient précédemment, l'achat se faisant le plus souvent dans l'intimité relative de la toile. La vente par internet, connait un grand succès qui indique que l'on tient encore beaucoup à la discrétion et à la préservation de son intimité. Cela est facilité par l'absence de contact humain lors de l'achat et l'aspect toujours discret des colis.
L'image de la femme a beaucoup changé. L'après 68 est marqué par une masculinisation de la mode. Le port de pantalons, les cheveux coupés courts, la mode des petits seins et une lingerie qui abandonne le corset au profit d'un ensemble soutien-gorge-culotte très sobre marquent cette période. La mode est alors une manière d'afficher ses convictions, le refus du concept de la femme objet, soumise à l'homme. C'est une affirmation de la femme en tant que personne, dissociée de sa féminité. Mais très vite cette mode est récupérée : les pantalons se faisant moulants, se veulent sexy. C'est l'amorce de l'évolution vers la mode actuelle.
Pendant que la mode évolue, la place de la femme dans la société s'affirme. Au cours des années 80 et 90 la femme consolide son indépendance (professionnelle, financière etc.) et modifie le rapport de pouvoir homme/femme tant au sein de la société que du couple. Ces transformations ont un impact sur la sexualité qui s'accompagne d'un renouveau du concept de la femme objet. La femme s'y oppose moins violemment qu'en 68. Peut-être parce qu'elle est occupée à réaffirmer sa féminité dans ce nouveau rapport de force. Et c'est alors une mode sexy qui voit le jour avec des vêtements moulants, la multiplication des décolletés, des hauts qui laissent le nombril dénudé et l'avènement du string.
Les représentations visuelles (films, publicité) où la femme est de plus en plus dénudée et récurrente jusqu'à passer presque inaperçue de nos jours. Pourtant ces représentations visuelles délivrent un message, recomposent un image de la femme tout à la fois active, mère, amante (sensuelle, assumant sa séduction, son corps et son plaisir). Le concept de la femme objet est alors assumé par les femmes qui s'identifient à ces modèles.
Le cinéma pornographique a dû lui aussi se réinventer. Le classement X et les surtaxes associées qui ont eu lieu milieu des années 70, visant à limiter leur diffusion, n'ont pas diminué leur succès. Cette période est marquée par une production intense de nouveaux films. Les cinémas spécialisés se sont raréfiés au début des années 80, les sorties en salles en salle de films pornographiques comme érotiques s'effondrant rapidement. Le relais est pris par le téléphone rose, le Minitel, la diffusion mensuelle de Canal+ dès 1985 et par les locations/ventes de films sur support VHS (puis DVD) en sex-shop ou dans les rayons spécialisés des loueurs de vidéos.
Un autre tournant se dessine avec internet. Celui-ci permet une diffusion énorme (souvent sans l'accord des producteurs et distributeurs des films) comme avec l'invasion de fichiers pornographiques sur les serveurs de P2P (partage de fichiers). Par ailleurs, pour circuler plus facilement, les vidéos sont souvent des extraits de films achetés, loués ou téléchargés. Sont alors favorisés (par le public lui-même) les scènes jugées les plus excitantes de films parfois répétitifs ou contenant des longueurs. Internet voit se développer des sites payants de téléchargement de vidéos qui, eux aussi, vont favoriser ce type de format court et intense.
Quelques années plus tard, les sites de vidéo à la demande proposant des vidéos pornographiques gratuitement suivront avec un grand succès cette tendance. Les scènes montrées, pour se différencier de la concurrence font souvent montre d'une recherche de l'exceptionnel (positions, nombre de partenaires, dilation, etc.). Une autre caractéristique récurrente est l'aspect "mécanique" du plaisir et de la jouissance, une représentation du rapport sexuel coupée de toute notion de sentiment et d'émoi affectif.
Cette évolution d'un lieu de consommation publique (le cinéma) à un lieu de consommation privé permet aux femmes d'investir ce domaine. Traditionnellement ciblé vers un public masculin, les femmes visionnent de plus en plus de vidéos pornographiques et les intègrent à leur sexualité. Si elles assument de les regarder seules, il devient aussi possible de les visionner en couple. L'appropriation par les femmes est peut-être la transformation la plus fondamentale de la pornographie. Cela se vérifie aussi dans la littérature où non seulement les femmes lisent mais écrivent. Contrairement aux productions cinématographiques, les femmes se sont fait une place d'actrice et non pas seulement de spectatrice.
