politique
Les ambitions de Bertrand Delanoë
© Henry Moreigne / Agoravox - 09.05.08 | 06:37

Officiellement Bertrand Delanoë n’est que l’animateur d’une « démarche collective pour refaire du PS un parti de forces et de débats » . Son plan média est soigné. Création d’un site internet « clarté, courage, créativité : pour un grand Congrès socialiste » et sortie d’un ouvrage d’entretiens avec Laurent Joffrin : « De l’audace ». L’objectif est simple, appâter et jauger les réactions. Après seulement, si elles sont bonnes, si les conditions sont réunies, se positionner comme candidat officiel.
Entourés de nombre d’élus parisiens, et d’Harlem Désir, le maire de Paris aurait, selon certaines sources, rencontré au moins au départ quelques difficultés pour constituer sa liste de soutiens. Beaucoup d’élus prudents préfèrent attendre de voir un peu plus clair dans le marigot avant de se positionner officiellement.
Bertrand Delanoë est tenté de s’appuyer sur un socle de maires de grandes villes enivrés par leurs victoires aux dernières municipales. Un pari à l’inverse de Ségolène Royal qui préfère elle courtiser directement les militants.
A la différence de son rival, Ségolène Royal a l’avantage d’entretenir un lien direct avec une opinion publique qui connaît, du fait de la campagne présidentielle, son positionnement sur les grands dossiers de société. De son côté Bertrand Delanoë reste un inconnu. Sa filiation revendiquée avec Lionel Jospin pourrait vite devenir un handicap pour des militants encore amères du départ en pleine tourmente de l’ancien premier ministre.
Bertrand Delanoë et ses amis veulent un congrès d’éclaircissement à l’opposé des synthèses artificielles à la Hollande. Ouvert au rassemblement le plus large au sein du PS, il condamne, paradoxalement pour un social-démocrate, l’ouverture vers le centre prônée par Ségolène Royal.
Le prochain Congrès n’est qu’une étape pour le maire de Paris qui vise la candidature aux présidentielles de 2012. Prudent, il défend la position de ceux qui entendent distinguer les étapes et respecter le calendrier fixé par le parti à savoir, une désignation du candidat à l’élection présidentielle seulement en 2011.
Les ambitions affichées de Bertrand Delanoë risquent toutefois de se heurter à celles de DSK qui pour l’instant soigne à Washington sa stature internationale mais, qui n’a jamais ‘écarté un retour sous forme de candidat providentiel pour les présidentielles de 2012.
Entre le bonapartisme néolibéral de Sarkozy et la radicalité sans débouché de l’extrême gauche, il est vital pour la social-démocratie d’exister comme véritable projet de société. La phrase n’est pas signée par le directeur du FMI mais par le Maire de Paris. Une OPA évidente sur un courant de pensée qui a encore du poids au PS.
Avant de réaliser sa synthèse, Bertrand Delanoë provoque l’éclatement du courant Strauss-Khanien jusqu’alors engagé à côté des fabiusiens, d’Arnaud Montebourg et Martine Aubry dans le groupe des reconstructeurs dont l’objectif est justement d’offrir une autre alternative qu’un affrontement, jugé suicidaire, entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë. Les noms de Michel Destot, Maire de Grenoble et d’Alain Richard, ancien ministre de la défense animateur du courant Socialisme et Démocratie, parmis les signataires de l’appel du maire de Paris, attestent de cette décomposition-recomposition d’un PS balkanisé à l’excès.
