société
Qu'est-ce qui se cache derrière Note2be ?
© Laurent Monserrat / Agoravox - 22.02.08 | 08:01
C’est le phénomène qui occupe toutes les conversations des cours d’école et des salles de profs. Car, désormais, le professeur ne sera plus seul à noter et l’élève pourra faire part de son jugement sur les qualités ou non de la personne qui lui donne la leçon. Le site internet Note2be offre en effet la possibilité aux anciens élèves et aux élèves encore présents dans l’établissement de régler leur compte avec les professeurs ou bien de saluer leur travail.
L’un des deux fondateurs, Stéphane Cola joint au téléphone, se défend de vouloir attaquer la profession d’enseignant tout en dénonçant qu’il ne s’agit pas « d’une profession sacrée et que les enseignants ne doivent pas être dispensés d’une évaluation, car tout le monde sait que la visite de l’inspecteur n’a aucune légitimité ». D’après le directeur de l’entreprise « un élève de 6e est tout à fait habilité à juger des qualités pédagogiques et du travail fourni par l’enseignant ».
A la question de la démagogie que ce type de site internet pourrait enclencher chez les professeurs qui voudraient se voir gratifier d’une bonne appréciation, Stéphane Cola affirme « qu’un élève n’est jamais dupe ». On peut douter de cette assertion, mais à en croire son fondateur, Note2be serait une entreprise d’utilité publique. Car elle est censée faire pression sur les enseignants pour les amener à mieux instruire les jeunes générations. « Il est urgent d’agir et de sortir ces élèves du chômage qui les attend », déclare-t-il.
Dans les propos du chef d’entreprise, se distinguent plusieurs amalgames qui consistent à prendre pour responsables du chômage les services publics et leurs représentants. Le discours de Stéphane Cola est évidemment empreint de ce libéralisme qui ambitionne de se départir définitivement des mécanismes de l’Etat. L’évaluation des professeurs s’inscrit dans cette logique de remise en question du statut de fonctionnaire qui, d’après la doctrine libérale, serait nuisible à l’économie de la France.
Mais les syndicats d’enseignants, les principales fédérations des parents d’élèves et l’union des lycéens voient d’un très mauvais œil que le nom des professeurs et leur établissement soient cités et offerts à un « lynchage public ». Le SNES-FSU, syndicat majoritaire dans l’enseignement, assigne en référé les responsables de cette entreprise qui emploie deux salariés. Mais Stéphane Cola prétend qu’il ne craint pas, avec l’aide de ses avocats, de se retrouver au tribunal, car le site allemand « spickmich », dont il s’inspire « a déjà résisté à trois procès ».
Xavier Darcos, qui a tardé à s’exprimer sur Note2be , a finalement condamné le procédé d’évaluation sur internet. Mais curieusement, Stéphane Cola se réjouit de la polémique qui entoure son site qui aurait désormais atteint « les 120 000 visiteurs par jour ». Se refusant à chiffrer les bénéfices de l’entreprise, le directeur s’amuse de voir Valérie Pécresse feindre l’embarras, alors que la ministre de l’Enseignement supérieur s’était prononcée en faveur de l’évaluation des enseignants.
Mais doit-on vraiment s’étonner du manque de réaction du gouvernement en faveur des fonctionnaires, quand on sait que des liens politiques et idéologiques existent entre Note2be et l’UMP ? La présence de Stéphane Cola sur la liste de Pierre Lellouche aux municipales, avant qu’il ne décide le 14 février de consacrer son temps à son entreprise, mais aussi son compagnonnage professionnel auprès de Philippe Séguin ne font pas de ce chef d’entreprise, adhérant à l’UMP, un homme dénué de vision et d’attachement politique.
Même si l’intéressé refuse de reconnaître l’existence de liens entre Note2be et les projets du gouvernement, on ne peut s’empêcher de voir quelques similitudes avec cette volonté de changer ce grand corps de l’Etat que représente l’Education nationale, en supprimant les concours et la stabilité professionnelle et en octroyant au directeur de l’établissement le pouvoir d’un chef d’entreprise habilité au recrutement et à l’évaluation des membres de son équipe.
Stéphane Cola concède que « Note2be s’inscrit dans un mouvement lourd », mais il refuse de voir son entreprise réduite à un moyen de déstabilisation et de destruction de l’Education nationale. Pourtant, dans son discours, le chef d’entreprise se réfère sans cesse au « changement » , un mot si cher à Nicolas Sarkozy.
Doit-on pour autant en conclure que Note2be ne serait qu’une filiale idéologique du gouvernement visant à modifier la perception des enseignants dans l’inconscient collectif ? Une filiale ? Non ! Mais, dans la mesure où Note2be s’inscrit dans la droite ligne des rapports Attali et Pochard fondés sur la déconstruction de l’enseignant en tant que fonctionnaire, un prolongement idéologique ? Certainement !
- Communiqué du SNES : “Devant la provocation insupportable que constitue le site note2be, et compte tenu de l’inertie des pouvoirs publics que le SNES a pourtant publiquement interpellés, ce dernier a décidé d’assigner en référé les responsables du site devant la justice, afin qu’il soit mis un terme à ce qui apparaît comme un trouble manifestement illicite à l’ordre public.
Ainsi le SNES a-t-il demandé à ses avocats de prendre en charge des demandes de collègues dont le nom figure sur le site en cause, et sera, ainsi que la FSU, aux côtés des enseignants plaignants, dans le but de défendre les intérêts généraux de la profession.
Le SNES demande solennellement au ministre de l’Education nationale de se porter aux côtés du SNES et de la FSU, mais surtout de l’ensemble de la profession dans cette action contentieuse.
http:/www.snes.edu/snesactu/IMG/pdf/note_2_be.pdf - Communiqué de la CNIL : saisie de 17 plaintes et de plus de 160 signalements relatifs au site internet « note2be.com », qui propose aux élèves de noter leurs enseignants, la CNIL a utilisé les pouvoirs que lui confèrent la loi « informatique et libertés » du 6 août 2004. Elle a ainsi effectué en urgence, en vertu de l’article 44 de la loi « informatique et libertés », un contrôle sur place le mercredi 13 février.
Trois collaborateurs de la CNIL se sont donc déplacés dans les locaux des responsables du site.
L’instruction de ce contrôle est actuellement en cours et permettra d’apprécier la conformité de ce site au regard de la loi « informatique et libertés ».
La CNIL rendra publiques les suites données à cette affaire le 6 mars prochain. Ce délai est rendu nécessaire par le respect du principe du contradictoire.
http:/www.cnil.fr/index.php ?id=2394

