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Flagrances Divines

© Christophe - accéder à la source - infos
12.08.08 | 05:26


Je reprends en intégralité un excellent article sur l'encens Taiwanais paru dans Taiwan Aujourd'hui... une belle légende et quelques repères historiques et religieux, bonne lecture.

Elément central du culte populaire, l'encens qui est brûlé ici dans les temples et sur les autels des ancêtres est souvent fabriqué à Taiwan. Un artisan a décidé de lui dédier un musée.
Avec ses quelque 70 temples, Hsinkang, dans le district de Miaoli, est connu des Taiwanais comme un des centres de la religion populaire. L'un des édifices les plus impressionnants qui s'y élèvent est le temple Fengtien, principalement dédié à Matsu, la déesse de la Mer. Fondé au début du XIXe s., celui-ci est en quelque sorte le symbole de cette petite ville de 35000 habitants, où il attire les fidèles par milliers. Depuis le début de l'année dernière, ceux-ci ont une raison de plus de placer Hsinkang sur leur itinéraire: la présence du Centre artistique de l'encens, un site intégrant un musée, un atelier de production, une maison d'hôtes et un restaurant.
«Hsinkang est un endroit béni des dieux où fabricants et vendeurs d'encens et de monnaie votive font fortune », dit Chen Wen-chung, qui est né ici et a fondé le centre dans lequel est expliqué l'histoire de la nouvelle attraction touristique de la ville.
Chen Wen-chung, la quarantaine sportive, a commencé il y a une vingtaine d’années, après son service dans la marine, comme apprenti chez un artisan qui fabriquait ces spirales d’encens qu’on suspend dans les temples. Après trois mois d’apprentissage, il a monté son propre atelier puis a ouvert plusieurs échoppes à Hsinkang. « C’est un secteur d’activité qui avait atteint son apogée avant que j’y entre, explique-t-il. A l’époque, les Taiwanais étaient fous de jeux de hasard et passaient beaucoup de temps au temple pour y demander une aide divine. »
Mais comme bien d’autres industries traditionnelles à Taiwan, celle de la fabrication des bâtons d’encens s’est mise à décliner. La folie des loteries s’est calmée, et les Taiwanais ont aussi perdu un peu de leur ferveur religieuse. Du coup, les temples ont vu leur fréquentation diminuer. L’importation d’encens à bas prix venant de Chine, à partir du début des années 90, a joué contre les fabriquants. « La production locale diminuant, mes revenus sont devenus moins stables, dit Tu Chi-chia qui travaille plus ou moins régulièrement dans le secteur depuis 27 ans. Beaucoup de mes collègues ont préféré se reconvertir, malgré l’expérience qu’ils avaient accumulée. » Lui-même travaille maintenant dans le centre où il fait des démonstrations pour les visiteurs.

La décision de Chen Wen-chung de combiner artisanat et tourisme lui a permis de prendre un nouveau départ. Le complexe qu’il a fondé, qui occupe une superficie totale de 10 000 m2, intègre une maison d’hôtes et un jardin où les visiteurs peuvent découvrir certaines des plantes qui entrent dans la fabrication de l’encens. Les chambres ont été décorées sur le même thème, et chacune a une personnalité distincte, renforcée par une des fragrances naturelles utilisées dans cette industrie, comme le bois de santal ou le fenouil.
Le centre lui-même est éclairé par des « chandeliers » dont les pendeloques sont en réalité des bâtons d’encens – un design qui a été primé l’année dernière au niveau national.
Mais le cœur du site est le musée consacré à l’encens et son histoire, qui est l’un des 200 lieux culturels subventionnés par le ministère de la Culture à travers Taiwan pour promouvoir les identités régionales. On y explique les origines bouddhiques de l'utilisation de l'encens. Lorsque Bouddha prêchait il y a environ 2500 ans, raconte la légende, ses disciples suaient sous le soleil tropical du continent indien. Craignant d'incommoder le saint homme, ils eurent l'idée de brûler quelques morceaux de bois parfumé pour masquer leurs odeurs corporelles, mais aussi pour ne pas sombrer dans la torpeur induite par les fortes températures et garder l'esprit alerte. Avec le temps, les disciples auraient pris l'habitude de montrer leur respect pour le sage en brûlant de l'encens.
Arrivé plus récemment en Chine, l'encens y a connu une grande popularité. «En regardant dans le détail Une ville de Cathay, on peut y découvrir des échoppes qui vendent de l'encens», dit Chen Wen-chung en parlant d'une célèbre peinture réalisée en 1736 par des artistes de la cour des Qing (1644-1911) et qui est conservée au musée national du Palais, à Taipei.
Coexistence
L’encens est couramment utilisé dans les rites du bouddhisme et du taoïsme, deux systèmes de croyances qui, à Taiwan, coexistent souvent au sein des mêmes temples. Si le premier trouve ses origines en Inde, le second est né en Chine et s’est construit autour de divinités populaires telles que Matsu, très révérée en particulier le long de la côte sud-est de la Chine et dans les communautés chinoises du Sud-Est asiatique. A Taiwan, plus de 400 temples lui sont consacrés, dont les temples Fengtien, de Hsinkang et Chaotien, de Peikang, dans le district de Yunlin, tous deux à 10 mn en voiture du centre de Chen Wenchung.
En général, note-t-il, les bouddhistes préfèrent un encens de meilleure qualité qu’ils utilisent avec parcimonie. Certains temples bouddhiques découragent d’ailleurs son emploi aujourd’hui, alors que dans le culte taoïste, on continue de prier en tenant devant soi trois bâtons d’encens fumant qui représentent le respect pour l’Homme, la Terre et le Ciel. Après les dévotions, le premier bâton est placé au centre de l’encensoir, sur l’autel central. Le fidèle se prosterne ensuite devant les effigies divines placées sur sa droite, puis sur sa gauche, avant de planter le second et le troisième bâton.
Une autre légende, appartenant celle-là à la mythologie chinoise, raconte comment une jeune fille, voyant que son père malade était trop faible pour avaler les potions à base de plantes qu’elle lui préparait, eut l’idée de les brûler pour lui en faire inhaler la fumée. Il fut miraculeusement guéri, et la jeune fille, divinisée, est aujourd’hui révérée par les fabricants d’encens sous le nom de déesse des Neuf Ciels.
Plusieurs des ingrédients de l’encens sont effectivement utilisés dans la médecine chinoise, dit Chen Wen-chung qui cite la noix de cajou, la cannelle ou encore les clous de girofle. Ces plantes sont réduites en poudre et mélangées à du calambac ou à du bois de santal, deux essences ayant également des propriétés médicinales. De tous les composants de l’encens, le calambac est le plus précieux, suivi du bois de santal. Ces deux essences n’étant pas cultivées à Taiwan, elles sont généralement importées de la péninsule indochinoise pour la première, de l’Inde, de l’Indonésie ou de l’Australie pour la seconde.
Pour fabriquer les bâtons d’encens, on commence par rouler de fines baguettes de bambou humides dans de la poudre d’écorce de nanmu, un arbre fréquemment utilisé dans la sculpture religieuse. La préparation odoriférante adhèrera mieux à cette première couche. Les produits de l’atelier de Chen Wen-chung sont en général vendus aux alentours de 400 dollars taiwanais le kilo, mais l’encens de qualité supérieure peut atteindre 80 fois ce prix.

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