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Hélène Constanty / BakchichÉditionsDernière édition

Rêve de béton sur le littoral Corse

©  Hélène Constanty / Bakchich -

Mercredi 16 avril, il y aura foule au tribunal administratif de Bastia. La justice va devoir décider si, oui ou non, les pelleteuses peuvent continuer les travaux commencés sur de fabuleux terrains vierges, sur la côte de Bonifacio.

La villa de Séguéla contestée

Suspense haletant ! Fin février, la présidente du tribunal, Lucienne Erstein, a déjà décidé d’interrompre le chantier d’une villa, dans ces parages enchanteurs. Pas n’importe quelle cabane : celle de Jacques Séguéla, le publicitaire chéri de Mitterrand, converti au sarkozysme. Longtemps propriétaire d’une villa grandiose dans le domaine de Sperone, à la pointe sud de l’île, Séguéla a maintenant jeté son dévolu sur une portion de côte encore plus belle, encore plus sauvage : Cala Longa, au sud-est de Bonifacio, sur laquelle il veut édifier une maison de 568 m2, plus piscine et terrasse, sur un terrain de 2,1 hectares.

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Chèvres contre grues
© PieR Gajewski

Son appel de la décision du tribunal sera examiné le 16 avril, le même jour que les deux autres référés. La présidente décidera-t-elle de suspendre les travaux en cours sur les parcelles voisines, dont les permis de construire sont eux aussi attaqués par l’Association Bonifacienne Comprendre et Défendre l’Environnement (ABCDE) ?

Ce ne sont pas non plus des sam’suffit. Les deux terrains ont été achetés, l’un par un grand avocat lyonnais, Xavier Delsol, l’autre par un homme d’affaires des Hauts-de-Seine, Marc Sulitzer ( voir ci-après ), lointain cousin de l’écrivain à succès, qui a vu encore plus grand que Séguéla : son architecte lui a dessiné un pied-à-terre de 800 m2(2000 m2en incluant terrasses et piscines) sur un terrain de 3,5 hectares.

Qui veut « désanctuariser » l’île ?

L’audience du 16 avril est attendue avec angoisse par les défenseurs de l’environnement… autant que par ceux qui souhaitent, comme le dit si joliment Camille de Rocca-Serra, le président de l’Assemblée de Corse, « désanctuariser cette île » .

Le rêve de Rocca-Serra ? « Adapter » la loi littoral, afin d’augmenter de 12 à 20 % les surfaces constructibles le long des côtes. Dans le camp des écolos, on craint qu’un « oui » aux travaux donne le coup d’envoi d’une véritable bétonnisation de l’un des derniers rivages sauvages d’Europe. « Ce serait le signe que la loi littoral est définitivement enterrée en Corse » , redoute l’association U Levante. Les propriétaires attaqués, eux, ne comprennent pas « l’acharnement » des écolos. « Il faut une urbanisation prudente et raisonnable » , plaide Xavier Delsol, qui s’est déjà vu retoquer une première demande de permis et aimerait bien, un jour, quand même, profiter de sa piscine avec vue sur la Sardaigne.

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Constructeurs contre écolos
© PieR Gajewski

Ati Lantieri, l’ex-maire de Bonifacio n’est pas le seul élu du littoral à manier, en artiste, la gomme et le crayon pour élaborer de nouveaux Plans locaux d’urbanisme (PLU) qui ravissent les promoteurs. Bakchich a sélectionné pour vous les plus beaux talents de Corse. La liste est longue…

Une loi littoral menacée

Juste un mot avant de livrer des noms. La loi littoral du 3 janvier 1986 organise, dans toute la France, la protection d’ « espaces remarquables » qui, une fois délimités, deviennent inconstructibles. Elle interdit aussi de construire à moins de 100 mètres du rivage en dehors des zones déjà urbanisées.

Or, depuis fin 2006, les communes corses adoptent, les unes après les autres, des PLU qui déclassent certains de ces sites. Sur lesquels les maires s’empressent de délivrer, dans la foulée, des permis de construire tout chauds aux heureux propriétaires. Bonifacio, la première à voter son nouveau PLU, fin 2006, est allée très loin : selon l’association U Levante, « 285 hectares d’espaces remarquables sont passés à la trappe » . De nombreuses autres ont suivi l’exemple. Allez, montez, Bakchich vous emmène en hélico le long de la côte !

Succession familiale

Jean-Baptiste Lantieri a dû céder les clés de la mairie de Bonafacio, en mars 2008, au jeune Jean-Charles Orsucci… qui n’est autre qu’un parent par alliance. Ne comptez pas sur le nouveau maire pour jeter le plan d’urbanisme de son prédécesseur aux orties. Il promet seulement de « rectifier les injustices les plus flagrantes » et de « contrôler la constructibilité à Cala Longa et Rondinara » , les deux secteurs les plus convoités par les riches et célèbres.

H. C.

Lire la suite du voyage…

Balade autour du béton

et aussi cette question angoissante :

Les « People » auront-ils leur piscine avec vue sur la mer ?


© Hélène Constanty / Bakchich : Rêve de béton sur le littoral Corse

Repris par Le Journal d'Odanel

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