politique
La droite italienne contre les immigrés
© Diego MELCHIOR - accéder à la source - infos
19.05.08 | 23:00
C’était prévisible. Avec le résultat très élevé de la Ligue du Nord, la priorité du nouveau gouvernement, un mois après les élections, s’avère être la lutte contre l’immigration dite clandestine. Les quelques mesures du paquet sécurité, déjà annoncées par la droite, ne laissent rien présager de bon. Le discours sur l’immigration comme les actions vis-à-vis de l’immigration font très peurs…
Retour sur le discours de la droite italienne à propos de l’immigration.
Je ne pense pas qu’il soit inutile de rappeler les quelques éléments clefs du discours de la droite sur l’immigration. Notons d’abord qu’il ne s’agit pas de l’extrême droite mais bien de la droite de gouvernement qui fait les réformes sauf que, derrière les formules, c’est les mêmes idées que nous pouvons trouver. En effet, la droite entend lutter contre l’immigration clandestine, pas contre l’immigration dans son ensemble. C’est pourquoi, le slogan de la Ligue du Nord, ce n’est pas « étrangers, dehors ! », mais bien « clandestins, dehors ! »… Mais ne soyons pas dupes, dans la tête de la droite, en particulier dans la tête des leaders de la Ligue du Nord, clandestin est égal à étranger. Le raccourci est évident puisque quasiment toute l’immigration est une immigration clandestine. Aucun immigré n’entre avec les papiers en règle en Italie ce qui est tout à fait logique puisque d’une part, les autorités italiennes délivrent peu, ou dans des temps abusivement longs, les permis de séjour ; d’autre part, les immigrés n’ont souvent pas les moyens de se procurer des papiers en règle – ils sont bien peu nombreux ceux qui entrent avec, au départ, un passeport touristique. Ainsi donc, sous couvert de la lutte contre l’immigration clandestine, c’est bien la lutte contre l’immigration tout court que souhaite mener la droite. Mais plus que la lutte contre l’immigration, c’est la lutte contre l’immigré. En effet, en plus de vouloir renforcer les contrôles aux frontières, la droite souhaite expulser les immigrés qui ne sont pas en règle sur le territoire, autant dire donc quasiment tous les immigrés.
Le stratagème de la droite est de lier la question de l’immigration à la sécurité. Il est vrai que les populations immigrées sont plus nombreuses à commettre des délits et des crimes que les populations italiennes (et il y a des raisons économiques profondes à cela). Le problème est qu’à partir de ce constat la droite en déduit que tous les immigrés sont des criminels. Pour la droite, l’immigré est forcément un criminel et le criminel auquel il faut attacher de l’importance est forcément un immigré. C’est pourquoi, puisque tous les immigrés sont des criminels, c’est-à-dire qu’ils ne respectent pas les lois du pays, ils doivent être expulsés. La droite a lancé un processus scandaleux de criminalisation de l’immigration comme si les actes de quelques-uns impliquaient les actes de toute une communauté. Cette criminalisation est d’autant plus scandaleuse que la droite a répandu l’idée même que l’immigré qui transgresse la loi a toujours été mieux traité que l’Italien qui transgresse la loi. Cette absurdité sans nom permet pourtant à la droite de revendiquer un soi disant juste retour des choses : tous les immigrés dehors. Oui, c’est bien de cela qu’il s’agit. La droite n’a que faire de lutter, dans le fond, contre la criminalité de certains immigrés car, puisque que ce sont des raisons xénophobes qui motivent ses actions, elle souhaite lutter contre l’immigration, donc de renvoyer chez eux tous les étrangers pour que les Italiens puissent rester seuls entre eux, pour que l’identité nationale soit préservée.
Que veut donc la droite italienne ? La droite veut mener une politique d’expulsion massive des étrangers et de fermeture progressive de ses frontières, preuve en est la requête scandaleuse qu’a formulée récemment le gouvernement italien de renégocier les accords Schengen, seulement motivée par la présence d’une importante communauté roumaine sur le territoire.
La bêtise sans borne de la droite italienne ou comment faire l’exact inverse d’une juste politique d’immigration.
