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politique

L’Europe et les blogs, où en est-on ?

© Diego MELCHIOR - accéder à la source - infos
09.05.08 | 13:07

Dans la blogosphère proeuropéenne, nous sommes nombreux à être convaincu que pour aller plus loin dans l’intégration européenne des citoyens, l’Europe devrait se doter de ses propres médias capables d’interagir, voire de produire une opinion publique supranationale, européenne. Cependant force est de constater qu’à l’heure actuelle aucun média de masse n’existe au niveau européen. Evidemment, il existe pour la télévision la chaîne Euronews mais son audience reste limiter. Pour la radio, les fréquences restent essentiellement nationales et, quant aux journaux, les quotidiens les plus lus restent aussi les grands quotidiens nationaux.

DansLa question de l’Etat européen, Jean-Marc Ferry, au début des années 2000, reprenant en partie les travaux de Jürgen Habermas, évoquait déjà la question de la constitution d’un Etat européen passant par l’existence d’une opinion publique européenne, ce qui signifierait que partout dans l’UE le citoyen possède un bagage commun concernant l’UE (fonctionnement, histoire, culture, connaissances des autres états membres, etc.). Les médias auraient alors pour objectif de servir d’intermédiaire entre l’Etat européen et l’opinion public européenne, tout en livrant une information de type supranational.

Aujourd’hui, au plan européen, nous sommes bien loin d’un quelconque système européen médiatique. En effet, finalement, ce qui prédomine au niveau des médias c’est un système strictement national, au pire, et un système international au mieux, c’est-à-dire la possibilité dans un Etat d’accéder aux médias nationaux d’un autre état ce qui implique d’avoir l’outil nécessaire (pour la télévision : câble ou parabole ; pour la radio : ondes courtes) et de maîtriser la langue de l’Etat. La barrière de la langue est en effet la première difficulté rencontrée lorsqu’on pense à la création d’un média européen qui le plus raisonnablement possible serait télévisuel. Quelles langues choisir ? Nous pourrions imaginer un système de changement de langue par télécommande en fonction de l’Etat, voire un système de sous-titrage pour répondre à ce problème dans un premier temps. Mais la question la plus importante concerne plutôt la nature de ce média : faut-il créer un service public européen de radio-télé ou bien sous-traiter le service à des entreprises ? En fait, il semble que l’existence d’un média européen ne peut réellement exister que dans le cadre d’un service public car un média européen privé aura vite tendance à moduler son offre en fonction du client, c’est-à-dire, dans le cas de l’UE, des spécificités nationales. Nous nous écarterions alors complètement de l’objectif initial d’un média réellement supranational. Le troisième problème concerne le rapport du média avec le citoyen. En effet, il n’est pas sûr que la télévision ou la radio, diffusant une information européenne depuis le haut, soit le meilleur moyen pour favoriser la participation et l’enthousiasme du citoyen pour l’UE. Télévision comme radio reste des médias à la substance démocratique faible. En somme, quel intérêt de reproduire au plan européen un système déjà très critiqué au plan national quand bien même il serait un service public ?

Quoi qu’il en soit, nous n’en sommes pas encore là et, c’est pourquoi, il faut aller voir du côté des médias plus démocratiques où le citoyen s’exprime directement. Indiscutablement depuis dix ans, grâce à l’Internet, le citoyen a pris la parole sur la toile par l’intermédiaire des forums (débats collectifs), des sites web (exposition directe d’idées d’un individu sans interaction possible) et de blogs (expression directe d’idées d’un seul individu avec ouverture immédiate au débat). Le phénomène est évidemment limité aux économies développées et, tendanciellement, la plupart des ménages européens s’équipent d’un ordinateur avec Internet. Et pour ceux qui n’y auraient pas accès, se sont multipliés les cybercafés et les Internetpoint (2 euros l’heure en moyenne).

Mais parle-t-on d’Europe sur ces médias citoyens que sont les blogs ? Les citoyens se sont-ils saisis de l’Europe comme un sujet de discutions primordial ? Concentrons-nous sur le cas de la France et penchons nous, à titre d'exemple, sur le dernierclassement politique wikio(1er mai). Que constate-t-on ?

