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politique

Les grâces royales du bon Mohammed VI

© Bakchich - source Bakchich - infos
25.03.08 | 22:27

Pour désengorger les prisons peu accueillantes de son Royaume enchanté du Maroc, le roi Mohammed VI n’a pas le choix : il doit gracier à tour de bras. Ainsi, lors de la toute récente fête du Mouloud qui commémore la naissance du Prophète, 566 prisonniers ont recouvré la liberté ou bénéficié de remises de peine. Parmi eux, deux hommes dont les procès avaient amplement été médiatisés en raison de leur iniquité ou d’une enquête de police bâclée.

Le premier est un Français du nom de Christophe Curutchet. Ce directeur d’une société de transport international avait été condamné en 2007 en première instance à dix ans de prison pour trafic de drogue après que la police marocaine ait trouvé 1,4 tonne de résine de cannabis dans un camion de son entreprise en partance pour la France. Alors que l’enquête policière n’avait pas permis d’établir la culpabilité du Français, ce dernier avait quand même pris huit ans en appel et avait enduré une grève de la faim de 25 jours pour protester.

Autre bienheureux à être extirpé des geôles marocaines ces jours-ci : le jeune ingénieur Fouad Mourtada qui, après avoir été passablement maltraité par les services de sécurité, avait été condamné à trois ans de prison en février dernier. Sa faute ? Avoir créé un faux profil au nom du frère de Mohammed VI, le prince Moulay Rachid, sur Facebook, l’un des réseaux sociaux du web. Sa punition infligée par la justice marocaine avait soulevé un tollé dans le monde entier, faisant l’objet de nombreux articles de soutien sur Internet qui avaient terni l’image du Maroc.

Des condamnés pour « terrorisme » graciés

Si, à chaque fête les grâces royales permettent à plus d’un millier d’individus de recouvrer la liberté ou de profiter de réduction de peines, cette tradition, particulièrement vivace sous le règne de Mohammed VI, pose clairement la question de l’efficacité de la justice marocaine. Comme le dénonce d’une année sur l’autre les ONG internationales de défense des droits de l’homme, celle-ci est réputée pour son manque d’indépendance vis-à-vis du Palais, autant que pour son incompétence.

Un seul exemple : lors de la fête du Mouloud de 2006, une trentaine d’islamistes condamnés à de lourdes peine pour « terrorisme » après les attentats de Casablanca de 2003 avaient été grâciés. De deux choses l’une : où le Maroc marche la tête à l’envers et libère de dangereux individus, ou sa justice nage dans ses propres erreurs

Pourtant, Mohammed VI continue de préférer multiplier les grâces royales plutôt que de réformer son institution judiciaire. Il faut dire que cela est bien pratique pour le pouvoir exécutif qui peut ainsi continuer d’intervenir en toute impunité dans des affaires politiques ou médiatiques qui se terminent au tribunal.

Dernier exemple en date : le directeur du quotidien conservateur Al Massae a été condamné le 25 mars 2008 à verser la somme record de 6 millions de dirhams (545 000 euros) de « dommages et intérêts » à quatre procureurs. Ces derniers avaient porté plainte pour diffamation dans la fameuse affaire du « mariage homosexuel » du village de Ksar El Kébir. Sans parler d’une amende de 120 000 dirhams infligée au directeur d’Al Massae. Il faut dire que son quotidien — le plus vendu au Royaume enchanté et qui avait très vite présenté ses excuses — avait cité le nom d’un des procureurs comme ayant participé à cette fête privée présentée par certains médias comme un « mariage gay » .

Cette regrettable affaire de presse fait suite à celle, différente et exclusivement politique, du Journal Hebdomadaire, en 2006. Son directeur, Aboubakr Jamaï, ainsi qu’un journaliste, avaient été condamnés à verser trois millions de dirhams au patron d’un obscur centre de recherches belge appelé ESISC pour avoir mis en doute un rapport sur le Sahara occidental. Une stratégie à double tranchant pour Mohammed VI : au Royaume enchanté du Maroc, la justice se rend au nom de « Sa Majesté » et multiplier les grâces ne suffit plus à passer pour un « bon » roi.

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