citoyenneté
Plaidoyer pour l'enseignement non tardif de la philosophie critique
© ilias / Agoravox - 15.05.08 | 08:34
La philosophie, je la conçois comme l’exercice de la posture critique questionnante sur toutes choses, mais en rapport avec un réalisme de rationalité. En fait, tout être doué de raison, en faisant abstraction de son niveau d’instruction, peut potentiellement penser philosophiquement. Dés qu’il y’a confrontation entre une problématique à élucider et un cerveau usant avec stratégie et pertinemment d’un stock de connaissances, il y a philosophie. Les Anciens ne se sont pas trompés en appelant les découvreurs dans ce qu’on appelle aujourd’hui les sciences naturelles et de l’homme :les philosophes de la matiére, les philosophes du vivant, les philosophes de la logique et des mathématiques, les philosophes de l’histoire, les philosophes de la grammaire et de la langue,etc.
Ce qui a égaré la philosophie dés le 20ème siècle jusqu’à aujourd’hui, c’est bien la resurrection, par un reformatage nihiliste, de la mode sophistique des anciens héllènes. Je veux indiquer par là la promotion inouie de l’hermeneutique "philosophique", et à sa suite la sacralisation de l’interprétation, à tout bout de champ, qui ne mène nulle part, si ce n’est à de la superficialité d’une certaine métaphysique logomachique.
Socrate et Platon, tout comme Aristote, étaient déjà avertis des travers de la reflexion dans le vide des sophistes de leur époque.
La philosophie, ce n’est pas la mystique et ce n’est pas de la critique littéraire la plus illimitée soit-elle ou la philologie, même celle adossée à la production des partisans de la "déconstruction".
Il faut préciser aussi que cette mode est opportuniste, en ce sens que le monde depuis le 20è siècle arbore l’"évaporation" du temps, le consumérisme à production de besoins virtuels, des rapports à l’altérité qui se limitent à l’hédonisme crû ; tous facteurs qui promeuvent la recherche de l’intensité de l’égocentrisme et de la vie de l’instant ; "aprés moi, le déluge". Le nihilime contemporain n’est qu’un avatar de cette nouvelle forme de vie.
La schizophrénie se caractérise principalement par le dédoublement de la personnalité de la personne qui en est atteinte. Etymologiquement, philosophie est tiré du mot filosofia , signifiant littéralement l’amour de la sagesse. L’amour est un affect, donc une disposition personnelle bien réelle d’une forme de sympathie relationnelle forte (pouvant dans la relation de couple mâle-femelle être assise sur l’aphrodisiaque). La sagesse est dans sa véritable nature un état de conscience personnelle quant à l’appréhension et la relation aux choses et à autrui. Cette "relationnalité" bien réelle de l’amour et de la sagesse implique (ou même requiert) des règles (larges) de conduite de la personne humaine vis-à-vis de l’altérité (individu, groupe, communauté, etc.). La philosophie n’est pas de la spéculation pour la spéculation, elle est l’antidote de la fatuité, le rabachage dans le vide et "le tourner en rond de l’esprit". Toute véritable philosophie agit sur le déploiement critique de la conscience, donc du comportement visible bien réel de l’individu vers plus d’élévation du niveau de conscience en rapport avec une compréhension bienveillante du genre humain. L’hérmeneutique et à sa suite, la posture déconstructionniste s’apparentent beaucoup plus à la schizophrénie qu’à la philosophie.
Il me semble que la philosophie soit une forme de déploiement particulier de la pensée. Particulier en ce sens qu’on peut , à première vue, distinguer 5 formes (ou peut-être, faudrait-il dire 5 postures) génériques de pensée :
1.] La pensée commune utilitaire de tous les jours qui donne aussi l’intelligence pratique, "la metis des grecs", comme celle de l’artisan ou du simple technicien inventif dépourvu d’un bagage scientifique.
2.] La pensée scientifique et scientifico-technique ou technico-scientifique, qui use de la formalisation, du calcul avancé et des principes de la rationalité
3.] La pensée artistique qui est une pensée de l’intuition et du sentiment.
4.] La pensée mystique véritable qui est une non-pensée, par le fait de l’amour du transcendant, ou du moins une identification non égocentrique au transcendant ou à l’appel du transcendant
5.] La pensée philosophique qui tout en étant une pensée, est aussi en quelque sorte une non pensée, une pensée sur la pensée comme sur la non pensée. Elle est aussi une réflexion sur de probables fondations transversales aux 5 formes de pensée.
L’exercice de ces formes de pensée ne sont pas étanches l’une par rapport aux autres, et l’être humain capable (dans le sens à capacités cognitives requises) en use dans son déploiement de tous les jours.
Il me semble que la créativité scientifique, technique et philosophique tout comme celle mystique et artistique, ne peut se dérouler sans qu’il y ait cette interpénétration de ces différentes postures de la pensée. Cette catalyse des différentes formes de déploiement de la pensée constitue, à mon sens, le véritable humus de la créativité et même de l’innovation quand elle est pratiquée avec animation téléologique de groupe.