Tous ces éléments ont modifié profondément la représentation et la place de la sexualité dans la société. Alors qu'à la fin des années 60 la féminité se résumait souvent à la maternité, la place de la femme s'est fondamentalement transformée. La féminité aujourd'hui se définit plus autour de concepts comme la séduction, la beauté, le fait de s'assumer. Par réaction, la révolution de 68, en revendiquant le droit au plaisir, a mené à l'instauration d'un nouveau dogme aussi contraignant que le précédent : le devoir de jouir.
La société actuelle est tiraillée entre deux principes. D'un côté celui, préexistant à 68 que la révolution n'a pas réussi à évincer, du couple. En effet, même si la forme de sa reconnaissance sociale a changé, les bases en restent similaires. L'idéal du couple reste souvent axé sur des concepts de fidélité et de longévité. Mais cet idéal, parce que les exigences de chacun des partenaires sont revues à la hausse, est bien pus difficile à atteindre.
D'un autre côté le devoir de jouir, conséquence directe de 68. Celui-ci entraîne souvent une quête, la plupart du temps solitaire car la sexualité a beau s'afficher en place publique, elle reste intrinsèquement liée à ce que nous avons de plus intime et reste donc le plus souvent un sujet tabou. Vient aussi se rajouter la représentation sociale de la sexualité qui ne prend en compte que le corps et le plaisir excluant la partie affective, n'aide sans doute pas à réintégrer la communication sur la recherche du plaisir au sein du couple, lieu de sentiment.
Pour mener cette quête, le besoin d'information est souvent fort surtout chez la femme chez qui l'orgasme nécessite, plus que chez l'homme, un apprentissage. La famille est rarement un lieu adapté, l'école, sur des critères fondés, a renoncé à prendre en charge cette partie de l'éducation sexuelle. De ce fait l'information circule alors (mais de manière inégale et pas toujours fiable) entre amis.
Reste les vidéos pornographiques qui, de par leur diffusion massive, qu'il n'est plus possible de restreindre de manière efficace aux majeurs, occupent de plus en plus ce vide. Malheureusement, comme elles sont destinées à un public averti capable d'effectuer une distanciation entre les pratiques présentées et leurs expérimentations, cela peut entraîner des dérives.
La littérature à but éducatif est partiellement exploitée mais de manière marginale. La part belle étant plutôt faite aux magasines féminins qui ne traitent pas les sujets sur la sexualité en profondeur de peur de choquer et perdre une partie de leur clientèle. Des magazines féminins spécialisés comme Sensuelle , S'Toys et Les Juliettes tentent toutefois de faire de la sexualité féminine leur principal sujet ce qui démontre une demande d'information et un intérêt sans cesse croissant pour le sexe et leur plaisir.
En parallèle, Internet est également devenu une source d'information privilégiée en ce qui concerne la sexualité. On y trouve facilement, gratuitement et anonymement témoignages et documentation sur la sexualité. Les sites communautaire, grâce à leur forum, apportent également une réponse rapide pour toutes personnes se posant des questions en rapport avec leur vie sexuelle, leur couple ou des blocages éventuels.
Les principales bases de notre sexualité nous viennent de la révolution de 68. Nous profitons de ces acquis sans vraiment y penser ni nous rendre compte à quel point ils sont récents. Ces dernières années ont été marquées par une évolution très rapide des moeurs et des mentalités. Les deux évolutions les plus marquantes sont l'appropriation par la femme des divers domaines de la sexualité et un retour de la sexualité de la sphère communautaire à la sphère intime (principalement avec les sex-shops et la pornographie). Il y a 25 ans déjà que l'on avançait : "Sans doute est-ce toujours un moment important que celui où une jeune fille a sa première relation sexuelle ; mais important pour elle seule. C'est un évènement intime, c'est une étape dans le développement de sa personnalité, ce n'est plus un rite, ce n'est plus un fait social". La sexualité de la femme a été entièrement remaniée à travers ces diverses évolutions.












