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Joe Biden peut-il sauver le soldat Obama ?

© Doug Ireland - accéder à la source Bakchich - infos
24.08.08 | 23:21

Le choix par Barack Obama du sénateur du Delaware, Joe Biden, comme son candidat à la vice-présidence, est finalement intervenu le 23 août. Soit après une semaine de dégringolade dans les sondages pour le candidat démocrate.

Ainsi, dans quatre sondages nationaux – ceux duLos Angeles Times-Bloomberg News, duNew York Times-CBS, duWall Street Journal-NBC et du Centre de Recherches Pew –, Obama a perdu l’avance de 5 à 7 points qu’il avait sur son rival républicain, John McCain. Le léger avantage qu’Obama est supposé encore avoir se confond maintenant avec les marges d’erreur des études d’opinion. Ce qui signifie, en clair, que les deux candidats sont statistiquement à égalité auprès de l’opinion publique.

Les raisons du choix de Joe Biden se trouvent justement dans ces sondages. Par exemple, dans celui duLos Angeles Times-Bloomberg News, 17 % des personnes interviewées estiment que« le pays n’est pas prêt pour avoir un président noir ». Ce chiffre est énorme et, puisque les électeurs mentent toujours aux sondeurs sur les questions raciales, la réalité est sans doute bien pire. La majorité écrasante de ceux qui ne veulent pas voter pour Obama à cause de la couleur de sa peau se trouvent majoritairement dans la classe ouvrière et ceux qui se situent au bas de l’échelle socio-économique. Comme le souligne le directeur du sondage Pew, le respecté Andrew Kohut,« McCain a progressivement gagné des soutiens au sein de la classe ouvrière blanche pendant les deux derniers mois ».


Joe Biden, vice-président du candidat démocrate Barack Obama
(DR)

Un enfant de la classe ouvrière

Joe Biden est lui-même un enfant issu de cette classe ouvrière. Il est très populaire dans le monde syndical, auquel il sait parler avec brio. Lorsqu’on a entendu Biden prendre la parole devant une assemblée de syndicalistes, on sait à quel point, grâce à son parler aussi bien terre-à-terre que passionné par les soucis économiques, il est capable de faire se lever les foules syndicales. Avec Biden, Obama se dote donc d’un outil de campagne destiné à limiter les dégâts chez les ouvriers.

Biden est de surcroît à même de prendre à bras le corps la question raciale. Il est capable de sortir aux ouvriers :« Ne te laisse pas berner, tu dois voter pour tes intérêts économiques quelle que soit la couleur du candidat, blanc, noir, vert, ou pourpre ! ».

Le choix de Biden n’est pas non plus le fruit du hasard quand on sait que, dans ces sondages, Obama conserve son avance sur les questions économiques. Pour gérer l’économie en temps de crise, il est en effet préféré à McCain avec une marge moyenne d’environ 20 points. Parmi tous les candidats démocrates potentiels à la vice-présidence, Biden était vu par les stratèges d’Obama comme le plus doué pour traiter des questions économiques avec crédibilité et, ainsi, contrecarrer un racisme larvé.

Tactiquement, Biden peut aider Obama à remonter la pente auprès des ouvriers blancs dans de gros États clés dominés par cette classe sociale. C’est le cas de la Pennsylvanie, de l’Ohio et du Michigan. Et il se trouve que Biden a ses racines en Pennsylvanie, étant né dans la ville de Scranton, un bastion de la classe ouvrière pennsylvanienne, où une partie de sa famille vit d’ailleurs encore. Du coup, sa notoriété s’étend à l’ensemble de cet important État. Biden réside peut-être à Wilmington, la capitale du petit État du Delaware mais celle-ci n’est qu’à 40 kilomètres de Philadelphie, la plus grosse ville de Pennsylvanie. En outre, le Delaware est accolé à la Pennsylvanie du Sud et desservi par les télévisions de Philadelphie. A tel point que Biden est parfois surnommé « le troisième sénateur de Pennsylvanie » (chaque État a deux sénateurs). Il peut donc légitimement aider Obama à cadenasser cet État.

Si en plus c’est un bon catholique…

Biden a également le bon goût d’être un catholique pratiquant. Ce qui aide, avec les ethnies catholiques issues de l’immigration du XIXème siècle et qui constituent la majorité de la classe ouvrière blanche de l’Ohio comme de la Pennsylvanie. Il affiche en outre une histoire familiale des plus touchantes.

