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Bon appétit, assaisonné d'huile frelatée !
© José Ferré - source - infos
20.06.08 | 13:46
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40.000 tonnes d'huile de tournesol, d'origine ukrainienne, coupées par 280 tonnes d'huile de moteur (non-végétale, mais minérale), ont été importés en Europe de l'Ouest fin février dernier. Cette huile frelatée se retrouve dans toutes sortes de produits alimentaires (de 150 à 200), distribués dans plusieurs pays européens.
“Officiellement, rapporte le Canard enchaîné du 14 mai dernier, tout commence le 21 avril dernier, quand le groupe Saipol, numéro un français de la transformation des oléagineux et accessoirement propriétaire de Lesieur, prévient la Répression des Fraudes que son usine de Sète, où est raffinée de l’huile de tournesol brute, il y a un sérieux pépin. Une grosse rasade d’huile achetée en Ukraine est farcie à l’”huile de moteur“, huile minérale dérivée d’hydrocarbure.
“Et pas qu’un peu : d’après nos informations, sur 2800 tonnes d’huile apparemment irréprochable, livrées en France, 19 tonnes auraient mieux fait d’aller graisser des rouages et des pistons que des gosiers. Deux jours plus tard, la France informe officiellement ses voisins européens : cette cargaison fait partie d’un énorme lot de 40.000 tonnes, qui a atterri non seulement en France, mais aussi aux Pays-Bas, en Italie et en Espagne. Et c’est tout le lot qui a été trafiqué !
“De quoi, pour les escrocs, se faire du beurre : sachant que la tonne d’huile de tournesol brute est vendue 1800 euros et que d’après les confidences d’un fonctionnaire de la Commission européenne, ce sont en tout pas moins de 280 tonnes d’huile de moteur qui ont été introduites en douce dans les containers, les margoulins d’Ukraine ont empoché un bénéfice de 504000 dollars (moins ce qu’ils ont déboursé pour l’huile bidon, certes, mais celle ci coûte des clopinettes).
“A partir du 26 avril, la Commission européenne et la répression des fraudes rendent publique l’alerte. Officiellement, l’huile de tournesol frelatée mise en bouteilles et les plats préparés à partir de cette mixture ont tous été retirés des rayons et “n’ont pas atteint le consommateur“. Fort bien, mais, au fait combien de lots ont été retirés en tout ? Questionnée par “Le Canard”, la DGGCRF, autrement dit, la Répression des fraudes, explique que “compte tenu du nombre d’entreprises concernées, il est impossible d’en connaître le nombre exact“. Chez Carrefour Promodès, enseigne qui possède la moité des grandes surfaces alimentaires en France, on admet du bout des lèvres avoir retiré pas moins de… 200 produits concernés !
“Bref, tout baigne. Sauf qu’il reste un léger problème : Saipol, la maison mère de Lesieur (laquelle marque a fait répondre au Canard par son agence de com’ qu’elle n’était “en rien concernée“), a reçu sa cargaison d’huile frelatée fin février. Et n’y a vu que du feu. Jusqu’à ce qu’un mois plus tard un industriel du nord de l’Europe, destinataire du même lot, l’informe après analyse que quelque chose clochait dans l’huile de tournesol ukrainienne . Et ce n’est qu’un mois plus tard que Lesieur a enfin sonné l’alerte auprès de la Répression de fraudes. La question qui se pose est cruciale : combien de produits assaisonnés à l’huile frelatée ont été conditionnés et commercialisés entre-temps ? Saipol reconnait avoir raffiné l’huile en question pour la vendre ensuite à “une trentaine de clients de l’industrie agroalimentaire“, dont il refuse de citer les noms. Mystère et salade verte. […]
“Mais il y a plus sérieux : contrairement à ce qu’ont d’abord assuré la Commission européenne et les pouvoirs publiques français, tous les produits additionnés d’huile contaminés n’ont pas été retirés des rayons. En effet, le 2 mai, la Commission européenne s’est fendue en catimini d’une recommandation autorisant la vente de tous les aliments contenant moins de 10% d’huile de tournesol frelatée. […]
“Comme l’admet la DGCCRF dans une note adressée au Canard, le 7 mai, “en l’absence de toxicité aiguë”, tant pis pour les mayonnaises et autres petits plats déjà vendus. “Aucun rappel” n’a été effectué .[…]
Les sociétés (et toutes leurs marques et sous-marques) concernées selon Le Canard enchaîné, sont "Saupiquet, Unilever (propriétaire de Knorr, Magnum, Fruit d'Or, Miko, Planta Fin, Amora…) mais également Carrefour Promodès et Auchan. Ainsi, on peut trouver cette huile de moteur dans des batonnets de Surimi, du cèleri rémoulade, de la soupe de poisson en conserve, du poisson pané, des paupiettes de veau, du thon et des sardines à l'huile, mais aussi dans la pâte à tartiner chocolatée, le blé pour petit déj', les gauffrettes à la confiture, les barres céréalières et sucrées pour les enfants, les cookies et bien sur la mayonnaise, le tarama, la sauce béarnaise et enfin de la sauce vinaigrette." 150 à 200 références sont concernées. Impossible de savoir avec précision lesquelles !!
La semaine dernière, le Canard publie des notes internes de l¹ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires), qui montrent l'envers du décor, et la terreur des industriels qui prient pour que l¹info ne soit pas reprise et que le temps efface rapidement cette histoire.
Il a été décidé en réunion de crise à l'ANIA de ne pas répondre formellement au Canard enchainé. Un projet de communiqué de presse, préparé il y a deux semaines, a été réactualisé. Le communiqué de presse ne sera pas diffusé en proactif : “Nous attendons la prochaine parution du Canard Enchaîné et les éventuelles reprises par la presse pour réagir".
Je ne sais pas à quel point ces produits à l'huile frelatée sont dangereux, mais je sais que les consommateurs ont droit à la transparence, à une information honnête et au respect de la part des filières de l'industrie alimentaire. Le fric ne justifie pas tout. Et surtout pas cela.
Ben il faut les aider à être postactifs, ces braves gens de l'ANIA. Diffusez largement cette info sur vos blogs, chez vos amis, boycottez les produits en question et achetez bio.
Merci à Fé et à Raffa.
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