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La gifle
© Caccomo - 01.02.08 | 15:32
Il est un âge à partir duquel certains souvenirs que l’on croyait définitivement perdus refont surface en écho à une actualité par certains côtés aussi lamentable que désespérante. Je me souviens avoir pris la gifle de ma vie, dans tous les sens du terme il faut bien l’avouer. J’étais un tout jeune collégien et la scène se passait durant un cours de mathématique dans lequel j’avais plutôt tendance à m’ennuyer alors qu’un ancien militaire à la retraite devenu enseignant s’échinait à nous expliquer les bijections à l’aide de patates et de flèches. Je confesse avoir fait souffrir cet enseignant dont la pédagogie cependant n’était pas des plus alléchantes.Ce jour là, j’écrivais des notes de musique sur mon cahier, ne prêtant plus attention à mon professeur qui avait interrompu le cours pour me regarder. Tout le monde avait les yeux fixés sur moi alors que je m’étais perdu dans mon monde, rêvant du concert que j’étais en train de composer en jetant sur le papier une ébauche de partition bien enfantine.
Le professeur s’est approché de moi et il m’a appelé. Au moment où je redressai ma tête, j’ai juste eu le temps de voir arriver sa main énorme dans ma face pour prendre une gifle retentissante, imprimant une trace persistance sur ma joue endolorie. Puis il a demandé à voir mon cahier ; il m’a regardé fixement dans les yeux pour me dire : « vous devriez écouter ce cours, il y a des mathématiques dans la musique ! ».
Plus tard, bien plus tard, je me suis identifié au personnage du petit garçon mis en scène par Alan Parker dans le film musical « The Wall » du groupe Pink-Floyd, et qui se fait taper sur les doigts à l’aide d’une règle par son professeur parce qu’il écrivait des poèmes au lieu de suivre ses cours.
Pourtant, à aucun moment, je n’aurai insulté mon professeur. On tremblait déjà quand on voyait certains surveillants…Aucun élève n’aurait osé. Avec le recul, je me suis aperçu que j’avais pris goût aux mathématiques, découvrant Pythagore dans mes premières gammes majeures. C’était bouleversant. Aujourd’hui, je sais que l’on peut traquer les mathématiques partout, derrière le mouvement des planètes comme derrière les fluctuations boursières. J’ai même appris que ce professeur avait pris ma défense lorsque le conseiller d’orientation avait émis un avis défavorable à mon entrée dans le lycée…
Tout cela pour rebondir sur l’actualité de cette gifle qui a valu à un professeur d’être mis aux arrêts, tout cela parce que le collégien était fils d’un gendarme. Dans l’exercice de ses fonctions, j’imagine que le gendarme n’aimerait pas être traité de « connard » par un chauffard excédé d’être flashé à longueur de kilomètres. Il n’est pas sérieux de mélanger sa fonction professionnelle et son statut de parent. Un enfant attend de son père qu’il soit père et non gendarme. Un parent gendarme n’a pas plus de droit que les autres. Le problème aujourd’hui, c’est que les parents portent plainte lorsque leur enfant redouble ou lorsqu’il est puni par le maître. Et l’on voudrait ensuite donner le pouvoir aux élèves de noter les professeurs ? Mais ces derniers seront terrorisés par les élèves, soumis à leurs caprices dans la peur d’être mal notés.
On comprend pourquoi alors certains étudiants ne supportent plus l’idée de sélection dans les études supérieures, d’obligation de résultats ou de discipline dans l’effort, de modestie dans l’excellence et de souffrance dans la compétition.
Il ne faudrait pas que la justice cautionne de telles dérives. Pourquoi ne pas mettre en place un numéro vert pour inciter les enfants à dénoncer les parents aux méthodes éducatives jugées par eux trop sévères ? La délation est le sport préféré des français pour la plus grande efficacité des services fiscaux. N’y voyez pas un vice, ils sont dans leur rôle de bons citoyens, traquant chaque jour les inacceptables inégalités que le gouvernement ne saurait tolérer. Solidarité ou jalousie ? Donnez moi une gifle si me je trompe…


