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Amartya Sen : "l'inde. Histoire, Culture et Identité"
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14.05.08 | 10:37
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Vous connaissez l’inde et son territoire ? Vous avez déjà lu l’ « Inde » de Naipaul ? Alors dans ce cas continuez et plongez-vous dans le vaste et passionnant livre d’Amartya Sen « L’Inde. Histoire, Culture et Identité », économiste (et penseur, ndla) indien, nobélisé en 1998 pour son œuvre consacrée aux conditions du développement.
En nous livrant ici une riche réflexion sur son continent, Amartya Sen nous amène à élargir notre vision sur cette immense civilisation qu’est l’Inde, des débuts du fleuve Indus jusqu’à nos jours, ainsi que sur la pensée de certains de ses acteurs, et souligne ce qui encore aujourd’hui en fait une spécificité à défendre.
Faite d’une tradition de construction pluraliste et d’hétérodoxie, Amartya Sen défend la spécificité de la tradition « argumentée » indienne « the Argumentative Indian » qui, tout en accompagnant la religiosité de l’Inde, a fait une large part au scepticisme religieux, ainsi qu’à la tradition d’ « hétérodoxie constructive » de son pays ou l’entretien du raisonnement public, permettant son actuelle tolérance pluraliste.
Cherchant à contredire la vision occidentale d’une Inde hindouiste, il en rappelle l’identité plurielle, son héritage mondial, et dénonce la volonté des partis nationalistes indiens de vouloir enfermer l’Inde à son aspect exclusivement hindouiste.
Cette vision réductrice impliquerait non seulement une identification monolithique de l’Inde, allant dans le sens, selon Sen, de la notion d’Huntington d’un choc des civilisations, là où ce continent, justement, se définit comme la coexistence paisible des religions, mais menacerait également le choix fait dans la constitution indienne d’une Inde laïque pour laquelle aucune religion ne saurait être prédominant en Inde, traitant dans une symétrie équivalente les différentes communautés religieuses depuis Ashoka (200 av JC) ou Akbar (XVIe siècle).
Pour Sen, la notion d’identité existe bien sur, mais elle est évolutive, et dans le cadre de l’Inde , elle n’existe que dans le cadre d’une tradition pluraliste et hétérodoxe spécifique à ce continent.
Rappelant également dans l’histoire le rôle pionnier de l’Inde dans les domaines scientifiques, il consacre une grande partie de son livre à la réfutation de la thèse éculée de l’origine essentiellement « occidentale » ou « européenne » du raisonnement analytique et de la critique : « Diagnostiquer qu’une pensée serait purement indienne ou purement occidentale peut s’avérer tout à fait illusoire, « L’origine des idées n’a pas grand-chose à voir avec la pureté ».
Il pose par ailleurs la question de la portée du raisonnement et son influence « occidentale » pour la globalisation : En quoi les évaluations raisonnées pourraient contribuer à la paix mondiale ?
Abordant également la vision indienne de différents de ses penseurs du début du XXème siècle : Tagore, Gandhi mais aussi le cinéaste S.Ray, Sen nous donne les éléments de différenciation de ses acteurs culturels.
Il insiste néanmoins sur le fait que la notion d’Egalité sociale ou de Justice distributive doit progresser et souligne les dangers qui guettent ce peuple si de profondes réformes ne sont pas rapidement envisagées : « La symétrie politique par la notion de tolérance ne fait malheureusement pas le lit de l’égalité sociale ou économique ». Classes, castes, appartenances sexuelles, laissés pour comptes absolus et victimes de violences policières, absence de soins de santé et malnutrition, pauvreté économique et analphabétisme, déresponsabilisation politique et résultats démographiques.
Et de poser la question : « L’inde, riche de son passé s’est peut-être en revanche trop enfermée dans le traditionalisme indien, celui que préféra Gandhi au raisonnement, où exploiter cette crédulité irrationnelle n’incite pas à réfléchir.
Sen rejoint Tagore selon qui l’imposante tour de misère qui se dresse aujourd’hui au cœur de l’Inde n’est fondée sur rien d’autre que sur l’absence d’éducation, et de souligner l’analphabétisation encore persistante du peuple, le conservatisme et séparatisme culturel indien, sa pauvreté endémique, ainsi que des avancées de la Chine sur ces points.
Il cite Nehru en 1947 et s’attriste : « La tache qui nous attend » disait Nehru, consiste à « mettre fin à la pauvreté, à l’ignorance, la maladie et à l’inégalité des chances ».
Ce que Nehru espérait pourra continuer à être ignoré tant que les revendications ne se feront pas assez insistantes.
Et conclue sur les limitations des politiques intérieures de l’Inde en matière d’enseignement élémentaire, de santé publique, de micro-crédit ou de planification infrastructurelle : « La place de l’Inde est autant déterminée à l’intérieur de nos frontières qu’à l’étranger ».
AMARTYA SEN : « L’Inde. Histoire, Culture et Identité » -Éditions Odile Jacob – 39 euros – (« The Argumentative Indian. Writtings on Indian History, Culture and Identity »)
Voir dans blog :
- « Indiaaaaaaaa !!! » du 3 avril 2008
- « "La notion de guerre des civilisations s’est insinuée dans l’inconscient collectif.” par Amartya Sen. » du 12 janvier 2008
Lire également l'excellente analyse parue dans le Monde du 05 mais 2008 par Frédéric Lemaître
"Nuages sur l'économie indienne" et publiée en commentaire joint qui souligne néanmoins la réussite de la "jeune" démocratie indienne :
""La démocratie indienne ne constitue pas toujours un atout. Les Chinois "sont en position de prendre des décisions que nous ne pouvons pas prendre. Nous devons suivre un processus qui est davantage consultatif, délibératif, et davantage soumis à examen juridique", reconnaît Palaniappan Chidambaram, le ministre des finances, dans le Wall Street Journal (du 22 avril).
Après avoir passé en revue différents scénarios, l'économiste Jean-Joseph Boillot (in Futuribles) pronostique que d'ici vingt ans, l'Inde sera sans doute davantage une puissance moyenne qu'une superpuissance à la chinoise. Même si son rayonnement est moindre que ses élites le disent, ce ne sera pas un mince exploit, surtout au vu de l'instabilité qui caractérise les Etats qui l'entourent.""
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