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politique

Pierre Moscovici: le liquidateur

© Denis Szalkowski - accéder à la source - infos
06.05.08 | 17:11

Pierre Moscovici, ancien ministre de Lionel Jospin, semble avoir retrouvé une liberté de parole et se distingue de ses pairs par un des plus violents diagnostics de l’ère Sarkozy. Le député PS, secrétaire national aux relations internationales, s’attaque à Nicolas Sarkozy dans son livreLe liquidateur. Il dénonce assez vigoureusement la politique du chef d’état et évoque sa stratégie pour le PS pour contrer l‘hégémonie présidentielle.

« …il n’a rien produit. Omnipotence complète, initiative nulle. Il a pris la France et ne sait rien en faire…certes il s’agite, rendons lui cette justice; il ne reste pas un moment tranquille; il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui, se remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets; ne pouvant créer, il décrète; il cherche à donner le change sur s a nullité; c’est le mouvement perpétuel; mais, hélas, cette roue tourne à vide » Cette réflexion aurait pût émaner d’un contemporain contestataire à la présidence Sarkozy, il n’en est rien. Cette analyse, nous précise l’auteur, appartient à Victor Hugo à propos de Napoléon le Petit durant le Second Empire. Le parallèle est troublant mais à ces limites: la légitimité du président est incontestable, il n’a aucune volonté impériale cependant au pouvoir depuis 1 an le sentiment d’une cacophonie gouvernementale alimentée par un mouvement perpétuel qui tourne à vide marque tout de même indéniablement le début de ce quinquennat.

D’après Pierre Moscovici l’hyperprésidentiabilisation aboutit à ce qu’il n’y a plus de gouvernement. Et l’on voit apparaître sur le devant de la scène une espèce politique nouvelle formée des conseillers à l’Élysée. Or, en République, les conseillers sont faits pour prodiguer des conseils, pas pour parler. Le Parlement est méprisé. Il y a ainsi aujourd’hui une concentration anormale et malsaine entre les mêmes mains. Pierre Moscovici dresse également un tableau noir du sarkozysme. « Libertés menacées », dialogue social interrompu, même le socialiste admet que « Nicolas Sarkozy avait une légitimité très forte », qu’« il a gagné une des plus belles élections présidentielles de la Ve République », en définitive, il « aura liquidé une forme de tradition républicaine ».Le liquidateurest d’ailleurs le titre du livre qui condamne, « sans concession et sans complaisance », la politique et l’image du président Sarkozy les observations et argumentations s’étayent au fil des pages  : personnalité du candidat ambitieux devenu président ; fonctionnement de sa garde rapprochée, méthode utilisée pour capter l’attention de l’électorat, pour siphonner les contraires, UMP laissé sans président depuis l’élection de l’irremplaçable, parlement voué à n’être qu’une chambre d’enregistrement, débauchage de personnalités de gauche…

Le raisonnement, l’argumentation sont précis et étayés en revanche on pourra peut-être trouver qu’à force de précision et de minutie dans l’argumentaire, le livre y perd un peu en hargne et en colère contre ce personnage si déroutant qu’est Nicolas Sarkozy. Mais le ton est à l’analyse mesurée, pas à la charge d’un pamphlet, ce qui n’exclut pas des appréciations plus personnelles, parfois malheureuses et contradictoires du reste quand il évoque le choix du candidat au élection présidentielle de 2007 (p.26) et y brosse un portrait peu reluisant de ses camarades socialistes tout en développant dans le dernier chapitre , les devoirs de la gauche, en y exposant que le Parti Socialiste doit jouer en rang serré et ne pas céder à la division qui avait conduit à la défaite en 2007. Cruel paradoxe qui manifeste hélas encore la même erreur qu‘en 2007: celle de la crise provoqué par la lutte pour le leadership au sein du PS qui empêche constamment la remise en cause du parti et l’élaboration de ses nouveaux projets véritablement ancrés dans l’air du temps. C’est tout ce que l’on peut souhaiter au PS pour éviter je cite Pierre Moscovici :« que tout cela termine mal ».

Si ce livre vous plait je vous conseil également deux autres ouvrages permettant de compléter ce dernier.

Storytelling

de Christian Salmon.

La stratégie du strorytelling est développée dans un des chapitres duliquidateur,cet ouvrage vous dévoilera les rouages de la communication de Nicolas Sarkozy.

Le président et moi

de Philippe Ridet

Philippe Ridet journaliste, « embedded » pour le Monde suit la droite, dont Nicolas Sarkozy depuis 1995.  

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