décryptage média
Pour en finir avec LePost
© MC - 05.05.08 | 13:08
Pas mal de critiques se font entendre contre le site LePost, qui propose un “mix de l’info”. Ici , une démonstration fort pertinente que LePost travaille une sorte de populisme d’extrême droite. Une autre critique, notamment formalisée par Embruns , insiste sur le côté racoleur, démagogique et non-sérieux de l’information (le site cherche en effet à attirer les amateurs de “sexe” ; cf. ses “méta-tags”). On peut rétorquer qu’il s’agit là d’une critique moraliste .
Le plus insupportable, à mon avis, dans LePost, c’est l’infantilisation obscène du lectorat, que les concepteurs fantasment comme imbécile, “volatil” ou “zappeur” (conformément à ce qu’a dû asséner un sociologue des comportements où un détecteur de tendances recruté pour l’occasion). C’est moins la nullité journalistique, le populisme, ou le racolage douteux autour du sexe et du people qui font de ce site une dégueulasse poubelle, que la mise en forme même de “l’information” et du “contenu”.
Les infos sont saucissonnées de façon chronologique, histoire de pouvoir lire la journée comme un vaste scénario, doté de rebondissements. Le plus haïssable ce sont les différentes déclinaisons de rubrique façon “l’info pour les cons”. Déjà, cette substantialisation de “l’info” est tout particulièrement odieuse, mais LePost n’a pas le monopole de cette pratique. Sur LePost (autant que sur TF1), l’info c’est donc aussi bien une interview people qu’un fait divers sanglant qu’une nouvelle loi qu’une chronique qu’une dépêche AFP, etc. A titre personnel, ça ne me gène pas plus que ça ; pour moi le “journalisme” et sa pseudo-déontologie n’existent que comme mythe et n’engagent donc que les gogos qui y croient. Mais cela débouche, dans le cas de LePost, sur des perles de pétainisme comme cette magnifique “info” : “ Si la loi Dati était passée, elle serait encore vivante “.
Donc, “l’info pour les cons” : les “antisèches actus”, pour commencer, dispensent bien évidemment l’essentiel de l’info, ce qu’il faut retenir, ou autres formules creuses et avilissantes du même tonneau. Les articles de LePost sont déjà des digests de digest, des dépêches non-reformulées, mais il y a ce nouvel échelon du digest de digest de digest, où les faits sont lissés pour former autant de rubriques d’antisèche. Existe-t-il au monde une catégorie de personne qui a besoin absolument de tout savoir sur l’actualité mais qui a très peu de temps pour la “consommer” ? Y a-t-il au monde un cadre sup, une assistante de direction assez porcins pour être satisfaits de ces “antisèches actus” ? Existe-t-il un sympathique gogo qui explique à ses collègues “Moi, tous les matins, je lis l’antisèche sur LePost, c’est simple et rapide.” ? Je ne puis y croire.
Mais les “antisèches” ne suffisent pas. Il y a aussi le “happy mix”. C’est quoi ? Rigoureusement la même chose. Une antisèche actu, “pour être sûr de rien rater”, de “tout comprendre”, “d’y voir clair”, etc. Toujours la même débilisation forcenée du lectorat. LePost fait mine d’ajuster son offre à la demande, c’est-à-dire de fabriquer un contenu excessivement cheap parce que les lecteurs sont des abrutis ; c’est assez pratique.
Une autre rubrique, fort différente des deux précédentes : “Ça se passe sur LePost”. De quoi s’agit-il ? Encore une fois, c’est exactement la même chose que “l’antisèche”. On pourrait parler d’hyperventilation sémantique, si l’on me permet cette nouvelle locution, pour désigner le découpage “atomique” du signifié, le nivellement par le bas de toutes les significations, ainsi que le résumé à exposant (résumé du résumé du résumé du résumé du raccourci…). La débilisation passe par “l’antisèche”, ce n’est pas un hasard : le lecteur est identifié à un élève pouilleux et tricheur, conçu comme dépassé par ce “monde complexe” et désappointé face à un interrogateur fantasmatique.
Autre rubrique : “la semaine en une phrase”. Chaque semaine se trouve résumée en une seule phrase ; les internautes sont conviés à mettre les mots dans le bon ordre. Diluer encore la matière pour qu’il n’en reste plus rien, après les filtres des happy mix, digests et autres antisèches.
Voilà ce qui est le plus agressif, quand on se promène sur LePost. Pas le sexe, pas la tonalité démagogique et droitière, mais la dilution obsessionnelle et maniaque du sens, la crétinisation du lecteur comme ligne éditoriale ; cette façon de produire et de recycler de la merde au motif qu’elle est demandée alors qu’elle est imposée par l’offre.
LePost n’est pas une poubelle, c’est un charnier.
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