Commémoration du 8 mai : discours du maire
Marc Everbecq
Maire de Bagnolet
Commémoration du 8 mai 1945
8 mai 2008 Madame la maire honoraire, Madame la conseillère générale de Bagnolet, vice présidente du Conseil général de la Seine-Saint-Denis, Monsieur le Président de l’UFAC, Mesdames et Messieurs les Présidents et représentants d’associations d’anciens combattants, Messieurs les portes drapeaux, Mesdames et Messieurs les Présidents et représentants des associations de notre ville, Mesdames et Messieurs les bénévoles de l’ASGB, Mesdames et Messieurs les conseillers municipaux, Mesdames, Messieurs, mes chers concitoyens, Nous sommes le 8 mai 2008. En ce jour anniversaire de la commémoration de la victoire sur l’Allemagne nazie et ses alliés, nous voulons rendre hommage aux combattants héroïques, aux victimes de ces terribles années de guerre, à toutes celles et tous ceux qui ont sacrifié leur vie pour notre liberté. La capitulation du 3ème Reich hitlérien, ne marque pas seulement l’arrêt des combats et de la guerre en Europe mais surtout la fin d’un cauchemar, du génocide, la défaite du racisme, du totalitarisme le plus immonde, de la haine aveugle et barbare, érigés en système politique et portés par une idéologie criminelle fasciste. La haine, l’idéologie de la race supérieure, mais aussi le soutien et la logistique des patrons de la grande industrie Allemande ainsi que la trahison du gouvernement de Vichy en France, ont provoqué, sur une échelle jusqu’ici inconnue, la déportation et l’extermination de populations entières. Il n’est pas déplacé de rappeler ici, le rôle déterminant qu’a pu tenir un gouvernement comme celui de Pétain dans de la collaboration avec les nazis en mettant à la disposition de l’occupant, les institutions nationales, les forces de police et de gendarmerie. D’où l’importance de raviver chaque année, la mémoire de ce que furent les causes et les conséquences horribles du fascisme. On ne peut que méditer cette pensée du résistant que fut Pierre Brossolette : « Ce que nos morts attendent de nous, ce n’est pas un sanglot, mais un élan. ». Un élan porteur d’une société de paix, de justice, de tolérance, de solidarité entre les peuples. Les risques existent également d’une banalisation des idéologies fascisantes et des actes symboliques perpétués régulièrement sur notre sol. Ainsi les profanations de tombes musulmanes près d’Arras ou de tombes juives près de Lille ou de Saverne, ou encore la récidive de Le Pen sur le détail de l’Histoire à propos des fours crématoires sont des indicateurs que la bête immonde n’a pas encore été définitivement terrassée. Déjà après la guerre de 14-18, l’Europe croyait avoir tiré les leçons du passé qui l’avait particulièrement meurtrie. Il n’en fut rien. Pour la deuxième fois en 25 ans, elle se retrouva au cœur d’une guerre : une guerre cinq fois plus meurtrière que la première, pourtant surnommée alors « la der des ders ». En Europe comme en Asie et en Afrique, le coût humain de ces six années fut effroyable. 55 millions de victimes, 35 millions de blessés, 3 millions de disparus, 1,5 million de personnes tuées par bombardements aériens, 30 millions de civils tués parmi lesquels 6 millions de juifs exterminés pour la seule raison d’être nés juifs et environ 220.000 tsiganes sur le million vivant en Europe à cette époque. Pour la première fois dans l’histoire de l’Humanité, cette guerre fit plus de victimes civiles que militaires. Parmi les victimes, 274 Bagnoletais ont connu cette destinée terrible. Nous pensons à eux. Nous savons tous ce que nous devons aux femmes et aux hommes qui ont combattu pour nous délivrer de cette oppression sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Il s’est trouvé dans ce pays, sur ce continent, des hommes et des femmes différents, de religions ou de conceptions philosophiques différentes, porteurs de projets politiques différents, issus de pays et de cultures différentes pour unir leurs forces, mettre en commun ce qui les rassemblait contre le totalitarisme, la barbarie, et l’intolérance poussée à l’extrême, c’est à dire à la négation de l’autre et au génocide, et terrasser le nazisme. Ce sont ceux qui ont su dirent « non », non au fascisme, non à la guerre, non à l’oppression et à la domination, parmi eux les anciens de la guerre d’Espagne issus des Brigades internationales, de l’armée républicaine espagnole, ceux de la Résistance intérieure, communistes, catholiques, progressistes, socialistes, immigrés notamment les FTP-MOI, ceux de la France libre autour du Général de Gaulle. Et puis n’oublions jamais les combattants de l’Armée d’Afrique, qu’ils soient