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Les margoulins de l'édition à compte d'auteur par Denis Blémont Cerli

©  JandJ&Co / Corsicapolar -

Denis_blemont_cerli_web Une femme d'origine corse a donné 3500 € à une maison d'édition parisienne pour l'édition d'un petit livre de 80 pages. Elle a reçu 25 exemplaires de son chef d'oeuvre : 140 € l'exemplaire mal fichu. Qui dit mieux ? Les arnaques de l'édition sont nombreuses. Les publicités et les pièges de véritables escrocs en quête d'auteurs à pigeonner se multiplient. Le romancier Denis Blémont-Cerli , ancien policier et animateur de l'association Plume d'écume , dénonce les arnaques de la chaîne du livre. Mise en garde contre les margoulins de l'édition à compte d'auteur. Bienvenue dans le monde merveilleux de l'escroquerie légale pure et simple...

Comme c'est triste d'être écrivain, comme c'est triste d'écrire des livres, comme c'est triste de croire qu'on vous a compris.  

Christine Angot . Quitter la ville

Différences entre l’édition à compte d’éditeur et compte d’auteur

Contrairement à l’édition à compte d’auteur, l'écrivain publié à compte d'éditeur est payé pour être édité, c'est-à-dire que l'auteur cède ses droits à l’éditeur, (tous ses droits même l'adaptation pour un futur film), en échange il n’acquitte pas un centime pour la composition, l'impression, la publicité, la distribution, etc. Il profite alors d'une rétribution dite de droits d'auteur, elle est proportionnelle au total des exemplaires qui seront vendus sous la forme d’un pourcentage ( 8 ou 10 % - jamais plus sauf si on s’appelle Houllebecq ou Johnny halliday... - de la valeur du livre hors taxe, autant dire tout de suite qu’à peine 50 personnes, les écrivains célèbres, vivent exclusivement de leurs droits en France)

Autre bémol à cette bien faible rémunération : beaucoup d’auteurs à compte d’éditeur n’ont jamais touché leurs droits d’auteur, car outre des contrats douteux qui stipulent que l’auteur ne touchera ses droits qu’au bout du millième exemplaire vendu, beaucoup de petits éditeurs sont trop exsangues financièrement pour donner quoi que ce soit aux auteurs. (Un libraire prend environ 30%, quelquefois 35%, le distributeur entre 20 et 25%, éditer un livre –surtout en petit tirage- revient très cher et l’éditeur doit payer rubis sur l’ongle l’imprimeur ou sinon pas de livres.) De toute façon, l’auteur ne peut pas véritablement savoir combien l’éditeur a vendu de ses livres et il ne va pas mordre la main qui est « censée » le nourrir, alors il n’ose pas ruer dans les brancards. (Expression excentrique, ancienne, aujourd’hui on dirait « péter un câble » mais c’est moins joli…)

 Tout au contraire, pour un contrat à compte d’auteur, l'auteur paie un éditeur pour l'impression et la diffusion de son livre, il est alors édité à compte d'auteur.

Bienvenue dans le monde merveilleux de l’escroquerie légale pure et simple !

Refusé partout (comme Proust et tant d’autres à leurs débuts), l’écrivain se désespère. Il se morfond, croit que ses écrits ne valent rien, le plus souvent il se trompe. Le marché de l’édition est un monde de dupe, Gallimard reçoit 20000 manuscrits par an, un éditeur moins connu comme Belfond plus de 6000, combien en publient-ils : un par an ? Deux ?

Même pas, à moins d’avoir une « entrée » (pour les femmes il faut sans doute coucher, pour les hommes on ne sait pas trop, on avertira dès que la solution sera trouvée) chez un éditeur ou d’être une personnalité connue, votre prose ira directement sur un rayon poussiéreux et on vous demandera de payer (le plus souvent) pour revoir votre chef d’œuvre sur lequel vous avez trimé – en tirant la langue- des mois durant. (d’où ce visage de travers, mais on dit qu’être beau, c'est donner de la fierté à sa grimace)