Quelques jours après son élection au Sénat en 1972, Biden a perdu sa femme et leur enfant, une petite fille de 13 mois, dans un accident de la route après que la voiture familiale ait été percutée par un autre véhicule. Très affecté, Biden s’est ensuite dévoué à ses deux fils qui, bien que blessés, ont survécu à la tragédie. Contrairement à la plupart des sénateurs, il n’a jamais acheté de résidence à Washington, préférant prendre le train du Delaware tard chaque soir pour rejoindre sa famille. Ce lourd passé familial représente un atout auprès des ouvriers catholiques et a pesé dans le choix d’Obama.

Lorsque Biden présidait la Commission pour la Justice du Sénat – il a occupé ce poste pendant seize ans –, il a été, en 1994, l’auteur d’un projet de loi octroyant de l’argent fédéral pour le recrutement de 100 000 policiers par les polices locales. Résultat, Biden est aujourd’hui très populaire chez les policiers, ce qui représente un sérieux atout auprès de la classe ouvrière blanche en proie à des angoisses sécuritaires.

Pendant des semaines, les attaques à répétition de McCain contre Obama sur les affaires étrangères, ont suscité des interrogations sur les objectifs du candidat démocrate, accusé, au sujet de l’Irak, par McCain de« vouloir perdre une guerre pour gagner une élection ». Parfois, les excès verbaux de McCain ont frôlé l’accusation de « trahison » contre son rival, ce qui a lourdement contribué à la dégringolade d’Obama dans les sondages. Par exemple, dans lcelui duLos Angeles Times-Bloomberg News, 35 % des sondés disent se poser des« questions sur le patriotisme d’Obama ».

Pour ne rien arranger, les attaques (reprises en force par McCain) d’Hillary et de Bill Clinton qui, lors des primaires, accusaient Obama de ne pas avoir assez d’expérience pour être président et faire face aux crises à l’étranger, ont aussi fait des dégâts. Surtout après la crise en Géorgie, puisque dans tous les sondages, Obama souffre d’un« déficit d’expérience », donnant un avantage de 20 points à McCain quand on pose la question de« qui a assez d’expérience pour être président des États-Unis ? ».

Dans ce contexte, le choix de Biden, 66 ans, est aussi destiné à renforcer le patriotisme de son jeune colistier et à combler son soi-disant manque d’expertise. Il faut en effet reconnaître qu’avec 36 ans passés au Sénat et une solide expérience acquise comme président de la Commission des Affaires étrangères sénatoriales (il l’est toujours), Biden fait figure de « senior » rassurant et expérimenté.

La campagne d’Obama manque de souffle

Mais le colistier d’Obama ne peut à lui seul inverser la chute dans les sondages du candidat démocrate. Les Américains votent pour un candidat présidentiel, rarement pour un candidat à la vice-présidence. Selon un sondage duWashington Postpublié le 24 août, pour les trois-quarts des électeurs« le choix de Biden n’aura pas d’influence sur leur vote ». Et, selon le vieux dicton sicilien souvent cité en politique,« the fish stinks from the head »(le poisson pue de la tête)…

Le chroniqueur noir duNew York Times, Bob Herbert, a pointéle vrai problèmele 23 août dernier.« Depuis les primaires,écrit-il,la campagne d’Obama semble se trouver sans direction, terne, accro aux généralités. Et le candidat lui-même paraît plat. Sans feu. Sans passion… Le sénateur Obama a besoin d’un message populiste économique de première classe qui crépite d’excitation », s’il veut surmonter le racisme latent et les critiques sur son « manque d’expérience ». Bien vu.

Les sondages montrent tous que les électeurs préfèrent le parti démocrate au parti républicain (de 18 à 20 % selon les études). En même temps, le président sortant, le républicain George W. Bush, est au plus bas de sa popularité, avec à peine un quart d’opinions « favorables ». Pour ne rien arranger, entre 75 % et 80 % des Américains estiment que le pays« n’est pas sur la bonne voie ». Dans ce contexte, si Obama ne se retrouve aujourd’hui que misérablement à égalité avec McCain, il n’a qu’à se le reprocher à lui-même. L’élection de novembre devait être un référendum sanctionnant les huit années du parti républicain à la Maison-Blanche. A la place, elle est devenue un référendum sur la question du « oui ou non veut-on d’Obama » à la tête du pays. La formidable tâche qui attend le candidat démocrate et la convention nationale de son parti – qui s’ouvre aujourd’hui lundi 25 août – est de renverser cette donne.

Lire ou relire les dernières chroniques de Doug Ireland sur Barack Obama :

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