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Politique

Chavez : la marche vers la guerre

© Malraux - accéder à la source Agoravox - infos
06/03/08 | 08:39

Les derniers développements des relations entre la Colombie et le Venezuela semblent de jour en jour dévoiler le plan de Hugo Chávez pour reprendre la main dans son pays après sa catastrophique défaite électorale du 2 décembre dernier.

Elle est catastrophique, non pas dans le score, mais en ce que le "lider maximo" a touché du doigt le fait qu’on ne peut pas être président à vie dans une démocratie, et que pour arriver à obtenir ce qu’il n’avait pu avoir lors du coup d’Etat de 1992 il n’a d’autre moyen que de se placer en "sauveur de la Révolution" et supprimer autoritairement pour des raisons de salut public ce qu’il n’a pu faire par les urnes.

Et pour sauver la Révolution, il faut bien sûr des méchants.

Jusqu’à août 2007, Chávez avait essentiellement un bouc émissaire, c’était Bush. Bouc émissaire facile bien sûr, mais repoussoir apparemment insuffisant pour obtenir ce large consensus autour de lui qu’il espérait.

Sentant sans doute venir les mauvais résultats du référendum (même si à l’époque il ne s’imaginait sans doute même pas pouvoir perdre, s’attendant simplement à une victoire étriquée), il a commencé à mettre en place une nouvelle stratégie de tension pour garder la main.

Les relations entre la Colombie et le Venezuela ont toujours été médiocres, même si depuis 1987 et l’incursion d’une frégate colombienne dans des eaux revendiquées par le Venezuela les conflits s’étaient toujours réglés par des voies diplomatiques.

Chávez, depuis son accession au pouvoir avait d’autres soucis, mais quand même toujours tenu plusieurs fers au feu, accordant en sous-main un soutien logistique et moral aux Farc, même s’il ne pouvait pas le faire ouvertement. Le gouvernement colombien avait de manière tout aussi discrète contré ce soutien, intervenant parfois de manière ponctuelle comme en janvier 2005 lorsque le chef terroriste Rodrigo Granda avait été capturé par les Colombiens avec le soutien actif de certains policiers vénézuéliens, sans doute opposants à Chávez. On n’a jamais su si cette capture s’était faite à Caracas comme le martèle Chávez, ou à la frontière comme l’ont toujours soutenu les Colombiens. Une chose est sûre c’est que Granda possédait des papiers vénézuéliens en bonne et due forme qui n’avaient pu lui être donnés qu’en toute connaissance de cause.

Les interventions des autres pays sud-américains avaient permis jusque-là d’éviter les dérapages et les Américains après l’échec de la tentative de coup d’Etat de 2002 ne pouvaient se permettre de se retrouver à nouveau en position d’être accusés d’attiser le feu dans cette région.

Or, depuis l’été dernier, on assiste à un retournement spectaculaire de la situation. Non seulement Chávez a quitté sa position de neutralité hostile vis-à-vis de son voisin, mais par son comportement fait tout depuis quelques mois pour se retrouver dans une situation de conflit ouvert avec lui :

17 août 2007 : les Colombiens, pour ne pas se retrouver dans la position d’un "nonisme" stérile acceptent la proposition de médiation de Chávez. C’est bien Chávez qui se propose, personne ne lui avait rien demandé (sauf sa copine Piedad Cordoba...)

Mi-novembre : devant le comportement de Chávez (intervention dans la politique intérieure de la Colombie, critique systématique du gouvernement colombien, alors qu’il est censé être un médiateur..., tentative de contourner le gouvernement en négociant directement avec l’armée colombienne), la tension monte avec le président Uribe et son gouvernement, débouchant le 21 novembre sur la fin de la médiation.

25 novembre : premier pas dans une logique de conflit : Chávez "gèle" les relations avec la Colombie et insulte publiquement son homologue, le traitant de "vocero de la oligarquía antibolivariana", "triste peón del imperio" "cobarde, mentiroso, cizañero y maniobrero". Il rappelle son ambassadeur, mais devant l’absence de réaction colombienne est obligé de faire profil bas pendant quelques semaines.

11 janvier 2008 : Rojas et Gonzalez sont libérées par les Farc (après le piteux épisode du petit Emmanuel) et, bien sûr, réapparaissent à Caracas. Dès le lendemain, Chávez annonce le retrait des Farc de la liste des organisations terroristes, les considérant comme des "groupes insurgés". Encore un pas dans la logique de guerre : répondre à l’appel à l’aide d’un "groupe insurgé" n’est pas la même chose que d’aider une organisation terroriste...

25 janvier : un pas de plus dans la rhétorique guerrière : Chavez accuse le président Uribe de "fabriquer une provocation belliqueuse en vue de déclencher une guerre" (à noter qu’à aucun moment pendant tout ce temps le gouvernement colombien n’a proféré la moindre menace vis-à-vis du Venezuela ou de son président).

2 mars : en réponse à l’opération ayant conduit à la mort de Raul Reyes, n° 2 des Farc en Equateur, Chávez mobilise son armée, envoie des chars, des avions et 10 bataillons à la frontière de la Colombie avec qui il rompt totalement les relations diplomatiques. On remarquera une fois de plus que la réaction de Chávez est totalement disproportionnée à la réalité des faits : l’opération Reyes s’est produite en Equateur, et pas du tout au Venezuela qui ne devrait absolument pas être concerné par ce qui s’est passé, sauf si :

1 : le Venezuela soutient de manière massive les Farc et son président est furieux du grave coup porté à ses protégés ;

2 : le président vénézuélien cherche depuis plusieurs mois de toutes les façons possibles une échappatoire internationale à la perte de son prestige intérieur.

Et quoi de mieux qu’une bonne guerre pour redorer le blason d’un dictateur ?

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