politique

Réalités et fictions corses

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20.04.08 | 10:00

Combat écologiste en Corse : réalité ou fiction ?

Au petit matin, sur le pont 10 du Car ferry Danielle Casanova, j’apercevais les îles Sanguinaires. J’ai alors inspiré l’air à pleines narines sans que l’odeur du maquis ne vienne réveiller mon imprégnation sensorielle des voyages d’antan. Ensuite, la côte m’est apparue un peu plus « mitée » par des constructions modernes. Heureusement, arrivé à bon port, la vieille ville était toujours là. Sur quelques vitrines de magasin, je remarquais alors la présence d’affiches annonçant une manifestation écologiste pour le lendemain à 17 heures.

J’ai d’abord profité de quelques heures sur une plage dont des parties chaque année plus étendues sont privatisées par l’étalement des matelas de paillotes aux allures et aux tarifs de restaurants de luxe. Des vaches surréalistes et leurs veaux y préservent encore un espace public. Dans la soirée et une partie de la nuit, les musiciens et les chanteurs ont occupé la ville pour un shopping nocturne organisé par les commerçants ajacciens.

Je suis passé par une Librairie pour acheter quelques friandises littéraires, parmi lesquelles j’ai choisi un polar de Jean-Louis ANDREANI « Sole di Corsica » , après avoir lu la quatrième page de couverture :

Le paysage était splendide. Le golfe baignait les étendues vierges d’un espace protégé : la Punta Pulèmica, refuge d’oiseaux de passage et d’espèces végétales rares. Convoitée depuis toujours par les promoteurs, défendue par les écologistes au prix d’une guérilla permanente, la Punta Polèmica était devenue emblématique de la lutte contre les « bétonneurs » Mais la SCI Sole di Corsica – et qui dit sci dit souvent partenaires bien mystérieux…- veut implanter justement là, dans ce paradis, un superbe complexe touristique de luxe avec golf dix-huit trous et tutti quanti. Tout est dit : Delphine Mailly, la superbe blonde qui avait déjà fait des ravages dans « La Salamandre de Vizzavona », appelée à la rescousse par ses copines écolo, va se mobiliser pour empêcher ce désastre.

Cela me rappela l’affiche d’une manifestation prévue à 17 heures et organisée par un collectif de cinquante associations appelant à manifester pour exiger : « l’application de la loi littorale pour tous, le maintien des espaces remarquables ainsi que celui des terres agricoles, la réalisation concrète du sentier du littoral et un PADDUC respectueux de l’environnement et des intérêts de l’île ».

En fin d’après-midi, un peu avant ce rassemblement, je m’installais sur un banc de pierre à l’ombre des palmiers de la place de la Mairie et je prenais le temps de commencer ma lecture. Dans les dix-huit premières pages, l’auteur met en scène l’héroïne Delphine Mailly, avocate des causes écologistes appelée par deux animatrices d’association de défense de l’environnement : Blanche, prof au lycée Fesh d’Ajaccio et Mado, employée d’une chaîne de produits bio, sœur de François, bachelier de 17 ans nouvellement inscrit à l’université de Corté. Il s’agit de préserver le site de la Punta Polèmica menacé par le projet immobilier de la SCI Sole di Corsica créée avec des capitaux pouvant provenir de la Mafia italienne. Dix-huit premières pages denses avec l’inventaire de problèmes corses très sensibles, sur lesquels les points de vue divergent comme celui du jeune François qui dit à sa sœur écologiste :

« On va rester entre nous à se regarder le nombril au bord de notre beau littoral désert, en attendant que le continent veuille bien nous donner assez de subventions pour manger ? Merci ! Moi je veux travailler et gagner des tunes. La réserve d’Indiens vous vous la gardez! »

17 Heures, la réalité s’imposait devant moi : une manifestation dénonçant «l a privatisation du littoral, la spéculation immobilière, la spoliation et la défiguration des sites », tout en rappelant que la loi sur le littoral n’est pas une loi de sanctuarisation et que l’on pouvait «concilier développement et respect de l’environnement ».

Un instant distrait, je revenais à la fiction et à son héroïne. Avant d’être avocate, elle était agent du Fisc dans un polar précédent du même auteur, « La salamandre de Vizzavona » où elle s’attaquait à un dirigeant autonomiste qu’elle devait essayer de coincer grâce à une enquête fiscale menée de façon ultra secrète qui avait tourné au dérapage incontrôlé jusqu’à ce qu’elle frôle la mort sur l’éperon rocheux de la citadelle de Corte. La «ravissante Delphine » avait fait la Une de la presse people et épousé un grand avocat fiscaliste qui la débaucha de son administration, l’embaucha comme collaboratrice puis l’épousa et qu’elle quitta rapidement pour s’installer à son compte dans son nouveau polar et y défendre les causes écologistes.

Cette «beauté blonde » est tout le contraire d’une poupée écervelée et vénale. Malgré le traumatisme de sa dernière mission en Corse, elle accepte d’y revenir pour aider deux femmes corses à sauver un bout de littoral. Blanche et Mado envisagent même de faire parler la poudre en ayant recours, comme dynamitéro, au vieux Simon, ancien militaire descendant du grand bandit d’honneur Bellasoscia ( « Belle cuisse » pour une généalogie viril et prolifique), spécialiste des explosifs sans être lié à un groupe d’autonomistes…. Notre avocate va se retrouver dans un nouveau pétrin politico-financier et devenir rapidement la cible de la Mafia mais aussi de quelques barbouseries fomentées dans les arcanes de l’Elysée. Sous des noms humoristiques et évocateurs des personnages (Paolo Nostracosa, élégant avocat italien de la Mafia, le Préfet Leprudent, Alex Compromissionni maire de Pinetello, ou encore Nicolas Vurtz, conseiller spécial à L’Elysée, notamment) ou de lieux (La Punta polémica et le village de Pinetelleo ), l’auteur utilise la caricature en forçant un peu le trait et toute ressemblance ne semble pas toujours fortuite. Un polar avec une héroïne originale, une écriture claire et efficace avec des passages d’anthologie où d’aucuns se reconnaîtrons ou penserons à quelques connaissance. Un récit qui laisse à penser!

