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La Birmanie, la Chine et l'aide humanitaire
© José Ferré - 13.05.08 | 13:28
Tandis que la surréaliste junte birmane met des bâtons dans les roues de la solidarité internationale, la Chine, affectée par un séïsme de grande ampleur, “accepte l'aide internationale matérielle, mais pas l'envoi d'équipes“ , titre Le Monde daté d'aujourd'hui.
Les attitudes des deux gouvernement ont leurs logiques propres : en repoussant ou en ralentissant l'aide internationale, la dictature du Myanmar, mélange de trafiquants et de bandits en uniforme, montre clairement qu'elle préfère sacrifier une partie de la population birmane plutôt que de perdre, même partiellement, son contrôle de fer sur le pays qu'elle taille et corvée à merci depuis des décennies ; en refusant l'accès aux équipes internationales, la Chine soulève un réel problème technique d'accès aux zones sinistrées, mais veut également affirmer sa puissance, son indépendance et sa fierté, en se montrant capable de faire face, de manière autonome, à toute situation et en privilégiant sa cohésion nationale plutôt que la survie de quelques dizaines de milliers d'individus.
Ces deux attitudes ont un point commun : l'intrusion massive d'étrangers, fût-elle bien intentionnée, s'apparente à une menace, voire à une invasion, comme celles que les deux pays ont connu à plusieurs reprises. Au-delà du secours immédiat, l'aide humanitaire est porteuse d'informations, d'idées, de méthodes, qu'à tort ou à raison, les gouvernements locaux considèrent comme hostiles à leur pouvoir ou nuisibles à terme pour leurs populations.
Tout cela met en évidence la paranoïa consubstantielle à certains régimes. Accessoirement, cela invalide les politiques ou les attitudes de boycott à leur endroit qui, au fond, confortent et renforcent leurs pouvoirs en coupant les flux d'information.
Mais considéré sous un autre angle, les attitudes des gouvernements birmans et chinois nous interrogent sur la vraie nature et les vrais effets de nos interventions humanitaires, sans doute pas toutes si désintéressées qu'il y parait.
La mémoire des peuples étant, comme d'autres, un plat qui se mange froid, nous payons sans doute avec retard, la facture de nos interventions très chrétiennes ou très coloniales des siècles passés. Et, une fois de plus, on nous rappelle avec fermeté que nos “valeurs universelles“ ne le sont pas tant que ça.