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Mawazine :« L'esprit Mawazine » ou la culture universaliste

©  maroc -

Une clôture haute en couleurs et forte en symboles ! Mais surtout porteuse d'une série de signaux. Le premier tient au fait que S.M. le Roi Mohammed VI, initiateur et premier soutien du Festival Mawazine, porte un intérêt soutenu à cette manifestation et à sa dimension universaliste.

Une clôture haute en couleurs et forte en symboles ! Mais surtout porteuse d'une série de signaux. Le premier tient au fait que S.M. le Roi Mohammed VI, initiateur et premier soutien du Festival Mawazine, porte un intérêt soutenu à cette manifestation et à sa dimension universaliste. Ensuite une sollicitude aux jeunes talents et aux groupes marocains qui se produisent et dont la créativité est prometteuse. Le second message est que désormais la ville de Rabat peut s'enorgueillir de son festival dont la 7e édition, organisée du 16 au 24 mai, vient de constituer une réussite indéniable. Dans la même foulée, on peut ajouter que la participation de troupes artistiques venues des quatre coins du monde, leur brassage avec le public marocain et les populations qui n'ont cessé de se déplacer pendant huit jours pour les entendre, ont créé un phénomène inédit : l'appropriation de l'art musical, sa démocratisation et son accessibilité. Non qu'une telle évolution ait été imperceptible jusqu'ici, mais la grande musique, dans la diversité de ses répertoires et la multiplicité de ses genres, s'est invitée allégrement - pendant neuf jours - dans une ville que l'on peut qualifier aujourd'hui de « cité musicale ».

Le public diversifié, composé de petites gens, de personnalités, de classes populaire et moyenne, d'hommes et de femmes, de jeunes et moins jeunes, s'est mélangé pendant toute une semaine, brisant les barrières sociales et transcendant les préjugés. C'est un même public fédéré, on y rencontrait ici des ministres, là des fonctionnaires, des commerçants, des mamans, tous heureux de sortir, acteurs enchantés d'une fête collective. Jamais la ville n'a connu une si intense et continuelle activité, une si rare effervescence qui est pour la fête musicale le meilleur instrument de mesure.

Le programme offert pendant neuf jours reste exceptionnel, riche en noms et en genres. Là aussi, il s'agit de souligner une autre dimension du Festival Mawazine, celle d'une heureuse corrélation entre les attentes d'un public et une programmation inédite, avec des artistes qui représentent tout ce qui est prisé à l'échelle internationale.

Entre Dee Dee Bridgewater et Whitney Houston, les fans se sont laissé emporter dans le flot des grands choix. « I love my Lord, I'd love to call him Allah » (J'aime mon seigneur et je voudrais l'appeler Allah). Lancé du haut de la scène Hay Nahda, transformée sous le poids des 80 à 90 000 spectateurs mêlés les uns aux autres, le cri spontané est de Whitney Houston, celle que tout le monde a attendue, la messagère à la voie cosmique, l'étoile musicale enfin.

Une forte présence que Whitney Houston, cette soirée de samedi, cafetan marocain dignement endossé, et qui s'est également offerte un moment de bonheur à la découverte d'un public marocain enthousiaste qui ne cessait de l'applaudir et de la relancer. La « Prima Donna » a dévoilé de nouveau ses capacités d'adaptation et sa voix divine d'ancienne choriste. Elle clôturait ainsi une semaine de fête conviviale et de créativité musicale. C'est en effet un triple signe que cette présence de la chanteuse américaine : d'abord une femme, ensuite une artiste noire porteuse emblématique du gospel et du blues sortie tout droit de l'église baptiste de Newark (New Jersey), enfin une figure internationaliste dont la voix transcendait ce soir-là les limites forgées par l'homme à son propre espace. Whitney Houston, star adulée !

Certes. Mais ce n'était en revanche qu'une séquence, peut-être significative, de ces grands moments de musique que la 7e édition nous a agréés pendant neuf jours, produites sur 9 grandes scènes, reflétant la prose et la diversité du monde en ce qu'il a de plus riche et exigeant en matière de musiques. Le ton était donné, vendredi 16 mai avec un George Benson dont on a apprécié à la fois la force et la tendresse. Il a été relayé les jours suivants et pour ne citer que ceux-ci par Nancy Ajram, Biyouna, voix algérienne cuivrée et porteuse, Najat Atia, Al Di Meola, Cristina Branco, Jil Jilala, Takassim, Saïda Fikri, Rokia Traoré et l'inimitable et sublime groupe japonais Gocco.

