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Les idées politiques sous la Révolution française (2/8)
© Colin - 04.05.08 | 16:03
I – 1789, la phase libérale
a) L'affirmation des Droits de l'Homme
L'un des premiers actes de la Révolution, et celui qui en est aujourd'hui l'un des principaux symboles, est la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. L'idée n'est pas tout à fait nouvelle et la France n'est pas la première à se doter d'une déclaration de la sorte. On y retrouve certains éléments présents dans la Déclaration d'Indépendance américaine ou dans les constitutions de certains Etats américains (notamment la Déclaration des Droits de Virginie de juin 1776). Mais la Déclaration de 1789 se démarque de tous ces textes par son universalisme : « le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme » . Cette idée d'un ordre politique fondé sur des droits naturels découle directement des idées des Lumières. Locke estime ainsi que la vocation du pouvoir est de garantir les droits naturels. La Déclaration liste ces droits imprescriptibles : « la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression » .
De la liberté, elle donne une définition négative, « la liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » . De ce point de vue, être libre c'est être débarrassé des contraintes qui empêchent d'agir. L'affirmation de la liberté par la Déclaration se fait en opposition à l'Ancien Régime et ses abus. Dans cette logique, l'Assemblée s'attelle ensuite à détruire les institutions qui faisaient obstacle à l'indépendance individuelle : privilèges, ordres religieux, corporations. La formule de la liberté qui s'impose est donc celle de l'indépendance individuelle, chère à de nombreux philosophes tels Locke et Montesquieu. Ce n'est pas celle de Rousseau, qui soutient qu'il n'y a de liberté que dans la soumission volontaire à la volonté générale, c'est-à-dire que la liberté s'obtient par la participation active à la vie publique. Cependant la réalité doit apporter quelques aménagements à cette définition de la liberté : en réglementant la presse ou en condamnant les émigrés au nom de l'ordre public ne créé-t-on pas des obstacles nouveau à la liberté ? L'ordre public impose un accroc au principe de la liberté.
En 1789, la liberté est inséparable de la propriété. C'est elle qui garantit la liberté : la propriété permet l'indépendance matérielle et donc la liberté. C'est un des arguments qui justifient le suffrage censitaire. La Déclaration précise que « la propriété est un droit inviolable et sacré » . Cette consécration est dans fil des philosophies du XVIIIe siècle. La propriété est au cœur du système des physiocrates, elle existe déjà dans l'état de nature chez Locke qui la considère comme un droit naturel et pas une institution. Ce principe aussi est mis quelque peu à mal par les faits : on confisque les biens des émigrés. Encore une fois au nom de l'ordre public.
L'article 1 de la déclaration affirme que les hommes « naissent et demeurent libres et égaux en droit » . Mais l'égalité n'apparaît pas comme un droit naturel. Pour Sieyès, elle est cependant indispensable à la liberté : « une société dans laquelle un homme serait plus ou moins libre, serait à coup sûr fort mal ordonnée, elle cesserait d'être libre » . Mais quelle égalité ? L'idée d'une égalité méritocratique, proportionnelle aux services rendus à la communauté, semblait la plus présente dans les philosophies du XVIIIe siècle. Et si elle doit entraîner de nouvelles inégalités, celles-ci seront supportables. Que les premières places soient attribuées aux hommes éclairés semble préférable à Voltaire. Face à cette égalité méritocratique, certains comme l'abbé Mably pensent qu'il faut faire une plus large place aux besoins. Les besoins sont aussi impérieux chez les moins méritants. C'est une égalité matérielle qui se profile ainsi. Mais l'égalité de la Constituante est avant tout politique. Il s'agit que chacun soit le même face à la loi, qu'il y soit soumis de la même manière et qu'il y participe. Les mesures prises au nom de l'égalité se fondent plus sur l'égalité méritocratique : quand en juin 1790, les députés abolissent la noblesse héréditaire, Lameth affirme que les hommes ne peuvent tirer de dignité que par leurs « fonctions » et leurs « actions » . Toutefois, même l'égalité politique est limitée, le suffrage est censitaire et les représentants sont plus puissants que les représentés.
C'est l'individu que consacrent les droits de l'homme de 1789. Liberté, propriété, égalité, ces valeurs sont toutes articulées dans le sens de la protection des individus contre la puissance collective de l'Etat. C'est en ça que 1789 est héritière des philosophes libéraux du siècle précédent, de Locke à Montesquieu, plus que de Rousseau qui soumet chacun à la volonté générale à laquelle il participe.
