C'est quoi coZop ? Blog

S'enregistrer | Se connecter

445735 articles, 6063 sources, 109 journaux

   politique

Quindi... Statu Quo Ante Bellum* en Abkhazie?

© Arnaud Hoyois - source - infos
17.05.08 | 19:51

516pxcaucasusethnic_frsvg Après quelques semaines de tensions exacerbées, provoquées par la destruction de drones militaires géorgiens survolant la république rebelle d'Abkhazie; suivies d'un déploiement supplémentaire de troupes russes sur ce territoire allié, avec une escalade de la rhétorique guerrière de la part de Vladimir Poutine et du nouveau président, Dmitri Medvedev; une désescalade diplomatique a commencé cette dernière semaine, initiée par les géorgiens; qui vient d'être stoppée nette par les accusations russes de livraisons d'armes par les pays de l'OTAN et alliés à la Géorgie; de possible installation d'une base russe en Abkhazie; puis d'espionnage et de recrutement de rebelles, à l'initiative d'un tchétchène, appuyé par les services secrets géorgiens, pour déstabiliser les régions caucasiennes russes ou les enclaves russes en Géorgie, notamment l'Ossétie du Sud. La toile de fond de ces jeux de guerre: la possible adhésion de la Géorgie à l'OTAN, l'assise du pouvoir du nouveau président russe, l'assise du pouvoir du président géorgien récemment réélu. Compliqué? Bienvenus dans le Caucase, une des principales failles géopolitiques mondiales, pouvant causer la déstabilisation de gouvernements situés à des milliers de kilomètres (au même titre que les Balkans Occidentaux, le Proche et le Moyen Orient, le Cachemire, le Détroit de Taïwan, etc.), une poudrière entretenue par toutes les grande puissances internationales et régionales dont la Russie (principale puissance du Caucase), les Etats-Unis (avec un agenda de démocratisation, croissance économique, et entrée des Etats sud-caucasiens dans les structures euro-méditerranéennes - répondant ainsi aux lobbys caucasiens à Washington), l'UE (surtout la Bulgarie et la République Tchèque, qui entretiennent des liens particuliers avec les pays de la Mer Noire), l'Iran (veillant sur les populations musulmanes de la région, les corridors énergétiques parallèles, et l'équilibre instable existant entre les forces belligérantes), la Turquie (pays frontalier de l'Arménie et la Géorgie, et deuxième puissance de la Mer Noire), l'Ukraine (deuxième puissance de la CEI), et Israël (principal fournisseur d'armes en Géorgie), où les organisations jouant un rôle pacificateur, l'OSCE et le Conseil de l'Europe, ont une voix très secondaire. L'organisation peu connue, qui entretient le glissement progressif du Caucase du sud vers l'orbite euro-atlantique, en l'éloignant du giron russe, est l'Organisation pour la Démocratie et le Développement Economique (GUAM), qui bénéficie du soutien des Etats-Unis; et dans une moindre mesure, la politique de voisinage de l'UE.

Les derniers mouvements politiques et militaires en Abkhazie reflètent les oscillations récurrentes dans les niveaux de tension des républiques ex-soviétiques du Caucase depuis la chute de l'URSS en 1991. Il s'agit notamment du développement des crises de Tchétchénie / Itchkérie (1992-2000), suivi de la prise d'indépendance de l'Ingouchie (indépendante de la Tchétchénie depuis 1992, bien que toutes les deux soit restées, en fin de compte dans le giron russe) servant de précédent dangereux dans la région; les crises d'Ossétie du Sud (1991, 1994, 2004, 2006); avec l'effet boule de neige des réfugiés ossètes en Ossétie du Nord / Alanie et des réfugiés ingouches dans le District de Prigorodny (Ossétie du Nord) et en Ingouchie, toutes deux en Russie; les crises du Haut Karabakh (1988-1994), et Nakhitchevan (1990) en Azerbaïdjan (voir billet); et enfin la crise en Adjarie (2004), qui avait brièvement pris son indépendance de la Géorgie, avant de revenir dans le giron de l'Etat géorgien, mais sans obtenir une reconnaissance régionale significative (ce qui n'a pas permis de créer un précédent favorable à la réintégration de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud dans le giron de l'Etat géorgien).

