politique
On croit avoir tout vu
© Caccomo - source - infos
09.01.08 | 15:13
J’ai fait passer mardi matin quelques oraux pour des étudiants de licence 3 (Bac + 3) dont j’aurai la décence de taire les noms. Après une série de déceptions, alors que je barrais les noms des incontournables étudiants inscrits qui ne se présentent jamais aux examens, je découvre le visage d’une étudiante que je n’avais jamais vu en cours. Comme je lui fais la réflexion, elle m’explique qu’elle est salariée, qu’elle vient de Paris et que ses horaires ne lui permettaient pas d’assister à mes cours. Soit ! Etant inscrite comme une étudiante comme les autres, je lui demande de se plier au même rituel que les autres, et de composer à partir du sujet.
Cela partait très bien lorsqu’elle m’annonça, avec éclat et non sans une certaine classe, qu’elle allait traiter le sujet (qui était une question très précise longuement abordée dans mes cours) en trois parties. Et puis, son discours dégénéra immédiatement en hors-sujet pompeux, en bla-bla savant sans rapport aucun avec la question initiale. Manifestement, elle ne connaissait pas le cours.
N’en pouvant plus, je lui demande d’arrêter de se fourvoyer et de se recentrer sur la question initiale. A ce moment, elle s’emporte en m’expliquant qu’elle venait de Paris, qu’elle était inscrite à Paris XIII, qu’elle avait donc largement le niveau (sic !) mais qu’elle n’avait pas pu récupérer le cours. D’ailleurs, elle ne connaissait pas le programme. Pour conclure, elle me demande de décliner…mon identité !! Je suis resté quelques secondes sans voix, comme désarmé devant tant de candeur. Moi qui croyais avoir tout vu. Mais ce qui fait la beauté de mon métier, c’est qu’il me réserve tant de surprise.
Je lui demandais poliment de quitter la salle en tentant malgré tout de lui prodiguer quelques conseils, de professeur à étudiante. Mais elle ne me laissait pas terminer la moindre phrase. J’avais devant moi une étudiante qui ne vient pas en cours, qui se présente à l’examen sans avoir pris connaissance du programme, qui de surcroit ne connait même pas le nom de son professeur, et la voilà qui trouve le moyen de s’emporter quand je tente de lui expliquer que son attitude est pour le moins surprenante. C’est pourtant bien moi qui perdais mon temps…et qui avait plus d’une raison de me mettre en colère. (A vrai dire, j’étais intérieurement furieux étant donné le temps que j’avais passé à tenter de formuler des sujets dignes d’intérêt).
Les étudiants sérieux ne posent jamais de problème. On ne les entend jamais, ils se plaignent peu et ont toujours d’excellentes notes. Les autres devraient être normalement éliminés. Mais voilà, la sélection est interdite à l’université. Pourtant, je commence à en avoir marre de ces « étudiants qui n’étudient jamais », flânant toute la journée sur le campus ou à la cafétéria, trop souvent imbus et prétentieux, sûrs d’être surdoués et déjà pétris de certitudes au point qu’ils ne ressentent jamais le besoin de lire aucun livre, qui ne supportent aucune critique et ne tiennent compte d’aucun conseil. S’ils savent déjà tout, qu’ils aillent travailler et cessent d’encombrer les bancs de nos universités.
Quand je pense à tous les boulots que j’ai dû faire le soir dans les restaurants ou chaque été à l’usine ou dans les distilleries de lavande de Provence, pour me payer mes trop longues études, pour acheter mes livres et mes journaux, pour acquérir le premier microordinateur (le premier Macintosh SE à l’époque m’a coûté deux années de crédit). Mais les études m’ont permis d’accéder à un monde qui me paraissait tellement inaccessible d’où je venais. C’est pourtant le prix à payer si l’on veut évoluer. J’assistai à tous mes cours ; je prenais scrupuleusement des notes ; je passais mes examens en ne me donnant aucune seconde chance : je devais réussir (je n’avais pas envie de refaire un été à l’usine pour rien). Jamais je n’ai manqué de respect à mes professeurs même si, souvent, je n’étais pas toujours en accord avec leur méthode ou avec leurs idées. C’était il y a 20 ans. Est-ce si loin de nous ? Les mentalités ont-elles à ce point changé ?
Qu’on le veuille ou non, c’est un manque de respect de se présenter à un examen que l’on ne se donne même pas la peine de préparer ; c’est aussi un manque de respect de ne pas se présenter aux examens alors que l’on prétend être un étudiant en s’inscrivant à l’université. Et le respect est aussi une marque d’intelligence, d’élégance de l’esprit.
Tags : politique
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