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Quindi... Obama et McCain, de nouveaux positionnements politiques à trouver entre la post-polarisation, la post-néodémocratie et le post-néoconservatisme
© Arnaud Hoyois - source - infos
16.06.08 | 19:29
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La fin du cycle des primaires américaines de 2008 aura consacré deux candidats, Barack Obama et John McCain, qui n'appartiennent pas aux majorités politiques précédentes au sein des partis démocrates et républicains: les New Democrats (crées en 1990 sous la présidence de George H. W. Bush et donnant une plateforme politique à Bill Clinton, avant de traverser l'atlantique et devenir la "Troisième Voie" britannique du gouvernement de Tony Blair); et les Néo-conservateurs (mouvement né dans les années 60, qui aura fortement inspiré les administrations de Ronald Reagan et George W. Bush). Dans le cas des républicains, cela remonte peut-être plus loin avec la remise en cause du principe de "polarisation positive" mis en place par Richard Nixon; et dans le cas des démocrates, il est possible qu'il s'agisse d'un retour en arrière, cherchant à relancer le cycle des grandes politiques de l'ère Roosevelt (New Deal) jusqu'à l'ère Johnson (Great Society), en passant par l'ère Kennedy (New Frontier).
L'historique démocrate depuis 1933
Le New Deal de Franklin Roosevelt (1933-1945) était composé de politiques interventionnistes - clôturant le cycle républicain antérieur (1921-1933) depuis la présidence de Wilson - qui avaient pour objectif de relancer l'économie américaine suite au krach de 1929 (Grande Dépression avec l'augmentation, en quatre ans, du chômage à 25% de la population active, la réduction de la production industrielle d'un tiers, et l'augmentation du stock de dette impayée). Les principaux axes du New Deal étaient: la mise en place d'une sécurité sociale (Social Security Act), des aides alimentaires, des programmes de création de logements (FHA), des programmes pour une meilleure gestion agricole (Agricultural Adjustment Act), des aides pour la relance du marché du travail, la mise en place de grands travaux d'infrastructures (Works Projects Administration, Public Works Administration), la réforme des secteurs bancaire et financier (Emergency Banking Act, mise en place de la SEC et du FDIC), la relance industrielle et la protection des syndicats (National Industrial Recovery Act, National Labor Relations Act), la limitation du temps de travail pour les activités fédérales (Fair Labor Standards Act), et la limitation des dépenses budgétaires régulières (celles qui n'étaient pas liées à la crise économique) de la bureaucratie fédérale (Economy Act) entre 1933-1938 (jusqu'au début de l'ère keynésienne). Le Fair Deal de Harry Truman ne rencontrera pas le même succès (seul le Housing Act de 1949 réussira à passer au Congrès, élargissant ainsi le budget du programme de construction de logements et le rôle du gouvernement pour assurer les hypothèques) et restera dans l'histoire en tant que premier cri démocrate pour une couverture maladie universelle pas encore atteinte; à l'inverse les efforts internationaux de Truman à travers le Plan Marshall seront couronnés de succès. Le New Frontier de John Kennedy s'attelait plus à réduire les déficiences monopolistiques, développer le commerce mondial (Trade Expansion Act, Kennedy Round), augmenter le salaire minimum (Fair Labor Standards Act), développer l'aide internationale (USAID, Peace Corps, Alliance for Progress, cette dernière au bénéfice exclusif des entreprises américaines), réduire les inégalités salariales entre hommes et femmes (Equal Pay Act) et améliorer les conditions de vie de certaines catégories de la population (handicapés mentaux au NIMH). Le Great Society de Lyndon Johnson cherchait à réduire les poches de pauvreté et les injustices raciales; ses plus grands succès auront été la mise en place de programmes d'assurance maladie pour les plus âgés (Medicare) et pour les plus démunis (Medicaid), la réduction de la ségrégation raciale légale (Civil Rights Act, Voting Rights Act, Immigration and Natonality Act), la mise en place de nombreux programmes de développement social (Economic Opportunity Act, OEO), la création des premières agences culturelles fédérales (NEA, NEH), de la télévision et la radio publiques (PBS, NPR), et la mise en place d'une série de mesures environnementales (Wilderness Act, etc.).
