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politique

La non reconnaissance d'un électorat immigré handicape la gauche

© Diego MELCHIOR - accéder à la source - infos
30.04.08 | 16:05

Lundi dernier, la ville de Rome est passée aux mains de la droite. C’est un maire appartenant àAlleanza Nazionalequi a été élu. Francesco Rutelli, le candidat du centre-gauche, a immédiatement déclaré que sa défaite pouvait s’expliquer par le fait que son discours concernant la sécurité n’a pas su convaincre les Romains. C’est probablement en effet le cas. Sauf que ce n’est pas seulement en tenant un discours strictement sécuritaire que Gianni Alemanno a réussi à rassembler, c’est en tenant un discours sécuritaire fortement lié à celui de l’immigration. Le raccourci que fait la droite et qui est malheureusement devenu aujourd’hui un lieu commun est connu : l’augmentation de l’insécurité s’expliquerait par la présence croissante d’étrangers. En somme, l’immigration extracommunautaire et même communautaire pour l’Italie (pensons aux Roumains) serait donc responsable de l’augmentation des crimes et délits dans le pays d’accueil.

En Italie, ce raccourci semble être devenu une évidence partagée par de nombreux citoyens, preuve en est le résultat de la Ligue du Nord aux dernières élections politiques qui avait en grande partie justement fait campagne sur la question de la sécurité et de l’immigration. À ce propos, les derniers évènements ne sont pas rassurants. Dans le nord de l’Italie, là où la Ligue est très présente et contrôle certaines villes, des groupes de citoyens se sont constitués pour veiller à la sécurité de la ville. Ces opérations de police parallèle organisée sous la bienveillance de la Ligue du Nord sont très inquiétantes. D’une part, c’est un détournement grave d’un pouvoir régalien de l’Etat. D’autre part, cet engagement volontaire n’est en aucune manière contrôlé et fait craindre d’éventuels débordements. En effet, si les volontaires sont convaincus que les immigrés sont tous des délinquants, les actes violents contre les immigrés sont à prévoir. Et ce n’est pas se faire peur que d’envisager cela. Quand on entend Umberto Bossi déclarer : « Nous avons 300 000 hommes, 300 000 martyres, prêts à se battre et on ne rigole pas… il ne s’agit pas de deux pelés et trois tondus. Vous croyez que nous aurions des difficultés à trouver les hommes ? Non, parce qu’ils descendront aussi des montagnes. » « Les fusils sont encore chauds. » « Je ne sais pas ce que veut la gauche ; nous, nous sommes prêts, s’il veulent des affrontements, moi j’ai 300 000 hommes toujours à disposition, s’ils veulent qu’on s’arrange. » Il y a effectivement de quoi s’inquiéter.

Bien sûr, ce raccourci n’est pas qu’une réalité italienne. En France, aussi ce schéma exploité par la droite joue à plein et devant cet usage idéologique (car les chiffres de la délinquance sont régulièrement contestés et aucun indicateur ne permet de montrer un lien entre immigration et insécurité) la gauche est mise à mal. En effet, ce discours joue sur la peur et sur le sentiment d’insécurité du citoyen. Dès lors, il est assez compréhensible que la droite réussisse à capter les votes des citoyens en jouant sur la fibre sécuritaire. Pour de nombreux citoyens le discours qu’avance la droite apparaît comme juste parce qu’effectivement il semble expliquer les problèmes du pays. L’insécurité d’abord : c’est toujours facile d’accuser celui qui est différent d’avoir commis crimes et délits. La précarité et le chômage ensuite : c’est là aussi toujours facile d’accuser celui qui est différent de prendre le travail du citoyen natif ou de se vendre moins cher tirant alors les conditions de travail vers le bas.

Alors oui, il y a la réponse de la droite qui considère l’immigré comme responsable de tous les problèmes. Mais il y a aussi la réponse de la gauche qui considère que les problèmes sont avant tout bien d’ordre économique. Néanmoins, la gauche ne réussit pas à expliquer en quoi la vision de la droite est fausse et donc ne réussit pas à renverser la balance lors des élections. Pourquoi ? D’abord, parce que les principaux intéressés, c’est-à-dire les immigrés, n’ont quasiment jamais le droit à la parole et ne peuvent donc pas montrer qu’ils sont comme tout le monde : ils travaillent et respectent les lois. Pire encore, on les empêche de s’exprimer et on fait tout pour qu’ils quittent le pays. Les médias sont aussi directement responsables du déficit de temps parole accordé aux immigrés. La méconnaissance de son voisin immigré renforce la peur et les raccourcis infondés.

Ensuite, comme les immigrés ne votent pas aux élections, la gauche est privée d’un électorat qui a priori se place en accord avec ses positions sur les questions de sécurité et d’immigration. Il est clair que cela profite donc à la droite puisque la gauche est privée d’un électorat potentiel. C’est d’autant plus grave pour la gauche que les citoyens de cet électorat vivent pourtant en France et sont insérés dans le tissu social. L’absence des voix venant des immigrés est en partie responsable du déficit quasi-chronique de voix pour la gauche lors des élections politiques.

À ce moment-là, deux options existent pour renverser la balance en termes électoraux : chasser sur les terres de la droite, en reprenant en partie son discours concernant l’immigration et l’insécurité ce qui permettrait de récupérer des voix ; ou bien tout faire pour que la voix des immigrés soit entendue, ce qui passe donc au plan électoral notamment par la reconnaissance du droit de vote aux élections administratives et politiques.

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Journaux : Left_blogs, Left & Center Citizens (LCC)


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