politique
L’aile gauche du PS : méfions nous de l’eau qui dort
© Diego MELCHIOR - accéder à la source - infos
26.05.08 | 18:26
Henri Emmanuelli. Benoît Hamon. Razzy Hammadi. Un par génération. Ce sont à l’heure actuelle les trois dernières figures qui représentent le courant NPS après le départ d’Arnaud Montebourg et Vincent Peillon. Rajoutons les courants Pour la République Sociale de Jean-Luc Mélenchon et Démocratie & Socialisme de Gérard Filoche et nous avons le gros des troupes de la gauche du PS, ceux qui sont par ailleurs nommés les néo-« staliniens » du parti. L’aile gauche du PS se composait néanmoins aussi du courant fabiusien. La motion NPS avait obtenu 23,6% des voix et la motion Fabius 21,2% des voix au Congrès du Mans. L’aile dite gauche du PS, c’est-à-dire regroupant l’ensemble notamment des partisans du non au Traité Constitutionnel Européen, représentait donc environ 45% du parti en 2005. Cela coïncidait avec les 42% de militants qui s’étaient exprimés contre le Traité Constitutionnel lors de la consultation interne en 2004.
Où en est-on aujourd’hui ? Il est assez difficile de faire une évaluation du poids de l’aile gauche du PS aussi bien à cause du départ du NPS de responsables comme Peillon ou Montebourg qu’à cause de l’effritement des soutiens envers Laurent Fabius. À titre de comparaison, prenons les opposants à la ligne réformiste de centre-gauche des DS en Italie : ils représentaient 24,5% du parti au dernier congrès en 2007.
À mon avis, on peut estimer qu’à l’heure actuelle, le Parti Socialiste comporte une aile gauche qui représente environ 30% du parti. Qu’entend-on par aile gauche ? Déjà, tous les courants qui ne sont pas issus de la motion 1 du Congrès du Mans. En somme, l’aile gauche du PS ce n’est ni Ségolène Royal, ni Bertrand Delanoë, ni Pierre Moscovici. Ensuite, l’aile gauche du PS, c’est globalement tous les militants qui avaient déjà voté contre le Traité Constitutionnel Européen. Enfin, ce sont tous ceux qui ne veulent ni le rapprochement avec le centre de Ségolène Royal, ni le libéralisme de Bertrand Delanoë, ni la social-démocratie de Pierre Moscovici. Bref, ce sont tous ceux qui veulent un PS « vraiment de gauche ». Si le terme est assez flou, il semble se définir quand même par plusieurs éléments :
-refus de tout rapprochement avec le centre mais alliance avec l’extrême gauche ;
-discours idéologique sur le capitalisme ;
-critique de l’Europe et du PSE ;
-défense d’un programme économique conformiste et passéiste : nationalisations, dirigisme étatique simpliste, tutelle sur la société civile et les syndicats, etc.
L’aile gauche du PS existe sur le papier encore par ses courants, la question reste à savoir s’il y a encore un réseau structuré de militants et d’adhérents derrière. En ce qui concerne le NPS, il y a plusieurs chapelles qui se sont séparées pour se repporter sur différents candidats : Vincent Peillon avec Ségolène Royal, les amis d’Arnaud Montebourg avec Pierre Moscovici, des gens comme l’ex-syndicaliste Bruno Julliard (qui a toujours été proche du NPS) qui se retrouvent avec Bertrand Delanoë, etc. Reste aussi à savoir combien Laurent Fabius peut rassembler de soutiens.
Les médias qui couvrent la préparation du congrès socialiste parlent peu de l’aile gauche dans leurs différentes projections. Pourtant, cette aile gauche qui a priori ne se reconnaît pas dans les potentiels candidats compte peser lors du congrès. Il y a deux scénarios possibles si l’aile gauche présente elle aussi une motion et un candidat au congrès. Elle pourrait recueillir un bon résultat comme 20 ou 25% des voix des adhérents ce qui, vu le nombre de motion qu’il risque d’y avoir, serait un résultat préoccupant. En effet, s’il y a trois motions séparées mais présentées par des candidats qui ont tous soutenu la motion 1 au dernier congrès, c’est la motion de l’aile gauche qui se place en arbitre de toutes les autres motions réformistes. Sinon, au contraire, la motion présentée par l’aile gauche pourrait très bien se retrouver avec un très petit résultat (8 ou 10%) : cela s’expliquerait par l’éparpillement des anciens soutiens aux motions du Congrès du Mans vers d’autres motions.
Quoi qu’il en soit, ce congrès est l’ultime chance pour la gauche du parti de s’imposer. Ce congrès, en plus d’être un rendez-vous pour la désignation d’un leader et d’une stratégie, ce sera aussi un test pour savoir si le PS emprunte une ligne réformiste ou non. Je pense que l’aile gauche du parti a aussi perçu l’enjeu et ne va donc pas rester passive ces mois à venir. Ce n’est donc pas parce que personne ne s’intéresse à cette partie-là du PS qu’elle n’existe pas. Méfions nous de l’eau qui dort, donc.
Tags : politique
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