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politique

Sarkozy dans les pas de Mitterrand

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25.06.08 | 01:06

mercredi 25 juin 2008

Sarkozy dans les pas de Mitterrand

Le voyage de Nicolas Sarkozy en Israël s'est révélé être un festival de bonnes intentions, sous le signe de l'amitié. Mais au-delà des mots doux qui nous rappellent ceux de Mitterrand, la réalité et ses difficultés demeurent.

«Shalom… Amis… Longue vie…!» Ces mots forts d'amitié, d'engagement, prononcés par François Mitterrand à la Knesset, le 4 mars 1982, Nicolas Sarkozy les avait en tête lorsqu'il est monté hier à la tribune du Parlement israélien. Ce discours puissant, lyrique parfois, de l'ancien Président socialiste avait fait événement et pour cause : à l'époque, la revendication d'un État palestinien passait pour déplaire sur le sol de l'État hébreu. Mais elle avait été écoutée, parce que la France, avec Mitterrand, s'était rapprochée d'Israël, même si la ligne pro-arabe dominante l'avait emportée de nouveau ensuite. Avec le chef de l'État socialiste, on était loin, c'est le cas de le dire, de Valéry Giscard d'Estaing qui avait laissé cette image terrible, distanciée, méprisante, d'un Président regardant la terre promise de loin, des pays arabes, avec des jumelles. Et avec Sarkozy, on était loin aussi du clash de Chirac qui menaçait de «rentrer chez lui» si la sécurité israélienne ne le laissait pas libre de ses mouvements.

C'est cette proximité démonstrative avec l' État hébreu que Nicolas Sarkozy a voulu retrouver, proximité qui lui permettrait, croit-il, de rappeler les exigences de la paix et donc de la nécessité impérieuse de la création d'un État palestinien. A la suite royale de François Mitterrand…
Le discours sarkozyste était en tout cas construit comme l'avait été celui de l'ex-Président socialiste. Avec une première partie longue, éloquente, élogieuse, emphatique même, consacrée à la force et au rayonnement de la culture juive et de la démocratie israélienne, «une des plus authentiques du monde». L'hommage au judaïsme, à son message universel, les références laudatives aux prophètes comme aux intellectuels et savants juifs, étaient de facture toute mitterrandienne. L'ancien Président, un lettré, lui, aurait tout à fait pu citer également Spinoza ou Einstein, même si Sarkozy s'est fait un petit plaisir particulier en évoquant la mémoire de Freud, à l'heure où la communauté psychanalytico-journalistique ne cesse de vouloir coucher sur le papier son égotisme infantile, fut-il travesti en majesté !
L'affirmation répétée de son admiration pour ce pays, la revendication forte, solennelle, d'une «amitié inébranlable» reposant sur des liens culturels, économiques, scientifiques, humains. Ces mots d'avocat éloquent renvoyaient à ceux de cet autre avocat qui avait déclaré, il y a 26 ans, «qu'il était temps qu'après une trop longue absence, la France, en la personne de ses plus hauts représentants, reprit sa place auprès de vous…» Mitterrand était dans la ligne pro-Israël de la SFIO, mais il avait une admiration réelle pour l'énergie et la vitalité spirituelles de ce peuple de l'Écriture, un de ses fils d'ailleurs, Jean-Christophe Mitterrand vécut deux ans en kibboutz, et jamais l'ex-patron de l'Union de la gauche ne renia cette amitié, en dépit parfois des pressions de ses alliés et des vicissitudes de l'Histoire qui voyaient Israël s'isoler et se réfugier dans les bras des Américains.

Nicolas Sarkozy fait preuve des mêmes dispositions empathiques. De par son origine, puisque son grand-père «était juif de Salonique», même si son petit-fils répète qu'il n'est «pas juif», ce qui est vrai puisque sa mère ne l'était pas. Mais il s'est toujours trouvé en sympathie avec cette culture, avec cette religion, en particulier quand son milieu la rejetait. Et il partage aussi cette admiration à la fois pour les performances scientifiques et intellectuelles et pour la vitalité de ce pays qui tient tête au monde arabe. La résistance du petit face à la multitude hostile, son indomptable volonté, le bluffent, lui qui a fait du volontarisme son credo.
En même temps, comme Mitterrand aussi, l'actuel chef de l'État ne croit pas qu'il puisse y avoir de paix possible et durable sans création d'un État palestinien indépendant, démocratique, viable. Le rappel fut clair et net, comme l'avait été celui de l'ex-Président de gauche : la France, «amie d'Israël d'abord, se veut aussi l'amie du peuple palestinien». Et elle parlera en fraternité exigeante aux uns et autres, sans masquer jamais ce qu'elle pense juste, ni les vérités qu'il faut marteler : d'un côté la nécessité de prendre en compte l'existence du fait palestinien, de l'autre, le refus de toute complaisance envers ceux qui prônent la destruction de l'État d'Israël. La posture est classique ; on le reconnaîtra. De même que l'appel à mettre fin à la colonisation des terres palestiniennes, réclamé en vain et depuis des lustres par Washington. Mais il y avait, dans la musique des mots, quelque chose de plus revigorant, de plus marquant que ce qu'on a entendu ces dernières années. Sans que l'on puisse se faire grande illusion.

Les mots, même bien tournés, passeront, les réalités, rudes, s'imposeront.
Que pèsent les propos d'un jour face à ces difficultés incontournables ?

1) Le processus de paix est dans l'impasse.

2) Le gouvernement israélien est en difficulté.

3) Bush est en fin de course, tout dépend d'Obama ou de Mc Cain.

4) L'Europe avance elle-même de guingois.

5) La France, enfin, n'a guère d'influence et Nicolas Sarkozy lui-même vient d'essuyer un échec diplomatique retentissant avec le «non» irlandais qui le met en mauvaise posture.

L'impuissance… Certes, nous disposons d'une «arme fatale», notre «bombe B» à nous, Carla Bruni. Même, qu'elle a sorti un disque «formidable, exceptionnel, fabuleux, etc.». Je vous assure, c'est la presse unanime qui le proclame. D'ailleurs les médias israéliens l'ont hissée en «une». Du voyage de Nicolas Sarkozy, c'est elle, disent-ils, qui restera. Cruel…

Posté par ffdl à 02:06 -Commentaires [0]-Rétroliens [0]- Permalien [#]

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