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L'enfer de la bibliothèque - Eros au secret à la BNF
© Roomantic.fr - 17.01.08 | 08:53
Exposer les livres cachés, voilà de quoi éveiller de la curiosité. La Bibliothèque Nationale de France située à Paris ouvre les portes de l'Enfer où se trouve les livres, gravures et autres illustrations contraires aux mœurs que l'on se gardait bien de montrer. Une exposition destinée aux plus de 16 ans, qui regroupe pas moins de 350 ouvrages synonymes de sexe, de débauche. Sous nos yeux, cinq siècles d'illustrations et de récits tenus secrets, que la BNF dévoile jusqu'au 2 mars 2008.
Regroupant aussi bien manuscrits du Marquis de Sade, qu'estampes japonaises dites obscènes, l'exposition retrace l'histoire de cet enfer de l'Eros. Ce lieu imaginaire dans lequel tous les ouvrages licencieux jusqu'aux illustrations salaces étaient regroupés, est né en 1844. Mais pas si imaginaire que ça, car c'est à cette date que les saisies policières enrichissent une collection d'obscénités. Celle ci sera centralisée par la Bibliothèque Royale sous une même cote bien séparée des livres orthodoxes, dont l'accès sera fortement contrôlée. Autrement dit, l'égalité n'était pas de mise, pour pouvoir approcher un imaginaire sexuel.
Les premiers ouvrages érotiques présentés datent du 16ème siècle. Mais c'est surtout au 18ème, époque libertine, que les collections vont être nourries de plus en plus de récits érotiques. Ces nombreuses célébrations du plaisir circulent sous le manteau et restent bien à l'abri des regards, sous le matelas.
Les manuscrits et textes du Marquis de Sade sont présentés à l'occasion de cet évènement. On y retrouve même certains de ses écrits rédigés en prison comme "La philosophie du Boudoir". L'œuvre de Baudelaire "Les fleurs du mal" fait également partie de la collection pour l'énorme scandale qu'elle avait suscitéà l'époque.
A la tête de l'enfer du 20ème siècle, se trouve Guillaume Appolinaire, auteur du livre "Les onze mille verges" paru en 1907. Celui ci commencera par ailleurs un catalogue sur l'Enfer de la bibliothèque. Des surréalistes tel que Louis Aragon continueront d'étoffer la collection des livres interdits. Les rejoignent, les textes de Georges Bataille, Pierre Louys, Pierre Mac Orlan, ainsi qu'un texte désormais connu, "Histoire d'O" de Pauline Réage. L'érotisme fuse, à tel point que cela révèle de la consécration que d'être interdit. La littérature érotique allait de paire avec l'opposition politique.
A cette littérature damnée s'ajoute de nombreuses illustrations qui ont été, elles aussi proscrites. Un enfer de l'image existait également, où se regroupaient aussi bien photographies pornographiques, qu'estampes japonaises érotiques, gravures représentant des situations coquines ou bien encore des objets plus populaires tels que des vignettes ou cartes postales.
Mêlant raffinement à la représentation caricaturale des sexes, l'imaginaire de l'enfer est très divers. On y retrouve également des scènes d'amour des dieux, thème très souvent traité dans la peinture classique occidentale, cette fois sous forme d'un "Recueil de postures érotiques" brut, sans chercher à cacher quoi que ce soit.
A notre époque, l'image du sexe fait partie de notre quotidien. Des illustrations et récits comme ceux présentés dans cette exposition ne choquent plus. Et pourtant, on oublie souvent que certaines pays n'ont pas encore atteint ce stade de tolérance vis à vis du sexe et de sa représentation. Un catalogue d'Eros au secret a été édité. Le site Rue89.com rapporte notamment qu'au Japon, un passionné d'art et de culture, s'est vu censurer son livre, lors de son passage à la douane. L'ouvrage intercepté par courrier, a été refusé d'entrée sur le territoire du Japon car contenant des images pornographiques. Celui ci a été noirci par les fonctionnaires sur plusieurs pages, afin de cacher des illustrations encore interdites là bas. En faisait partie, une photographie du sexe d'une dame qui a permis à Gustave Courbet de réaliser "L'origine du monde". Ce même monsieur se souvient s'être fait interdit l'entrée de bandes dessinées érotiques sur le territoire anglais. Finalement il y a toujours un enfer dans notre monde actuel, même si il est beaucoup plus restreint.
La BNF révèle au public une collection gigantesque de tout ce qui a longtemps été interdit. Allant d'une littérature polissonne à des photographies pornographiques, en passant par des estampes japonaises obscènes, l'imaginaire et la littérature de l'enfer montrent une richesse incroyable. Une exposition intéressante pour les yeux et l'esprit.