Le Festival Mawazine, rythmes et musiques du monde a connu un franc succès, d'une part parce qu'il a ouvert le champ de la programmation aux créations de toutes les nations, et qu'il a élevé haut la barre dans le choix des artistes et des genres. Autrement dit, tous les mélomanes en avaient pour leur plaisir et leurs exigences. D'autre part, il a révélé un sens aigu du professionnalisme, où naturellement le comité d'organisation a parlé d'une même voix, s'est tenu à une cohérence, devenue l'impératif dans ce genre de manifestations, a su gérer les scènes et les équipes. Enfin, tout ce qui s'apparentait ou donnait l'impression d'une manifestation éclectique a été démenti -et ce n'est pas le moindre succès-par la réalité d'un festival d'autant plus populaire que le public l'a accompagné de bout en bout, sans discrimination ni hésitation.

Les scènes ont été pleinement animées chaque soir, la fête célébrée tous les jours, la vie accélérée transformant enfin la configuration d'une capitale qui renoue avec une vocation culturelle. Sans doute, faudrait-il mettre en exergue aussi la haute sollicitude avec la quelle Sa Majesté le Roi Mohammed VI entoure une telle manifestation, offerte au peuple marocain comme une étape significative de sa quête de bonheur. Le Souverain, qui suit de bout en bout et dans le détail près l'évolution du festival, entend à l'évidence faire de celui-ci une manifestation digne et représentative – corrélative – du développement extraordinaire que connaît Rabat depuis bientôt quatre années et qui la propulse au niveau prisé de métropoles modernes.

Sa Majesté le Roi, attentif à la modernisation de la capitale, apporte un précieux soutien à son animation culturelle. Le lancement du Festival Mawazine, l'évolution spectaculaire qu'il connaît d'une édition à l'autre, cette interpénétration culturelle qu'il décline s'inscrit à coup sûr dans la vision royale de conférer à la capitale, parallèlement au réaménagement infrastructurel, la dimension de capitale moderne et cosmopolite. Et pour mieux asseoir, pour enraciner davantage la ville dans cette exigence, le Souverain vient de remettre un don aux jeunes musiciens marocains destiné à les encourager.

Le geste royal est une profession de foi, parce qu'elle montre l'intérêt particulier que le Souverain accorde aux jeunes musiciens, à leur talent, à leur évolution et surtout à leur promotion. Qu'ils soient d'ailleurs conviés à se produire aux côtés de grands artistes internationaux, dans la même ambiance festive et conviviale, témoigne du souci du Souverain et des organisateurs de briser les carcans et les barrières entre les uns et les autres.

C'est peu dire que les musiciens, qu'ils viennent du Maroc ou d'ailleurs, ont été célébrés avec le même engouement. Ici , se conjuguent une extraordinaire générosité de S.M. le Roi qui n'a oublié personne, côté artistes et côté public, qui offre aux jeunes talents à la fois un don et la possibilité de créer et de produire leur propre œuvre et leur CD, la culture de partage, emblème de la démocratie fraternelle, la créativité et la popularité d'une manifestation dont on peut souligner qu'elle ne le cède en rien aux festivals internationaux, en termes de qualité, de professionnalisme, d'ambiance et de programmes.

Comme l'avaient déjà annoncé les organisateurs, "la qualité des artistes n'a rien à envier à ce qui se fait de mieux au monde. Nous sommes heureux d'offrir en partage au public de Rabat, du Maroc et d'ailleurs une manifestation qui concilie qualité et popularité". Comment ne pas vérifier et surtout ne pas se réjouir qu'un tel pronostic soit tombé juste. Car la 7e édition de Mawazine, prolongée cette année et enrichie d'un colloque international consacré aux "Musiques du monde et diversité culturelle", impose désormais son style et son propre rythme.

« Le colloque, disaient les organisateurs, double la programmation musicale d'un discours qui revendique la diversité comme un motif de richesse pour l'être humain et une source d'ouverture rompant avec l'étroitesse du modèle unique ou d'une culture dominante ». "Les musiques du monde face à la mondialisation", "Le marché des musiques du monde", "Réalités des festivals de musiques du monde", "Musiques du monde et identités culturelles" et "Les enjeux de la convention de l'Unesco sur la diversité culturelle" ont constitué autant de thèmes au menu de cette rencontre.

Le monde arabe a été à l'honneur lors de cette 7e édition rendant hommage à la carrière d'artistes emblématiques comme Amr Diab, Assala Nasri, Fadel Chaker, Diana Haddad, Nancy Ajram et Saber Roubai. Et la chanson marocaine n'a pas été en reste, elle a été célébrée dans sa singularité et la pluralité de ses modes d'expression avec la participation notamment des groupes Dargua, Fnaïre, Oulad Benaghida et Mazagan et les artistes Latifa Raafat, Saida Fikri, Nadia Ayoub, Mustapha Bourgoune, Hayat Idrissi, Fatima Zahra Lâaroussi, Rachida Talal, Fatima Tihihit et Mohamed Damou, Omar Boutmzourt, Mohamed Damou, Samir Essahbi, Saïda Charaf etc… les légendaires Nass El Ghiwane, Jil Jilala et Lamchaheb. Par Hassan Alaoui | LE MATIN


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