economie
Retour de l'inflation : positif pour l'Etat, négatif pour le consommateur ?
© Jean-Pierre MARC / Agoravox - 22.04.08 | 07:04
Les statisticiens français et européens parviennent à la conclusion commune d’une augmentation des prix à la consommation . Ainsi, sur un an, en France, l’augmentation serait de 3,2 % et de 0,8 % sur le mois de mars. Peut-on dire que l’on assiste au retour de l’inflation ?
Pour le savoir, il faut commencer par définir ce qu’est l’inflation. Selon l’Insee, il s’agit d’une « hausse généralisée et durable du niveau général des prix ». Certes il est encore un peu tôt pour savoir si l’évolution des prix à laquelle nous assistons sera durable, mais on peut effectivement le craindre. Quant à la généralisation de la hausse du niveau général des prix elle doit être ici bien comprise et pour cela essayons de caractériser à quelle inflation nous sommes confrontés.
De quel type d’inflation s’agit-il ?
Tout d’abord, il ne s’agit pas d’une inflation générée par une demande trop forte par rapport à une offre de produits pour y répondre insuffisante. Cette inflation, la plus connue, touche effectivement certains pays en développement rapide (des pas émergents comme la Chine, par exemple), mais pas vraiment la France où les capacités productives ne sont pas insuffisantes.
Ensuite, il ne s’agit pas plus d’une inflation due à la mise en circulation d’une trop grande quantité de monnaie par rapport à l’économie réelle. Les autorités monétaires européennes veillent scrupuleusement (trop disent certains) sur ce point en retenant le crédit par des taux d’intérêt élevés.
Non, il s’agit d’une troisième forme d’inflation à savoir l’inflation occasionnée par les coûts . Admise assez récemment (suite au choc pétrolier de 1973) par l’analyse économique, elle a l’originalité de pouvoir coexister avec une croissance économique faible ce qui est notre cas. On parlera alors de stagflation ce que nous avons connu après 1973 en France.
Quelles en sont les conséquences principales ?
Essayons de voir maintenant les conséquences pour différentes catégories d’agents économiques.
Pour les consommateurs la problématique essentielle est celle de l’indexation de leurs revenus (salaires, traitements, pensions, allocations sociales diverses...) sur le coût de la vie ; deux cas de figures se présentent alors schématiquement :
1. soit leurs revenus sont indexés par le biais de mécanismes quasi automatiques de revalorisation tenant compte de l’inflation (c’est le cas en Belgique et au Luxembourg notamment) et dans ce cas l’impact de l’inflation sera réduit sur le consommateur ;
2. soit leurs revenus sont peu ou pas indexés sur l’évolution du coût de la vie et donc les consommateurs subissent de fortes pertes de pouvoir d’achat comme en témoignent les émeutes dites de la faim dans de nombreux pays en voie de développement.
Alors, me direz-vous, vive l’indexation ! Eh bien, pas tout à fait, car cette dernière peut avoir pour conséquence d’entretenir l’inflation selon le mécanisme simple suivant : les prix augmentent donc les salaires augmentent donc les coûts de production augmentent donc les prix augmentent, etc. C’est pour cette raison que la plupart des salaires ont été désindexés des prix en 83-84 en France. Le Smic est lui indexé automatiquement et avec lui les salaires et prestations qui y sont liés. Tout un chacun peut donc facilement évaluer les conséquences de l’inflation sur son pouvoir d’achat en vérifiant l’indexation de ses revenus.
Pour les épargnants et les titulaires de revenus du capital, l’impact sera négatif sur le pouvoir d’achat si ces revenus sont liés à des produits d’épargne non indexés sur l’inflation.
A l’inverse, pour les emprunteurs à taux fixe (puisque les taux variables évoluent en fonction du marché et donc de l’inflation !), il pourra y avoir gain si, face à des remboursements non indexés, on bénéficie de revenus (salaires, traitements ou autres) qui eux évoluent au rythme de l’inflation.
C’est d’ailleurs dans ce cas de figure que se retrouve l’Etat français avec des emprunts à taux fixe à rembourser d’un côté et une part importante de recettes fiscales, la TVA, revalorisée automatiquement compte tenu de la nature même de cet impôt proportionnel à la valeur. Si le prix du bien augmente la TVA à devoir augmente aussi !
Pour le contribuable encore une fois la situation sera d’autant plus défavorable que ses revenus ne seront pas ou peu indexés sur le coût de la vie et ce pour compenser des impôts à la consommation en augmentation.
Au total donc, pour ces quelques acteurs économiques, les conséquences de l’inflation sur le pouvoir d’achat sont liées au résultat d’une comparaison entre l’évolution induite sur leurs dépenses et l’évolution induite sur leurs recettes , toutes autres choses étant égales par ailleurs. Ce n’est que la différence entre l’une et l’autre qui permettra de tirer une conclusion.
