les papas = les mamans
François de Singly, sociologue spécialiste de la famille
© Les Papas = Les Mamans - 12.05.08 | 10:50
Comment définiriez-vous la famille d’aujourd’hui ? Apparemment, elle n’a plus aucune définition, puisque le modèle de référence qui tournait autour du mariage a été remis en question. La complexité réside sur la disparition d’un grand modèle normatif et en même temps sur la persistance d’un idéal : les gens souhaitent plutôt vivre en couple et plutôt avec des enfants. On ne rêve pas du tout de vivre seul. En somme, je dirai que la famille c’est l’attrait de vivre avec des proches, avec lesquels on a des liens affectifs. La logique affective est à mon sens la logique dominante de la représentation et de notre idéal de la famille d’aujourd’hui.
François de Singly, sociologue spécialiste de la famille, a accepté de nous livrer son point de vue sur le nouveau modèle familial.
Le mariage est en baisse. Est-ce la fin d’un modèle institutionnel ?
La baisse du mariage est extrêmement compliquée. Dans les années 68 - 69, il fallait être « anti-institutionnel ». A l’époque les sociologues pensaient que le mariage disparaîtrait. Or, ça n’a pas été le cas : le mariage a plutôt été progressivement transformé, comme par exemple avec les réformes successives du divorce... De même les couples décident désormais de se marier après 15 ans de vie commune, quand les enfants sont déjà adultes : le mariage est devenu quelque chose qui a du sens privé. Cela n’a rien à voir avec le sens public traditionnel qui consistait notamment à différencier les enfants légitimes d’illégitimes - une différenciation aujourd’hui strictement interdite par l’Europe. En le prenant à un titre personnel, les gens ont l’impression d’inventer leur mariage. Le mariage n’est plus la logique structurante de la famille, mais il ne disparaît pas. Il n’est pas obligatoire mais conserve sa notion de « solidité ».
La logique structurante de la famille serait donc l’enfant
Non, ça c’est une erreur très fréquente. Il y a deux principes et le défi de la famille moderne est de les réguler : j’ai besoin d’un proche qui me reconnaît, que je reconnais et avec qui je vais faire un bout de chemin, le plus longtemps possible. Ca c’est la logique conjugale. Elle est fondée sur l’amour entre adultes et est donc instable. Le deuxième principe est la logique de l’enfant. Ce dernier a des besoins spécifiques, il lui faut une certaine stabilité. Donc, d’un côté une logique purement contractuelle qui peut être défaite ; de l’autre côté, un engagement parental à s’occuper de l’enfant. Auparavant, la famille traditionnelle reposait uniquement sur le temps long de la transmission et du patrimoine. Aujourd’hui, il s’est ajouté un temps incertain qui est la logique conjugale. Un couple peut divorcer mais doit rester uni à titre parental. C’est pour cela que des lois récentes veillent à éviter la disparition du père en cas de séparation : pour une autorité parentale conjointe, même après la séparation.
A l’intérieur de la famille, quelles sont les répercussions de ces changements ?
Tout est lié. S’il y a ces transformations importantes, c’est que notre société a changé et est devenue, selon moi, strictement individualiste. Elle est posée sur la conviction que chacun doit devenir soi-même. Il y a une complexité des identités : plus personne ne se définit exclusivement par sa dimension familiale. Le bonheur en famille n’existe que s’il permet le bonheur individuel. D’ailleurs, l’idéal de la famille contemporaine, c’est être « libres ensemble » : on veut bien être ensemble mais à la condition de rester un individu à part entière.
Professeur de sociologie à la faculté de la Sorbonne, directeur de recherches sur les liens sociaux au CNRS, François de Singly est l’auteur de plusieurs ouvrages : « Le soi, le couple et la famille », « Fortune et infortune de la femme mariée », « Les Uns et les autres », « Libres ensemble », « Sociologie de la famille contemporaine ». Il publie actuellement un nouvel essai, « Les Adonaissants », (éditions Armand Colin), où il nous ouvre l’univers secret des « nouveaux jeunes » dans des milieux sociaux contrastés.
Focus :Papas et mamans modernes
Un bonheur individuel : Les nouveaux pères . Non il ne s’agit pas d’une espèce de mammifères rarissimes, mais tout simplement de ces papas qui s’investissent davantage dans leur vie de famille. Car si la famille a modifié son visage extérieur, elle a aussi revu son organisation interne. « Tout est lié » explique François de Singly, sociologue. « S’il y a ces transformations importantes, c’est que notre société a changé et est devenue selon moi strictement individualiste, posée sur la conviction que chacun doit devenir soi-même. Il y a une complexité des identités : plus personne ne se définit par sa dimension familiale. Le bonheur en famille n’existe que s’il permet le bonheur individuel. »
25h47 contre 12h41
Ainsi, les mères s’occupent davantage de leur carrière professionnelle ou s’accordent plus facilement des petites pauses de loisirs. Les pères, eux, veulent désormais passer plus de temps avec leurs enfants que ne le faisaient leurs propres pères ou grand-pères. Cependant, les taches ingrates (changer les couches, donner le bain, préparer les repas, etc...) et le tout-venant du quotidien restent l’apanage des femmes : elle consacrent, en moyenne, 25h37 par semaine à leurs enfants, contre 12h41 pour les pères. Ces derniers s’impliquent dans les activités de socialisation : jeux, promenades, sorties culturelles...
Un congé pour les papas
Cette évolution, récente, est désormais entrée dans les mentalités, puisqu’en 2001 un congé de paternité est créé. Il permet aux hommes salariés de bénéficier de 14 jours de repos - au lieu des 3 précédemment - dans les deux ans suivant la naissance de leur enfant. En 2004, ils sont 95 % à décider d’eux-mêmes de prendre ce congé. Et 92 % des mères de se déclarer satisfaites de cette présence paternelle...
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