politique
Julie Coudry quitte la Confédération étudiante ; Baki Youssoufou, nouveau président de l’organisation
© Diego MELCHIOR - accéder à la source - infos
05.05.08 | 17:09
Ce fut un congrès intense aussi bien pour les participants que pour les organisateurs (qu’il faut bien évidemment remercier). Je n’ai pas l’intention de résumer quatre jours de débats (du 1er mai au 4 mai) et de réflexions, donc je reviendrais uniquement sur quelques points qui me paraissent essentiels.
Avant tout, j’aimerais souligner l’esprit de tolérance qui a régné pendant tout le congrès. Les adhérents de la Confédération étudiante ont montré que même s’ils étaient convaincus par les valeurs qu’ils défendent -la solidarité, l’Europe et la démocratie- ils étaient aussi capables de dialoguer avec des personnes de sensibilité politique différente ou connaissant d’autres réalités que la vie d’étudiant. Ont pu ainsi s’exprimer les militants de Jeudi Noir, Génération Précaire et même une porte-parole des Jeunes Verts. Ont pu aussi s’exprimer des chefs d’entreprises, des syndicalistes et des présidents d’université. Les adhérents de la Confédération étudiante ont aussi été heureux d’accueillir pendant le congrès des militants proeuropéens comme Fabien Chevalier pourSauvons l’Europeet Fabien Cazenave, rédacteur en chef du site InternetLe Taurillonainsi queDominique Reynié. Tous ont été accueillis cordialement sans a priori et avec respect. C’est très important : la Confédération étudiante a prouvé qu’elle n’était fermée à aucune réalité. Je voudrais aussi saluer une dernière fois le choix courageux des camarades de lasensibilité Justice de l’UNEFqui avaient choisi de quitter définitivement en décembre dernier l’organisation et leur AGE de Dijon pour rejoindre le syndicalisme démocratique de la Confédération étudiante.
Le congrès de la Confédération étudiante s’est placé sous le signe du slogan « Fiers et libres » qui étaient aussi l’intitulé du manifeste publié en septembre 2005. « Fiers et libres » pourquoi ? Tout simplement parce que la Confédération étudiante revendique l’existence d’une jeunesse engagée qui veut rester dérangeante, « notamment quand il faut bousculer les situations et les ordres établis qui maintiennent et confortent les inégalités. » Nous l’avons montré lors de la manifestation du 1er mai.
Le deuxième congrès de la Confédération étudiante doit être perçu dans tout son aspect politique car il signe une étape marquante aussi bien pour l’organisation elle-même que pour le mouvement étudiant dans son ensemble. Je pense que l’on peut mettre en avant trois éléments essentiels qui ont marqué ce congrès : le rappel des racines historiques du syndicalisme démocratique ; l’élaboration d’une structure militante efficace ; les premiers éléments du projet social de la Confédération étudiante.
C’est pourquoi, j’ai d’abord été agréablement surpris par le film de Patrick Brunie : « Les racines de notre syndicalisme : Fiers et Libres ». Il y avait vraiment d’excellents éléments dans ce film et je pense effectivement qu’un film a plus d’impact que des discours théoriques pour un public qui n’était pas forcément au fait du détail de l’histoire du mouvement ouvrier. Revenir aux sources du véritable syndicalisme, l’anarcho-syndicalisme de Fernand Pelloutier et des bourses de travail, par l’intermédiaire d’un dialogue entre Julie Coudry, Edmond Maire et Jacques Julliard était vraiment bien trouvé. Ce film est d’abord une excellente réponse à tous ceux qui ont accusé et accusent encore la Cé d’être une entité sans histoire qui aurait trahi la cause de l’engagement syndical. En effet, ceux qui ont vraiment trahi l’idée même du syndicat aujourd’hui, ce sont tous ceux qui ont laissé de côté l’héritage des luttes du XIXe siècle et du début du XXe siècle pour un syndicat indépendant vis-à-vis du politique, de l’Etat et du patronat. Elles sont bien peu les organisations syndicales aujourd’hui a vraiment s’inscrire dans l’héritage de Fernand Pelloutier, des bourses de travail et de la Charte d’Amiens. Chez les étudiants, force est de constater que seule la Cé est restée fidèle à cette idéal du syndicat indépendant : l’émancipation des étudiants se fera par les étudiants eux-mêmes pourrait-on paraphraser car, à la Cé, nous sommes les étudiants et nous refusons la stratégie par le haut de conscientisation de l’étudiant comme le revendique l’UNEF. Certains voient dans le syndicalisme de la Confédération étudiante une troisième voix, c’est-à-dire une nouvelle voix entre deux syndicalismes qui se seraient toujours opposés : le syndicalisme d’accompagnement et le syndicalisme de lutte. Mais le syndicalisme de la Confédération n’est pas une nouvelle troisième voix, c’est tout simplement la voix historique du syndicalisme : celle du syndicalisme d’action directe. En somme, avec ce film, la Confédération étudiante rappelle que son existence est intrinsèquement liée à l’histoire d’un mouvement social porteur de changement.
