humour
Monsieur et Madame Mucoviscidose ont un fils ...
© Luc Mandret - 31.03.08 | 17:00
"Y en a eu des gagnants : Jenifer, Nolwenn, Elodie Fréger, mucoviscidose et l'amicale Magali !". Pour cette phrase prononcée dans émission de Laurent Ruquier, l'humoriste Frédéric Martin a été condamné à verser 2000 euros de dommages et intérêts à la famille de Grégory Lemarchal. Grégory Lemarchal, gagnant de la Star Academy en 2004, décédé en avril 2007 de la mucoviscidose. Condamné pour "injure en raison d'un handicap".
En effet, la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse a été modifiée en 2004 et prévoit des peines allant jusqu'à six mois d'emprisonnement et 22.500 euros d'amende pour injure en raison d'un handicap.Cependant, la lecture de cette condamnation m'horrifie. Condamnation pour une blague. Peu importe que la blague soit drôle, ou pas. Qu'elle soit de mauvais goût, ou pas. Qui peut le juger ? Car il s'agit bien d'une blague, prononcée par un humoriste. De quoi allons-nous pouvoir rire sans risquer un procès ?
Pierre Desproges disait : "On peut rire de tout, on doit rire de tout". Et j'adhère parfaitement à cette citation. On peut rire, on doit rire sur les handicapés, sur les noirs, sur les blancs, sur les jaunes, sur les juifs, sur les cathos, sur les musulmans, sur les gays, sur les lesbiennes, sur les grands, sur les petits, sur les gros, sur les maigres, sur les corses, sur les marseillais, sur les chtis, etc. Souvenons-nous des Coluche, Pierre Desproges, ou Thierry Le Luron. Aujourd'hui, ils seraient accablés de procès tant leurs attaques n'épargnaient rien ni personne.
Où s'arrête l'humour, où commence l'insulte ? Comment se définit un handicap ? Condamner une blague ne participe-t-il pas à une fin de la liberté d'expression ? Ne risque-t-on pas (si ce n'est déjà le cas, je le crains) d'arriver à une société vivant médiatiquement dans une bienpensance absolue de tous les propos publics ?
Au-delà de ces considération philosophiques, que cela change-t-il de condamner ? Combien de fois entendons-nous des handicapés blaguer eux-mêmes sur leur propre handicap ? Devrait-on les en autoriser alors même qu'autrui pourrait être condamné pour cette même blague ?
Où s'arrêtera-t-on dans les limites du bien et du mal appliquées à la liberté d'expression ? Qu'en est-il du caractère blessant d'une blague, sinon le ressenti du destinataire de cette blague ? S'attaquer à la grosseur ne peut-il pas être plus blessant pour certaines personnes le vivant très mal, que s'attaquer au cancer d'une personne considérant que l'humour est un moyen de vivre mieux avec cette maladie ? En arrivera-t-on bientôt à condamner toutes paroles déplaisantes gratuitement ?