Le malheureux auteur (pour ne pas dire le parfait pigeon bien à point) se tourne alors vers les margoulins du compte d’auteur ( comme les éditions B……t à N..e –plus de 1000 auteurs arnaqués entre 2000 et 3500 € chacun (voir leur site qui le prouve), comme les éditions A…….e à N….s qui sévit et fait fortune depuis 2006, la liste est longue…)

Cette situation d’échec auprès des éditeurs normaux a mis notre auteur dans une situation où son ego a souffert horriblement (et même beaucoup) quand il voit arriver une lettre d’acquiescement d’un de ces éditeurs escrocs, il est prêt à signer n’importe quel contrat pour être publié. Surtout qu’on le flatte en lui faisant croire que son manuscrit a été retenu pour ses extraordinaires qualités littéraires.

Voulant voir absolument la concrétisation de son projet, il avance les capitaux pour la fabrication de son livre et signe chez le margoulin.

"Un contrat verbal ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit" Samuel Goldwyn

 Il paie généralement entre 2500 et 5000 € pour des prestations le plus souvent non respectées. Corrections survolées, impression avec couverture bâclée et le pire reste la distribution qu’il devra assurer lui même car aucune des promesses de l’éditeur ne sera tenue dans ce domaine. Au sens de son nouveau contrat, l’auteur ne touche pas de "droits d'auteur", tel que le défini le Code de la Propriété Intellectuelle, il recevra (en réalité, cela n’arrive jamais) une rétrocession sur les bénéfices futurs de la vente de son livre (bénéfices souvent confondus aux droits d'auteur du compte d’éditeur, mais à tort), en conclusion, malgré tous ses efforts, il ne récupérera jamais la somme qu’il aura versée… et pendant ce temps les margoulins prospèrent car le marché est immense. (Plus de 100000 manuscrits seraient écrits chaque année en France !)  

La solution si vous en avez assez d’attendre un contrat  : l'auto-édition

Déçu à la fois par l'édition à compte d'éditeur et l'édition à compte d'auteur, il reste une autre voie ou un autre chemin (c’est comme vous voulez) : être son propre éditeur. La technologie bouleverse l'auto-édition. Avec Lulu.com, par exemple, on peut s’éditer à quelques dizaines d’exemplaires sans se ruiner et puis il existe des imprimeurs qui ont des tarifs corrects pour des petits tirages. (Horizon à Gemenos, Jouve à Paris) Plus de contrats douteux à signer, plus d’attentes interminables en vain, plus de promesses verbales jamais tenues. On publie et on se démène, on est son propre du chef d'entreprise, toutefois les risques financiers restent plutôt minimes. Avec un peu d’effort on vend 300 exemplaires en quelques mois et le tirage est rapidement amorti, les bénéfices seront mis à la banque pour payer un futur tirage…

Et quelle fierté d’avoir tout fait soi-même ! PDF du Bat, corrections, choix de la couverture, car « qui est mécontent des autres est toujours mécontent de soi; nos flèches rebondissent sur nous, voilà pourquoi on n’est jamais si bien servi que par soi même ».

Et l’ISBN ? (International Standard Book Number)
 

Il est très facile d’obtenir un ISBN contrairement à ce que laissent sous-entendre les éditeurs à compte d’auteurs qui profitent de la situation en faisant croire que c’est impossible à un particulier

L'ISBN est un numéro international normalisé permettant l'identification de tout livre publié.

Pour obtenir votre ISBN :

AFNIL

35, rue Grégoire de Tours

75279 Paris cedex 06

tél. : 01 44 41 29 19

(Boîte vocale d'informations uniquement, les demandes sont à faire par fax, courriel ou courrier)

télécopie : 01 44 41 29 03

courriel : afnil@electre.com

( www.afnil.org )

 

(petite astuce : dans la case tirage : mettre 1000 exemplaires ou sinon risque de refus)

Le mot de la fin à Roland Barthes :

Pour l’écrivain, la littérature est cette parole qui dit jusqu’à la mort : je ne commencerai pas à vivre avant de savoir quel est le sens de la vie.


© JandJ&Co / Corsicapolar : Les margoulins de l'édition à compte d'auteur par Denis Blémont Cerli

Repris par Isula néra, Au sud de la Noire

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