Parmi le top 20, un seul blog parle d’Europe :Coulisses de Bruxelles, le blog de Jean Quatremer qui arrive en troisième position… Cependant, Jean Quatremer est-il un citoyen comme les autres ? Son blog n’a-t-il pas justement autant de succès parce qu’il est journaliste ? Le blog de Jean Quatremer en plus d’être un blog de journaliste est une exception dans une masse de blogs politiques qui ne parlent pas franchement d’Europe. Les blogs suivants sont essentiellement des blogs couvrant l’actualité politique nationale. D’un côté, nous avons la blogosphère de la gauche démocratique qui évacue très souvent le sujet européen, d’un autre côté les blog de droite (sous représentés) qui sont loin de proposer un regard objectif sur l’Europe puisque nous pouvons remarquer une certaine redondance dans les sujets (comme la question de l’entrée de la Turquie). Nous constatons tout de même que les blogs proche de la gauche radicale, qui avaient fleuri en masse entre 2005 et 2006, n’ont pas réussi à se hisser dans le top 100 du dernier classement wikio. En revanche, à la 97e place, a réussi à se hisser un blog d’extrême droite clairement proche du FN. Les blogs de la sphère Modem sont assez nombreux dans le classement wikio et sont aussi ceux qui abordent le plus souvent la question européenne (comparés aux autres blogs politiques parce que, dans l’absolu, l’Europe n’est pas non plus pour eux un sujet de prédilection). Enfin, les autres blogs consacrés exclusivement à l’Europe qui apparaissent ensuite dans le classement sontRELATIO.fr, le blogPubliuset celui de Dominique Reynié,Opinion européenne.

Que conclure de ce rapide panorama ? D’abord, qu’il est difficile de consacrer un blog exclusivement à l’Europe, d’aborder l’information ou d’exposer ses opinions dans une perspective exclusivement européenne tout en ayant un taux de fréquentation qui permettent d’avoir une visibilité maximum sur la toile (référencement, apparition dans le top des classements). Ensuite, il semble aussi que l’Europe, pour qu’elle puisse intéresser les visiteurs, doit être traitée par des experts (journalistes, professeurs, etc.). C’est pourquoi, plus qu’une blogosphère anti-européenne (qui existe mais à l’audience limitée au vue des classements), il existe plutôt un silence généralisé sur l’Europe qui traverse toutes les blogosphères d’importance (PS et gauche démocratique, Modem et centre, UMP).

Il ne faut donc pas réduire la blogosphère a deux camps : les blogs antieuropéens d’un côté ; les blogs proeuropéens de l’autre. D’une part, les blogs antieuropéens se sont décrédibilisés sur le long terme du fait de leur manque d’ouverture au débat et de la redondance de leurs arguments. S’il y a pu avoir pendant un an (entre 2005 et 2006), une blogosphère anti-européenne très forte (mêlant extrême droite, extrême gauche, nonistes du PS, etc), aujourd’hui celle-ci n’existe plus car elle se concentre sur d’autres sujets qui attirent plus le visiteur. D’autre part, la blogosphère proeuropéenne fonctionne elle aussi malheureusement en cercle réduit où se sont bien souvent toujours les mêmes citoyens qui se retrouvent sur des sites commeLe Taurillon,le blog de Sauvons l’Europe,Coulisses de Bruxelles,le blog de VGE,l’Europe dans la campagne,Opinion européenneavec Dominique Reynié, etc. L’Europe ne souffre donc pas, comme nous aurions pu le croire, d’une éventuelle critique acerbe mais plutôt d’un déficit de considération et d’évocation sur les blogs. En fait, le problème de l’Europe sur les blogs, c’est que personne n’en parle !

Il y a probablement plusieurs explications à cela. D’abord, le cloisonnement très fort qui existe entre les blogosphères nationales que seulLe Taurillona essayé de rompre. Ensuite, si les blogs français parlent peu d’Europe c’est parce que les médias traditionnels en parlent peu eux aussi : nous voyons donc bien là aussi que les blogs, bien qu’étant des médias libres et individuels, restent dépendants de l’information fournie par les grands médias. De plus, il semble aussi que l’habitude de consulter des sites web dédiés exclusivement à l’Union européenne (commeEuractivouCafebabel) ne soit pas intégrée par les internautes de manière générale. Enfin, le fait que ce soit les blogs d’expert sur l’Europe qui remportent le plus grand succès laisse entendre que, pour bon nombre de blogueurs-citoyens et d’internautes, l’Europe reste un sujet difficile à aborder car compliqué et peu compréhensible.

Les blogs peuvent-ils alors contribuer à créer un espace médiatique européen ? Dans l’absolu, la réponse est oui. Les blogs contribuent à créer un espace médiatique européen démocratique indépendant des médias traditionnels. Cependant, il existe encore trop de facteurs qui empêchent l’existence d’une véritable blogosphère européenne et citoyenne. C’est pourquoi, les blogs seuls ne pourront quand même jamais combler le déficit médiatique qui touche l’UE et les question européennes. La seule solution est alors de promouvoir l’Europe dans le quotidien réel des citoyens de l’UE. Le virtuel, seul, ne suffit donc pas.

Tags :

Journaux : Left_blogs, Left & Center Citizens (LCC)


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