Marocains, Algériens, Maliens, Sénégalais, Tunisiens, Ivoiriens. Ils ont servi la France, souvent dans des conditions épouvantables, et ont payé un lourd tribut à la défaite du nazisme. La France se grandirait aujourd’hui à s’en souvenir plutôt que de considérer les ressortissants de ces pays en citoyens de seconde zone. Je veux aussi rendre hommage à une femme d’exception décédée il y a moins de trois semaines, à l’âge de 101 ans. Ethnologue et résistante, Germaine Tillion fut parmi les premières femmes à s’engager dans un des tous premiers réseaux de résistance, celui du musée de l’Homme où elle travaillait alors. Déportée à Ravensbrück, sur dénonciation en 1942, elle reviendra en avril 1945 traumatisée à tout jamais par l’univers concentrationnaire nazi. Marquée par son expérience, elle s’oppose à la guerre d’Algérie et dénonce la torture. En 1996, elle participe au premier collectif de soutien aux sans papiers. Elevée au rang de Grande Croix de la Légion d’Honneur en 1999, elle co-signe la même année l’appel des douze pour la reconnaissance de la torture durant la guerre d’Algérie. Dans l’un de ses nombreux entretiens publiés dans le journal « L’Humanité » , elle eut ces mots : « Même dans les armées les plus tordues, même dans les groupes les plus malfaisants, on trouve des gens prêts à écouter autre chose que la musique de mort. C’est un phénomène universel ». Quel message d’espoir. Même au fond de la nuit noire il faut garder allumée la flamme de l’espoir d’un monde meilleur. Cette flamme de l’espoir, ils furent nombreux à la porter. Tous ceux qu’on appelle les résistants. Ces combattants de l’ombre sont parvenus à s’unir, à l’image de Jean Moulin qui sut organiser et unifier la résistance non seulement pour vaincre la barbarie nazie mais pour anticiper la société future autour des valeurs de la république et de la démocratie, avec la création du conseil national de la résistance. De cette période noire de notre histoire est né un nouvel ordre social qui a enfanté des réformes au contenu progressiste et social élevé, comme la sécurité sociale, le droit au logement, la nationalisation de l’électricité et du gaz, de la banque de France et des compagnies d’assurances, le droit de vote des femmes. « Résister c’est combattre l’ennemi, mais c’est aussi le réveil de l’esprit » écrivait Liora KAHN en 2001 dans son poème qui lui valut le premier prix du concours de la résistance et de la déportation. Or chacun peut le mesurer aujourd’hui ces grandes conquêtes sociales issues de la résistances et conçues en réponse à la défiguration fasciste de notre société, sont méthodiquement et progressivement attaquées, remises en cause, vidées de leur contenu. Le corollaire de cette orientation, c’est le chômage, la précarité, le creusement des inégalités, la résurgence du racisme, de l’intolérance, autant d’ingrédients qui ont contribué à la montée du nazisme. Nous avons le devoir de continuer à transmettre sans relâche aux générations futures les enseignements de ces pages sombres de notre histoire mais aussi de faire vivre le formidable élan d’espoir et de vie qu’a été la Libération. A nous de construire un monde meilleur, un monde de fraternité en ayant pleinement tiré les leçons de l’histoire. Sur une planche de la baraque 6, à Châteaubriant, où furent consignés les otages, juste avant leur exécution par les nazis, figure une inscription du résistant communiste Guy Môquet : « vous qui restez, soyez dignes de nous ! Les 27 qui vont mourir ». Que cette inscription parmi bien d’autres écrites avec les ongles et le sang des martyrs de Châteaubriant et des dizaines d’autres camps de déportés et camps de la morts, nous rappellent chaque année, le 8 mai, que la paix, la démocratie, les valeurs républicaines, le respect de l’autre, la tolérance, le progrès économique, social ou environnemental, sont des combats de tous les jours et qu’à aucun moment nous devons baisser la garde, ni relâcher notre vigilance. A tous ceux qui ont survécu à cette horrible guerre, à ceux qui perpétuent aujourd’hui le message universel « plus jamais ça » et qui se mobilisent chaque année pour le faire vivre, à ceux qui, présents parmi nous, trouvent dans leur combat quotidien pour une société plus juste et plus humaine, un prolongement aux messages d’espoir de la résistance, à tous les simples citoyens, démocrates, républicains, je vous remercie de votre présence, de votre action et du souvenir de mémoire qu’à travers vous tous, nous faisons partager aux Bagnoletais, Vive la République ! Vive la France ! Vive Bagnolet ! Vive la Paix !
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