Le rôle du GUAM, regroupant la Géorgie, l'Ukraine, l'Azerbaïdjan, et la Moldavie, (l'Ouzbékistan fut membre entre 1999 et 2001) a été de permettre aux quatre Etats membres de la CEI de se regrouper et peser plus diplomatiquement face à la Russie, mais aussi de préparer leur transition politique et économique au sein d'un groupement similaire à ceux crées en Europe de l'Est à la suite de la chute de l'URSS (Groupe de Visegrad, Groupe de Vilnius), permettant une négociation groupée avec les organisation régionales, dont l'OTAN, l'UE, et la BERD. Le succès des mesures économiques mises en place à travers ce forum régional, qui bénéficie d'un appui logistique des Etats-Unis, aura permis l'intégration de ces pays dans les processus d'adhésion à l'OTAN (Ukraine, Géorgie) et à l'UE, en démarrant par une politique de voisinage plus active pouvant mener, à terme, à des accords de stabilisation et d'association(ASA). Créé en tant que groupe informel en 1997, le GUAM devient une organisation internationale en 2002. Il aura permis aux pays membres de tisser des liens politiques, diplomatiques, et économiques plus forts face aux pressions russes, notamment en matière commerciale (embargos géorgien et moldave) et énergétique (embargo ukrainien), envisageant la construction d'oléoducs / gazoducs contournant la Russie et des appuis diplomatiques réciproques pour gérer les conflits gelés en Transnistrie, Haut Karabakh, Ossétie du Sud, et Abkhazie.

Abkhazie_nb_2 Le conflit Abkhaze, vieux de 15 ans (1992-1993), initié par la volonté séparatiste du territoire, laissant une situation où le territoire est de facto indépendant et de jure dépendant de la Géorgie, n'a pas réellement évolué malgré la médiation russe, au nom de la CEI - CISKPF, en un premier temps, relayée par une médiation de l'ONU - MONUG (avec l'envoi récent de policiers sous mandat international) dont le seul succès est la rareté, jusqu'en 2006 des violations du cessez-le-feu (instauré en 1994 "Accord de Moscou", la guerre a repris brièvement en 1998 et en 2001). Toutefois, une brève amélioration avait eu lieu à partir de la fin 2005 avec le retour de 45 000 réfugiés en Abkhazie (sur les 250 000 réfugiés qu'a provoqué ce conflit, représentant la moitié de la population ethniquement géorgienne en Abkhazie; la population du territoire actuelle étant estimée à 200 000 habitants), la gestion commune de la centrale hydroélectrique d'Ingouri, le rétablissement prévu des liaisons ferroviaires entre la province abkhaze et le reste du pays, l'accord signé entre la Russie et Géorgie permettant aux troupes russes de traverser la Géorgie pour atteindre leur base en Arménie (à Gyumri), et la présentation de deux plans de paix (une "feuille de route" géorgienne et un document baptisé "clés pour l'avenir" des abkhazes). Celle-ci pris fin à la mi-2006 avec une incursion des forces spéciales géorgiennes en territoire abkhaze (vallée de Kodori), suivi du gel des relations entre géorgiens et abkhazes; puis l'a détention de quatre espions russes en Géorgie (remis à l'OSCE), suivi d'un embargo russe sur les importations de produits géorgiens (agricoles), la fermeture des liaisons entre les deux pays et l'expulsion de plus de 1000 géorgiens du territoire ruse. Depuis, la recherche d'une solution pacifique afin d'attribuer un statut final au territoire abkhaze, reconnu par la communauté internationale, a très peu avancé; la Géorgie a demandé le changement du format des négociations de paix et des forces russes de maintien de la paix, avec un retrait progressif des forces russes en Abkhazie. Ainsi, la situation militaire et diplomatique entre les deux voisins, géorgien et russe, se détériore progressivement: la Géorgie devenant de plus en plus frustrée de ne pas réintégrer ce morceau de territoire, sans lequel elle n'arrive pas à renforcer l'Etat central (phénomène visible lors de chaque élection géorgienne); l'Abkhazie devenant de plus en plus dépendante de la Russie (les abkhazes bénéficiant de passeports russes pour leurs contacts extérieurs; le principal investisseur extérieur est la BERD).

