Culture
Prolétaires de tous les pays, caressez-vous !
© Luc Mandret - accéder à la source - infos
09/05/08 | 11:00
La politisation de l’homosexualité dans les années soixante-dix passe par une critique de la norme hétérosexuelle : ce n’est pas seulement l’intolérance vis-à-vis de l’homosexualité qui est dénoncée par des groupes comme le FHAR (Le Front homosexuel d’action révolutionnaire, fondé en 1971), mais encore l’imposition de modes de vie hétérosexuels normatifs. Dans cette configuration, la pertinence politique de la follie fait problème : alors que l’heure est à la revendication et à l’action, les jeux du camp, de l’implicite et du double sens semblent pauvres ; alors qu’il s’agit de rompre avec une norme hétérosexuelle, la féminité exacerbée des folles ressemble fort aux stéréotypes sexistes… Comme le montre Jean-Yves Le Talec, c’est précisément cette ambivalence qui permet de penser la politisation de la follie : celle-ci ne consiste pas vraiment en une proposition d’alternatives, mais en une reprise subversive des normes de l’hétérosexualité.L’exemple des Gazolines, les folles du FHAR, éclaire l’usage politique du camp et de la follie : critiquées à l’intérieur du groupe lui-même, accusées d’avoir contribué au délitement du mouvement, les Gazolines apparaissent pourtant comme une remise en cause d’un modèle gai dominant, qu’il soit celui d’une radicalité politique qui promeut le modèle du clone (qui met en avant des attributs virils : musculature imposante, pilosité abondante notamment), ou celui d’une homosexualité « présentable ». Le slogan des Gazolines, « Prolétaires de tous les pays, caressez-vous ! », vaut peut-être moins pour l’alliance célébrée entre Marx et la libération sexuelle que pour le décalage ironique qu’il fait subir à un discours marxiste alors dominant. Le choix de tenues vestimentaires extravagantes, trouvées dans des friperies, inverse les rôles de genre qui caractérisent les tenues hétérosexuelles, mais s’oppose également à une homosexualité de bon goût, qui affiche des tenues de marque plutôt que des paillettes. Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, fondées à Paris dans les années quatre-vingt-dix, reprennent cette stratégie dans le cadre de la lutte contre le sida [3]. C’est probablement le fait de rendre visible des stéréotypes, d’exacerber les différences sur un mode ironique que réside la force et la fascination qu’exercent les folles. Si la follie peut faire rire, il s’en faut finalement de peu pour que les folles dérangent.
Tags : culture
Journaux : Journal MoDem, grodem,mouvement (vaguement) démocrate grolandais, TV, Left & Center Citizens (LCC), Cap21
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