roman noir
L'immense obscurite de la mort.
© Patrick PIKE - 17.03.08 | 23:07
Si vous aimez les romans noirs comme un crépuscule d'hiver, Massimo Carlotto, avec une écriture, comme dans du marbre, taillée au burin, vous offre cette confrontation entre deux hommes dont l'un a tué la femme et le fils de l'autre lors d'un braquage.
Le livre s'ouvre sur le procès de Raffaello Beggiato. C'est lui qui a tué Clara et Enriquo. Il nie, accusant son complice qui a réussi à s'échapper, mais refuse de le dénoncer. Condamné à la réclusion à perpétuité, il se taira pendant quinze ans affirmant qu'il n'est pas le coupable. Quinze ans dans les geôles d'Italie décrites avec réalisme par Massimo Carlotto.
Un soir, Silvano Contin, qui a perdu le sens de la vie après la mort de sa femme et de son fils, partageant son temps entre son commerce "talon minute" d'un centre commercial, son appartement, ses visites quotidiennes auprès du commissaire Valiani pour avoir des nouvelles du complice et la pensée obsédante de Clara mourant lui hurlant "C'est tout noir, Silvano. Je vois plus rien, j'ai peur, j'ai peur, aide-moi, j'ai peur", refusant tous contacts avec le monde extérieur, reçoit une lettre.
Raffaello, atteint d'un cancer, demande à Silvano son pardon, qui, selon la loi italienne, formulé par écrit, lui permettra d'obtenir son recours en grâce et mourir libre.
Cette demande fait basculer Silvano dans l'univers de la vengeance. Malgré les pressions d'un prêtre et d'une femme, il refuse. Commence alors une sorte d'échange à distance des pensées des deux hommes. Lentement Silvano, persuadé depuis toujours que c'est le complice le tueur, ébauche son plan vengeur et décide, après leur rencontre en prison, de faire paraître sa lettre de pardon.
Raffaello sort libre et espère récupérer sa part du braquage conservée par son complice, Oreste, et fuir à l'étranger. C'est oublier Silvano Contin qui veut retrouver le complice dont il pense qu'il est le meurtrier
Massimo Carlotto nous dévoile alors l'enfer. L'enfer de ces deux hommes dans une étude psychologique sans concessions, et l'enfer d'Oreste Siviero, le complice, et de son épouse Daniela, dans la violence des mots et des scènes, car Silvano n'a plus notion de compassion, de pardon et encore moins de compromission n'hésitant pas à faire l'amour, lui qui n'a plus toucher une femme depuis si longtemps, avec celles dont il sait qu'elles serviront son unique but, assouvir sa vengeance pour la mémoire de Clara et Enriquo.
Le commissaire Valiani, dans ses certitudes de policier approuvant la peine de mort, lui dit un jour: "... c'est aux magistrats d'émettre la sentence et à l'Etat de l'exécuter. On n'est pas au Far West, ici, monsieur Contin, et personne ne vous a accroché l'étoile de shérif sur la poitrine.
-Pourtant, c'est nous autres, les victimes, qui sommes appelées à décider du pardon.
Valiani me fixa avec mépris.
-Vous n'êtes plus une victime. Vous êtes un malade. Faites-vous soigner."
La victime d'hier, taraudée de douleur, était devenue le bourreau d'aujourd'hui et se pose la question de savoir lequel des deux détient au fond de son être le plus d'humanité. Le désarroi parfois peut vous conduire sur des chemins tragiques et l'acte le plus noir vers la rédemption.
"Dieu n'existe pas, je le sais. Au-delà de la vie, il n'y a que l'immense obscurité de la mort" dit un jour Silvano Contin.
Roman noir sans aucune digression, vous lirez ce livre qui vous captivera jusqu'au dénouement, créant peut-être un sentiment de malaise, mais la vie n'est pas que sérénité quand un jour comme un autre, la nuit soudain vous enveloppe et que seule tout au loin brille la lueur d'une implacable vengeance.
Massimo Carlotto "L'immense obscurité de la mort", chez Métailié, 8€ en poche, diffusion Seuil. Traduit de l'italien par Laurent Lombard.