C’est clair, et c’est finalement le propre de la droite européenne, la droite italienne préfère les réformes idéologiques aux réformes pragmatiques. Les expulsions massives qui se préparent et le renforcement du contrôle aux frontières sont l’exact inverse d’une bonne politique de lutte contre l’immigration clandestine. Nous voulons vraiment lutter contre l’immigration clandestine ? Alors, il n’y a pas trente-six solutions, et sur ce sujet-là, le centre-gauche devrait être très clair, il faut régulariser immédiatement tous les immigrés sans-papiers en délivrant des permis de séjours et en favorisant les naturalisations. C’est le seul moyen efficace pour mettre fin à l’entrée et à la présence de clandestins. Adopter une politique inverse, c’est donc tout simplement favoriser l’immigration clandestine et tous les abus qui y sont liés. En régularisant les immigrés :
-on empêche que les employeurs embauchent les immigrés dans des conditions telles qu’il s’agit d’une véritable exploitation, bafouant le code du travail et provoquant aussi un dumping social interne, notamment lorsque le salaire minimum n’est pas respecté ;
-on prend acte de l’utilité sociale des immigrés qui travaillent déjà ; notamment pour l’Italie, tous les immigrés qui occupent des postes debadante, c’est-à-dire d’assistance aux personnes âgées ou aux enfants, indispensables ;
-on accélère l’intégration des populations immigrées et on empêche que se développe des formes de communautarisme ;
-on coupe l’herbe sous le pied au crime organisé qui profite de la situation de non droit des immigrés pour développer des filières d’entrée clandestine et un véritable business de vente de faux papiers.
En outre, en parallèle, il faut faire en sorte que le lien, aujourd’hui quasi automatique, qui est fait entre insécurité et immigration soit rompu en envisageant une politique de lutte contre la délinquance et la criminalité dans son ensemble. Un criminel ou un violeur doit être d’abord jugé comme tel et si c’est un immigré, l’expulsion du territoire doit être une forme de sanction possible.
La droite italienne : « grande gueule, petite tête ».
La droite italienne, Berlusconi en premier lieu, a beaucoup insisté sur l’identité catholique de l’Italie et n’a pas hésité à brandir, sûrement par pure stratégie électorale, comme sur la question de l’avortement, le fait qu’elle était la seule à être en accord avec la position de l’Eglise catholique. Pourtant, comme par hasard, sur la question de l’immigration, la droite s’est empressée de rappeler que la politique et les valeurs spirituelles sont deux choses différentes qui ne doivent pas être mélangés. Ce va et vient est aberrant et l’instrumentalisation de l’Eglise en fonction des situations tout autant. En l’occurrence, la droite ferait mieux de se conformer aux positions de l’Eglise catholique que le Pape n’a pas hésité à rappeler : les immigrés doivent être accueillis. L’accoglienzaest un pilier fondamental de la doctrine sociale de l’Eglise. Sur cette question donc, la position de l’Eglise, prise au nom de tous les Catholiques, est très claire et la droite devrait s’en inspirer.
L’intolérance et la xénophobie quasiment ouverte de la droite fait rire jaune tous ceux qui ont soit des souvenirs soit une mémoire bien en place. Berlusconi, son gouvernement et tous les Italiens qui rejètent les immigrés comme s’ils étaient des bêtes malades ont oublié un peu vite qu’il y a encore quarante cinq ans de cela, c’était l’Italie qui fournissait de nombreux immigrés. Comment peut-on reproduire sur les immigrés d’aujourd’hui des comportements que les Italiens ont par le passé eux-mêmes subis ? Il n’y a aucune raison qui puisse justifier cela. Cet oubli, ce trou de mémoire volontaire est affligeant.
Au final, je pense que beaucoup d’Italiens ont déjà honte des premiers moments de la droite au pouvoir : l’Italie est en train de se ridiculiser et donne une bien mauvaise image d’elle à l’étranger. Après 2006, beaucoup pensaient que les cinq ans, entre 2001 et 2006, qu’avaient connus l’Italie ne se reproduiraient plus et qu’ils ne seraient plus jamais nécessaires de mener une campagne permanente contre la droite, comme cela avait été notamment fait par Nanni Moretti pendant la période. Mais au vue des premières mesures prises par la droite, la simple opposition institutionnelle du Parti démocrate risque effectivement de ne pas suffire…
Tags : politique
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