Tout finira-t-il par des chansons? Je me suis interrogé : A la fin du roman « Sole di Corsica » , les militants écologistes corses feront-ils la fête autour d’un spuntinu ( buffet « saucisson, fromage et vin » ) en chantant « compagneru » ?…

Parfois, en Corse, on finit par mélanger la réalité et la fiction. Mais c’est cela qui fait le charme de notre île qui offre mille paysages et où chaque voyage est une aventure humaine. La Corse est aussi (et sans doute surtout) une terre de femmes à l’image de Blanche et Mado.

Je suis monté le lendemain faire un tour dans un village où des « maisons qui donnent sur la rue et cachent, côté montagne, des balcons suspendus sur des paysages grandioses » (extrait de Sole di Corsica).

Jean-Louis ANDREANI est journaliste au quotidien « Le Monde ». Il a écrit les deux polars dont nous avons parlé mais aussi d’autres ouvrages et notamment : Le problème corse - La Corse, histoire d’une insularité – Bail précaire à Matignon – Le mystère Rocard - De la Vème République…

Le troisième volet des aventures de la blonde « Plongeon à Bonifacio » est paru en juin 2007.

Présentation de l'éditeur

Delphine Mailly est de retour en Corse ! L'héroïne blonde de La Salamandre de Vizzavona et de Sole di Corsica mène une nouvelle enquête, cette fois sur une série d'incendies de forêt criminels dans le secteur des célèbres aiguilles de Bavella, en plein été bien sûr. Aidée à la fois par la chance, son intelligence et ses formes - de celles qui font tourner la tête aux hommes ! -, l'avocate va aller de surprise en surprise, comme d'habitude au péril de sa vie. Nous retrouvons les personnages emblématiques de cette série fleurant bon le maquis : deux jeunes nationalistes que seule la prison peut séparer, l'éternel soupirant de la pulpeuse détective, un représentant de l'ordre bien timide... ainsi que des nouveaux venus, telle cette gendarmette d'élite peu sensible au (x) charme (s) de l'avocate... Comme les deux précédents épisodes des aventures de Delphine, Plongeon à Bonifacio mêle humour et action dans un roman au rythme haletant, ancré dans la réalité et l'actualité corses. Sans oublier une belle balade dans quelques lieux mythiques de l'île, comme les falaises de Bonifacio ou encore le lac de Creno.

Bonifacio !… J’ai reçu un e-mail adressé par le canal d’un forum corse. Il dit :

Le tribunal administratif de Bastia a autorisé le publicitaire Jacques Séguéla à poursuivre la construction d'une résidence secondaire à Cala Longa, sur le territoire de la commune de Bonifacio (Corse-du-Sud) , dans une ordonnance rendue jeudi.

M. Séguéla avait dû suspendre la construction d'une villa de 568 m2 le 28 février à la suite d'un référé suspension instruit à l'initiative de l'Association bonifacienne comprendre et défendre l'environnement (ABCDE) qui regrettait le "mitage" d'un site vierge par cette construction.

Dans son ordonnance rendue jeudi, la présidente du tribunal, Lucienne Erstein, a motivé sa décision par "la présence d'éléments de droits nouveaux et de nouvelles explications" .

Le tribunal administratif a débouté ABCDE dans ses actions en référé concernant deux autres permis de construire délivrés à un avocat lyonnais, Xavier Delsol, pour une villa de 348m2, et à la SCI Casa di Fiori, représentée par Marc Sulitzer, cousin de l'écrivain Paul-Loup Sulitzer, pour une résidence de 2064m2.

"Nous sommes étonnés et scandalisés. Les décisions du tribunal administratif sont en contradiction avec sa configuration antérieure. Ces mêmes permis ont été annulés dans le passé et aujourd'hui ils sont jugés conformes. C'est un permis de bétonner qui a été envoyé. Tout un tas de permis de construire vont s'engouffrer dans cette brèche", a déploré auprès de l'AFP la présidente d'ABCDE, Vincente Cucchi.

"Nous envisageons de saisir la cour administrative d'appel de Marseille afin de lui demander de statuer de façon plus urgente sur la validité de ces permis de construire", a déclaré à l'AFP l'avocat d'ABCDE, Benoist Busson.

La validité de ces permis de construire devrait être déterminée par le tribunal administratif d'ici deux mois.


Un autre message m’informait du combat mené par les Ecologistes corses contre la construction d’un incinérateur…

Nous vivons un moment crucial du combat contre les incinérateurs en France. Le projet de Clermont Ferrand est prêt à passer et il faut rassembler toutes les forces pour s'y opposer. Je vous invite à signer cette pétition proposée par Cyber Acteur et à la faire circuler à tous vos contacts. Nous verrons si "notre souris a du pouvoir" ! Cordialement

Pour le Collectif contre l'incinération des déchets en Corse

Colette Castagnoli

http:/www.contreli ncinerateurcorse .org

(nous avons aussi une pétition en ligne, car il n'y a toujours pas de nouveau projet pour la Corse)


Finalement dans ce monde qui s’est mis à tout conceptualiser après Platon, la réalité dépasse-t-elle la fiction et l’illusion est-elle une réalité ? C’est vrai que dans le polar, tout n’est pas que littérature.

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Journaux : Isula néra, Au sud de la Noire, léon


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