blogosphère
Blogosphéricité (on fait quoi là?)
© omelette16oeufs - 13.05.08 | 13:38
De temps en temps on s'arrête pour se demander ce qu'on fait. Ou on ne s'arrête pas, mais on se le demande quand même. Ce weekend a été l'un de ces moments, pour moi mais aussi pour d'autres, comme Donatien , Maxime et oRélie . Est-ce que ça sert à quelque chose de s'époumonner sur les blogs, de se rassembler, de se disputer, alors que l'influence politique de tous ces mots et de tous ces pixels est parfaitement intangible.
Pourtant, chaque jour le Web devient un peu plus un champ de bataille politique. On s'est bien moqué de l'interactivité de Désirs d'avenir , et encore du nom Congrès Utile et Serein , dont on ne sait si le choix était naïf, manipulateur, ironique... ou tout cela en même temps. Bertrand Delanoë lance Clarté, courage, créativité et puis aujourd'hui on découvre Terra Nova qui n'est pas une agence de voyage spécialiste de l'Amérique Latine, mais une sorte de think tank à la Gracques_2.0, dirigé par un ensemble de notables de gauche. A priori , cela ressemble au Monde devenu une sorte de parti politique.
Mais je digresse... L'internet est un espace politique, et les blogs ont un rôle à y jouer, justement parce qu'ils ne sont pas le produit de telle fondation, parti ou think-tank , mais un endroit où les gens, les mal-lavés peuvent dire ce qui leur passe par la tête. La question devient, alors : quand on tient un blog politique, est-ce qu'on fait de la politique?
Ce matin, Nicolas J a réussi à résumer tout ce billet qui n'était même pas écrit en un seul twit :
@marcvasseur : je ne fais de politique ! J'écris dans un blog.
Quand je dis que Nicolas a résumé ma pensée, c'est qu'il me semble essentiel de distinguer l'action politique au sens traditionnel, et l'activité blogoësque. Non que celle-ci doit être complètement détachée de celle-là. La beauté des blogs, c'est justement qu'ils sont si libres qu'ils peuvent s'attacher à, ou se détacher de, tout et n'importe quoi. Nicolas, encore lui, nous rappelle souvent que l'influence des blogs est nulle ou quasi-nulle. Il a raison : le poids de la blogosphère dans les grandes tractations politiques sera toujours zéro. Le modèle syndical ou militant des blogs qui se mettent ensemble, deviennent une force, impose quelque chose aux partis... cela ne pourra pas marcher : les blogueurs, au départ, ne représentent qu'eux-mêmes.
Et pourtant, l'influence réelle des blogs peut être grande. Pas en termes d'action politique, mais en termes de représentations. Car, avec tous ces mots que nous balançons et que l'on nous rebalance, nous finissons par créer des représentations, ou par infléchir, ou dégrader, ou nuancer celles que les médias et les institutions déversent sur nous. C'est donc là, à mon avis, le pouvoir, la force des blogs.
Un exemple : le travail incessant de Juan de Sarkofrance , qui mérite d'être souligné à chaque occasion. Peu à peu, on commence à reprendre ses Nème en sarkofrance , d'abord sur Betapolitique , ensuite sur le site de Marianne . Y a-t-il un lien allant du blog jusqu'à la désormais célèbre couverture, "Putain! quatre ans", qui a réussi à énerver notre Très Grand Homme (TGH) :
Selon plusieurs témoignages, le président a détaillé ses récriminations à l'encontre des journaux. Il aurait aussi visé Marianne, dont la dernière "Une" titrait, sur une photo du président, "Putain 4 ans!", et a accusé le Journal du dimanche de ne pas avoir publié dans son édition papier un sondage plus positif que les autres sur sa récente intervention à la télévision.
Je n'en sais rien. Peut-être.
Toujours est-il que c'est dans ce domaine que les blogs pourront "faire quelque chose", exercer non pas un pouvoir politique, mais influencer, infléchir la vision de la sphère politique. C'est-à-dire en restant des blogs.