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Les instruments bizarres (3) : Glassharmonica et « Cristal Baschet »
© Léon - source Agoravox - infos
14.05.08 | 09:34
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Nous avons tous fait chanter un verre de cristal en en frottant le bord avec le doigt mouillé. La beauté du son obtenu n’a pas manqué d’inspirer d’ingénieux luthiers et facteurs d’instruments. En voici deux : l’harmonium de verre (glassharmonica) et le « cristal » des frères Baschet.
Le glassharmonica
Le glassharmonica utilise exactement le principe des verres musicaux, mais en les disposant de telle manière que cela simplifie la technique de jeu pour le musicien. C’est un instrument inventé en 1761 par Benjamin Franklin (celui du paratonnerre…).
Il se présente sous forme d’une série de bols de verre, de cristal ou de quartz, de tailles différentes, accordés d’une manière chromatique (de demi-ton en demi-ton) s’emboîtant les uns dans les autres, sans se toucher, et enfilés sur un axe central couché horizontalement, offrant entre 3 et 4,5 octaves. Un système de pédales, puis plus tard un moteur électrique permet de mettre l’ensemble en rotation sur son axe. Contrairement donc au verre pour lequel c’était le doigt qui tournait autour du bord, là c’est le bol qui tourne sur lui-même, et l’instrumentiste qui se contente de poser sur le rebord ses doigts mouillés.
Concernant l’histoire parfois cocasse de cet instrument (il avait été accusé, entre autres, de déclencher des accouchements prématurés...), on recommendra ce site, on peut y écouter sa magnifique et troublante sonorité et voir un musicien en jouer, dans la première vidéo.
Cet instrument, contrairement à l’arpeggionedécrit dans un précédent article, a un répertoire de près de 400 œuvres classiques, de Mozart à Tchaïkovsky en passant par Beethoven et R. Strauss, sans compter quelques pièces contemporaines. Il reste toutefois insuffisant pour susciter beaucoup de vocations et on ne compte dans le monde qu’une poignée d’instrumentistes (cinq, selon le site indiqué plus haut), au nombre desquels le Français Thomas Bloch, qui est aussi l’un des très rares musiciens à maîtriser le « Cristal Baschet » dont il va être question maintenant.
Le cristal Baschet
Le « cristal », l’une des « structures sonores » des frères Baschet, a été mis au point à partir de 1952, et l’auteur de cet article a eu la chance de visiter dans les années 70 leur atelier situé, à l’époque, au quartier latin à Paris, d’observer de près cet instrument, de l’essayer et de recevoir toutes les explications des inventeurs.
Pour comprendre comment il fonctionne, il faut fournir quelques données préalables :
Tout instrument acoustique se compose de trois éléments plus un : un corps quelconque capable de vibrer à une fréquence audible par l’oreille humaine (une corde, une plaque de bois ou de métal, une peau tendue, une colonne d’air…), un système résonnant et amplificateur de la vibration (tables d’harmonie, caisses, tuyaux de métal), un « collecteur » qui transmet la vibration à l’élément résonnant (chevalet par exemple), et enfin, un système de mise en vibration, d’excitation de l’élément vibrant (archet, doigts du musicien, mailloches…).
Pour résumer : un vibreur, un collecteur, un résonateur, et un système pour exciter le générateur de la fréquence.
Dans le glassharmonica, ce sont les parois du bol qui constituent l’élément vibrant, et tout le bol, le résonateur.
Dans le « cristal Baschet »l’élément vibrant est une tige d’acier accordée à la longueur voulue, la tige de verre n’est que l’archet qui la met en vibration, ce n’est pas elle qui vibre et produit le son. [1]L’intérêt est que le son de départ, contrairement à celui qui est obtenu avec le bol en cristal, est plus simple, beaucoup plus pur, plus juste. Au XIXe siècle, un physicien-acousticien allemand, du nom de Ernst Chladmi, s’était déjà intéressé au principe.
La tige d’acier filetée est vissée à un collecteur qui n’est rien d’autre qu’une barre d’acier très lourde, sur laquelle on peut adapter divers résonateurs. Celui qui permet d’obtenir le sons les plus étranges est une grande feuille d’inox repliée en cône. L’instrument complet, tel qu’il a été mis au point, comporte deux cônes en carton rigide ( peut-être du plastique ou de fibre de verre maintenant…) et le grand cône en métal un peu en forme de flamme.
La tige de verre qui sert d’archet est liée à la tige d’acier vibrante par une pièce de caoutchouc, de telle manière qu’aucun son du verre ne soit transmis à la tige d’acier, seule sa vibration mécanique. Le collecteur, enfin, repose sur des pieds par des liaisons en caoutchouc pour qu’aucune des vibrations des tiges ne se perde ailleurs que dans les cônes-résonateurs.
Cet instrument s’accorde d’une manière très simple, en vissant ou dévissant un écrou sur chaque tige filetée d’acier.
Les notes étaient disposées à l’origine en gammes chromatiques. Mais les musiciens se plaignant que les intervalles entre les tiges correspondant aux notes d’une même gamme étaient trop espacés, les frères Baschet avaient fini par adopter une disposition en tierces successives qui rendaient certes l’instrument physiquement plus facile à jouer, mais beaucoup moins logique dans la disposition. Je ne sais si elle est encore utilisée, mais c’est probable.
Les instruments que j’avais vus dans les années 70 avaient les tiges d’acier horizontales et les archets de verre, verticaux. Aujourd’hui, c’est l’inverse, et la tige d’acier s’est alourdie d’un poids à son extrémité libre.
Dernier détail : évidemment l’instrument comporte un petit réservoir d’eau pour que le musicien puisse avoir les mains toujours mouillées.
Il est possible de jouer certaines pièces classiques sur cet instrument, qui comporte dans sa version « concert » 4, 5 ou 5 octaves, mais avec difficulté. Il n’est quasiment utilisé qu’en musique contemporaine et à des fins pédagogiques.
Le son en est superbe !
Voici deux liens qui permettent de l’entendre. Je recommande tout particulièrement le premier : il faut cliquer tout en haut, au-dessus de la photo sur « Polychromes ». On y trouvera également des explications complémentaires.
Le deuxième est le site du musicien Thomas Bloch, déjà cité pour le Glassharmonica. ( On peut sauter la première vidéo…).
A ne pas rater, également, le site de l’orchestre de verre, où d’autres instruments utilisant le verre sont en démonstration.
La suite au prochain numéro....
Tags : culture
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