Le second point qu’il faut ensuite retenir de ce congrès est la concrétisation pratique d’une forme de syndicalisme de terrain. Pour bousculer les ordres établis et pour pouvoir remplir les objectifs électoraux que les adhérents de la Confédération étudiante se sont fixés ensemble, une structure militante efficace se devait d’être mise en place. L’élection du nouveau bureau national de la Confédération étudiante va dans ce sens en rendant responsable des étudiants reconnus pour leur détermination et leur capacité militante.
Mais la Confédération étudiante a aussi décidé de se placer sur le terrain des idées. En conformité avec ses valeurs, le syndicat a mis en place les premiers éléments d’un projet social. La question sociale est fondamentale pour les étudiants. La Confédération étudiante doit chercher une logique alternative à l’élitisme des uns et à l’égalitarisme des autres. Les adhérents de la Confédération étudiante ont fait des propositions importantes, celles-ci doivent être débattues. Le Congrès a d’ailleurs voté deux motions directement liées à la question sociale. Les adhérents de la Cé ont exprimé ainsi leur refus de la suppression de certains points de charges décidée par Valérie Pécresse diminuant de fait le montant des bourses pour tout le monde. Les adhérents ont aussi souhaité rappelé leur attachement au système de retraites par répartition par le vote d’une deuxième motion d’actualité. Ces deux prises de position du congrès sont un signe fort donné à ceux qui s’opposent à toutes formes de progrès. Par la même, la Confédération étudiante rappelle son appartenance au mouvement social.
Ce congrès a aussi été celui d’un changement de génération. Julie Coudry, membre fondatrice du syndicat, quitte l’organisation. Je pense qu’elle peut être fier du travail qu’elle a accompli : en cinq ans, la Confédération étudiante est passée d’un petit groupe d’étudiants engagés à une organisation syndicale nationalement représentative. Il faut enfin saluer l’exceptionnelle personnalité de Julie Coudry. Bien peu dans l’histoire du mouvement étudiant ont réussi à porter aussi haut et fort les intérêts des étudiants dans le mouvement social. C’est pourquoi, parce qu’elle est une constructrice, Julie Coudry mérite légitimement de figurer dans le panthéon des grandes figures du mouvement social. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’à l’avenir, l’histoire la retiendra comme telle.
Baki Youssoufou a été élu dimanche président de la Confédération étudiante. Il s’est engagé à poursuivre le développement de la Confédération étudiante. Même si Baki est sûrement très différent de sa prédécesseure, les adhérents de la Cé ont reconnu en lui les qualités nécessaires -politiques, organisationnels et charismatiques- pour défendre les intérêts des étudiants. Souhaitons lui bonne chance dans ses travaux futurs.
Ce deuxième congrès de la Confédération étudiante marque une étape importante dans l’histoire du mouvement étudiant et de la jeunesse engagée. A l’heure où la protection sociale des individus est attaquée de toute part et que les citoyens les plus jeunes sont de plus en plus méfiants vis-à-vis des formes traditionnelles d’engagement, la présence de la Confédération étudiante et sa capacité a rassemblé chaque jour de plus en plus d’étudiants autour de son projet de société est un signe fort envoyé à tous ceux qui estiment que les générations futures sont vouées à subir le jeux de forces qui les dépassent. C’est aussi un signe fort à tous ceux qui ont décidé de marginaliser et de refuser la dignité, la liberté et la protection sociale à des pans entiers de notre société.
La Confédération étudiante est tournée vers l’avenir. Pour faire vivre les valeurs de liberté, de justice et de solidarité, tous ses adhérents sont convaincus que c’est au présent qu’il faut bâtir le monde qu nous voulons.
Tags : politique
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