Le refus annoncé de l'OTAN de valider les objectifs américains d'une entrée de la Géorgie et de l'Ukraine à court terme dans l'organisation, en accord avec la volonté russe de ne pas multiplier ses frontières avec des Etats membres de l'organisation, avaient permis le début d'une phase de normalisation dans les relations russo-géorgiennes et russo-ukrainiennes. Il s'agissait de rétablir les liaisons aériennes, terrestres, et maritimes entre la Géorgie et la Russie (ainsi que les distributions régulières de gaz en Ukraine), dès mars 2008 (c'est à dire quelque semaines avant le sommet de l'OTAN de Bucarest - voir billet), afin de démontrer la viabilité économique de ces pays, même sans assistance économique euro-atlantique; puis de rétablir en avril 2008 les liaisons postales, et éliminer progressivement les limitations aux exportations géorgiennes sur le marché russe, et à l'attribution de visas aux géorgiens souhaitant séjourner en Russie. Les géorgiens avaient aussi lancé un processus de réintégration des deux territoires séparatistes initié par le Président Saakachvili, qui comprenait une représentation spécifique dans les branches législative et exécutive (dont la vice-présidence pour l'Abkhazie) et un droit de véto sur tout changement de statut des territoires; ces propositions ont été refusées par les représentants des deux territoires en avril 2008. Cependant, en parallèle des propositions de rétablissement des relations diplomatiques et économiques, la Russie renforçait ses relations avec les deux territoires séparatistes géorgiens, et sa présence en Abkhazie, avec l'envoi de nouvelles forces venant rejoindre les 3000 soldats de la force d'interposition mise en place en 1994, une reconnaissance supplémentaire de facto de ces territoires comme entités indépendantes de la Géorgie (ils ne sont reconnus par aucun pays), provoquant l'ire des géorgiens qui craignent une politique à deux vitesses, celle d'une normalisation des relations avec la Géorgie et d'une reconnaissance progressive de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud en vue de leur intégration à la Russie; développement condamné avec virulence par les Etats-Unis, l'UE, et l'OTAN, dont le Secrétaire Général, Jaap de Hoop, demandait à la Russie de "revenir en arrière" sur sa décision de revoir sa relation avec les deux territoires séparatistes et réitérait le soutien de l'OTAN à l'intégrité territoriale géorgienne; depuis, il semblerait que la Géorgie ait accéléré ses acquisitions d'armes conventionnelles en provenance de la Turquie et d'Israël, pays fournisseur des drones militaires géorgiens abattus par les MIG russes).

Les diplomaties de pays de l'UE pouvant servir de médiateurs se sont affairées sur ce dossier dont la France, la Pologne, la Suède et la Lituanie (les quatre derniers ayant dépêché leurs Ministres des Affaires Etrangères dans la zone). Le Ministre de la Réintégration géorgien, Temour Iakobachvili, dans le cadre de sa politique de communication sur la crise (à prendre avec des pincettes) avait félicité la médiation du Ministre des Affaires Etrangères français, Bernard Kouchner, ayant permis la pacification du conflit lors de ses conversations avec son homologue russe, Sergueï Lavrov. Cependant, cette intervention fortement médiatisée par les géorgiens a été critiquée par certains analystes qui la décrivent comme une opération de communication des géorgiens, cherchant à récupérer une partie de l'attention médiatique mondiale, plutôt qu'une intervention réellement décisive de la part du ministre français. Le Président ukrainien, Viktor Iouchtchenko, a proposé la participation de son pays à toute future force de maintien de la paix dans les deux territoires rebelles géorgiens (rendue plus simple dans le cadre de l'Accord de Moscou en 1994 donnant un mandat aux Etats membres de la CEI, dont l'Ukraine, au sein de la force CISPKF, et par les contacts réguliers entre la Géorgie et l'Ukraine au sein du GUAM, ainsi que leurs contacts militaires informels au sein de l'OTAN); ce qui conforte partiellement la thèse de la composition d'une nouvelle force d'interposition dans le cadre de négociations à venir sur le statut des deux territoires.

Guam_summit_2006Quindi... Les stratégies à court terme des différents acteurs de la région ne sont pas toujours lisibles, cependant les intentions à moyen / long terme sont connues. A court terme, la fin du cycle électoral géorgien avec les élections législatives du 21 mai 2008 devraient finaliser les provocations rhétoriques récurrentes pour causes électorales démarrées lors de la campagne présidentielle en janvier 2008 (voir billet). Sur la stratégie globale, il semblerait que la Russie ait cru, après le sommet de l'OTAN qui n'avait pas entériné la position américaine d'une intégration rapide de la Géorgie et de l'Ukraine dans l'organisation, qu'il était temps de chercher un règlement à la crise géorgienne. Ce règlement serait hypothétiquement passé par la normalisation des relations avec la Géorgie (territoire géré actuellement par le gouvernement) en échange d'un statut particulier octroyé à l'Abkhazie et à l'Ossétie du Sud, préalable à une future association / annexion de ces territoire par la Russie, et d'une intégration à terme de la Géorgie dans l'OTAN. Le précédent devant servir dans ce cas particulier étant celui récemment entériné au Kosovo (voir billet). Ces mouvements auraient permis une victoire diplomatique russe dans le Caucase, nécessaire pour le président sortant après les guerres dévastatrices de Tchétchénie dans les années 90, et libératrice pour le nouveau président dans le cadre d'un Caucase pacifié, qui aurait ainsi permis une normalisation des relations entre la Russie et l'OTAN dans le Caucase Sud. Ce scénario ne s'étant pas accompli, il existe plusieurs options à considérer. Soit les géorgiens et/ou les russes souhaitent une guerre, et le meilleur moyen serait pour les géorgiens de détruire les avions de chasse russes survolant l'Abkhazie régulièrement, comme ils semblent menacer de le faire, ce qui entrainerait probablement une invasion russe. Soit l'objectif, plus probable, est de mettre en place une médiation internationale pour l'Abkhazie, sous mandat exclusif de l'ONU (la Russie, la CEI, l'OTAN, et l'UE étant partis pris, et l'OSCE est méprisée par les russes), objectif poursuivi par les géorgiens depuis plusieurs années.

Si une véritable médiation a lieu pour l'Abkhazie, cherchant réellement à mettre fin à ce conflit, alors le modèle confédéral deviendra sûrement l'unique option envisageable à court terme, compte tenu de l'historique de 15 ans de séparation entre les deux entités. Ce modèle permettrait alors une gestion séparée des Etats confédérés, notamment en ce qui concerne leurs politiques éducatives et linguistiques, de gestion des frontières, leurs politiques étrangères, et leurs politiques économiques et fiscales. Ces démarches rendraient possible une solution imparfaite pour les demandes d'adhésions de la Géorgie à l'OTAN et à l'UE, cherchant à intégrer l'Etat confédéré de Géorgie en un premier temps, puis par cooptation, et effets de débordement sécuritaires et économiques positifs, une réunification des deux entités au sein des deux organisations internationales; les précédents de la RFA et de Chypre (voir billet) pouvant servir de modèle pour ce type d'adhésion d'un Etat faisant partie d'un territoire plus large. L'option d'une sécession totale, à l'image du Kosovo, ne ferait que renforcer la dépendance de l'Abkhazie envers la Russie, garantissant une instabilité permanente pour ce territoire du Caucase, et potentiellement une annexion qui n'est pas souhaitée par les abkhazes. Le modèle d'une "association" entre la Russie et l'Abkhazie proposé par le Ministre des affaires abkhazes (qui n'est pas prévu dans la constitution russe), à l'image de l'Association Libre existant entre les Etats-Unis et les Iles Marshall, ne serait probablement pas viable à long terme (même si l'idée a du mérite), compte tenu de l'instabilité régionale et les pressions de groupes transnationaux (séparatistes, terroristes, trafiquants) qui chercheraient à faire de ce micro-Etat une base arrière, et forceraient donc une intervention armée d'une des puissances régionales.

* Statu Quo Ante Bellum: formule latine signifiant"comme les choses étaient avant la guerre" utilisée dans le cadre de traités pour signifier un retrait des troupes aux lignes antérieures

A lire sur ce sujet de manière régulière, les blogs de Vincent Jauvert, Affaires Etrangères, et celui de Jérémy Felkowski, Russiaactu'

Tags :

Journaux : Journal MoDem, Papyrus et vélins, grodem,mouvement (vaguement) démocrate grolandais, La foire du centre, De France et d'Ailleurs, Left & Center Citizens (LCC), Le Journal d'Odanel



   international

Sotchi 2014 : les ambitions russes à l'épreuve

© Agence de presse étudiante mondiale - 22.05.08 | 14:33
   politique

Quindi.... Birmanie: Le Devoir d'Ingérence Humanitaire

© Arnaud Hoyois - 13.05.08 | 22:51

   politique

Birmanie : le devoir d'ingérence humanitaire

© Arnaud Hoyois - 17.05.08 | 09:54
   international

Bien plus loin que l'Oural

© Pierre JC Allard - 22.05.08 | 07:50
   politique

Tibet : base avancée de l'expansionnisme chinois

© Libr'Op - 12.05.08 | 06:57
   politique

UE : Sarkozy humilié, et piétiné

© Le blog d'Yves Daoudal - 23.05.08 | 14:49
   politique

Quindi... En Bolivie, l'antagonisme croissant entre la gauche radicale et les droites, entre l'occident et l'orient, provoque une crise institutionnelle et la multiplication des tentatives de légitimation nationales et régionales

© Arnaud Hoyois - 11.05.08 | 18:37
   international

La Chine et la Russie prêtes à faire avancer la mondialisation économique

© Chine-Informations.com - 23.05.08 | 14:15
   bio

Le pont ferroviaire Eurasiatique, nouvelle route de la soie du 21ième siècle !

© Alexandre Latsa - 16.05.08 | 08:25
   politique

Démocratie face aux post-fascismes et post-communismes

© Bernard Dugué - 13.05.08 | 07:41