La politique de Bill Clinton représentait une évolution considérable par rapport à ses prédécesseurs démocrates à la Maison Blanche. Sa plateforme électorale limitait l'influence de la vague conservatrice initiée sous Nixon, sans la retourner en matière de libéralisme économique, ou la transformer en politique interventionniste. Le programme des New Democrats, initiateurs de la troisième voie, cherchait avant tout à rétablir les équilibres budgétaires (allant jusqu'à créer un surplus de $560 milliards); réformer la fiscalité en taxant moins les plus défavorisés et les PME, en échange d'une augmentation des impôts pour les 1,2% ménages les plus riches (Omnibus Reconciliation Act); développer les marchés étrangers pour les entreprises américaines à travers des accords de libre-échange (ALENA); réformer la protection sociale (Personal Responsability and Work Opportunity Act, Family Medical Leave Act); développer le tissu associatif (AmeriCorps); et moderniser l'économie en favorisant les investissements dans le numérique, la régulation des nouvelles technologies (Digital Millennium Copyright Act, Communications Decency Act), et le passage de l'ensemble de l'administration américaine à l'ère internet. La tentative de réforme de l'assurance maladie menée par Hillary Clinton (Health Care Plan) aura échoué et démontré la limite de la politique de la Troisième Voie face à un Congrès à majorité démocrate - mais sans majorité New Democrat - pendant les deux premières années du premier mandat présidentiel, et à majorité républicaine très conservatrice lors des six années suivantes (à l'image des difficultés rencontrées par Johnson pour faire passer sa Great Society face à un Congrès républicain). La coalition électorale formée par les New Democrats pour l'élection présidentielle de 1992 était fragile et profitait grandement de la présence d'un troisième candidat, Ross Perot. Les défaites législatives eurent pour conséquence la construction, tout au long des six années entre 1994 et 2000, d'une coalition démocrate plus traditionnelle, basée sur les réseaux entretenus par les Clinton avec les représentants syndicaux, les représentants des minorités hispaniques et noires, les représentants des lobbys féministes, homosexuels, anti-Sida, etc., une coalition qui ne réussissait à être majoritaire que pour certains sujets bipartisans (budget équilibré, libre-échange, initiatives en faveur du tissu associatif, etc.).
L'historique républicain depuis 1952
L'élection du Général Eisenhower après les dix-neuf années de mandats démocrates de Roosevelt et Truman démontre la difficulté des républicains à reprendre le dessus idéologique du débat politique. Figure nationale du leader, vainqueur de la guerre, Eisenhower passe plutôt pour un centriste, qui cherchait à éviter le retour d'une phase d'isolationnisme. Ses politiques ne remettront pas en cause le New Deal, il refusera à plusieurs occasions de réduire les impôts sans équilibrer le budget, et la responsabilité politique donnée à son colistier conservateur pour la vice-présidence, Richard Nixon (élu vice-président à 39 ans), sera très limitée (malgré sa prise de pouvoir temporaire à trois occasions pour remplacer le Général pendant ses périodes d'hospitalisation). Ses principales initiatives nationales seront le développement d'un système d'autoroutes (Federal Aid Highway Act) et une opération de limitation des passages à la frontière américano-mexicaine (Operation Wetback), au détriment d'une relance de l'économie (croissance faible de 2,5% sur l'ensemble du mandat de huit ans). Les huit années passées par Nixon à la vice-présidence, ses deux tentatives manquées pour atteindre la présidence en 1960 (avec une des marges les plus faibles de l'histoire présidentielle américaine - 110 000 voix) et le poste de Gouverneur de Californie en 1962, suivies de sept années supplémentaires dans l'opposition, lui auront permis de développer une doctrine pour atteindre le pouvoir, s'y maintenir, et créer une ère politique conservatrice, qui trouve ses derniers échos lors de la présidence de George W. Bush (2001-2009): la "polarisation positive" qui s'appuie sur la "majorité silencieuse" (décrite par la propagande comme étant calme, ordinaire, patriote, religieuse, respectueuse de l'ordre public, contrairement à la minorité censée être bruyante, élitiste, amorale, turbulente et condescendante). Bien qu'il fait campagne en tant que rassembleur en 1968 (après avoir réussi à gommer son image de conservateur de la campagne de 1960), l'application des politiques engagées, et surtout les discours politiques, sont tous ancrés sur la polarisation politique entre ceux qui souhaitent le dépassement de l'ère de la violence politique (assassinats de John Kennedy, Martin Luther King et Robert Kennedy), de la violence urbaine, des luttes anti-ségrégation et anti-guerre du Vietnam (les ouvriers, les employés, les militaires etc.), et ceux qui souhaitent faire perdurer le consensus libéral, développer les droits des minorités, construire sur l'esprit pacifiste des années 60, et continuer le développement d'un Etat providence; les antagonismes exacerbés par l'administration Nixon créent une méfiance profonde entre les deux camps. Le meilleur exemple de cette polarisation est l'utilisation du colistier de Nixon en 1968, Spiro Agnew, en tant qu'élément majeur de communication politique conservatrice pour dénoncer tous les groupes du centre et de la gauche, "une petite élite non élue" face aux "américains ordinaires", ce qui lui aura permis de remporter l'élection avec une marge représentant uniquement 1% du vote populaire. La finesse politique de Nixon lui permet de dissocier une politique législative centriste, la mise en place d'une "présidence impériale", et des effets désassembleurs des forces démocrates sur le terrain et au sein de toutes les actions exécutives, législatives et judiciaires. Dans le domaine des politiques nationales menées, Nixon aura réorganisé les départements de l'exécutif (Travail, Commerce, Transport, Agriculture); créé les agences de protection environnementale (EPA), d'études océanographiques et atmosphériques (NOAA), de protection des travailleurs (OSHA), de lutte anti-drogue (Drug Enforcement Agency - DEA), et pour les investissements favorisant les entreprises appartenant aux minorités (MBDA); augmenté les ressources pour les américains les plus âgés (Supplemental Security Income); développé le transport ferroviaire public (Amtrack); cherché à limiter l'augmentation des prix tout en indexant la sécurité sociale sur l'inflation; et abandonné l'étalon-or. En matière de pouvoir présidentiel, Nixon entre dans un bras de fer avec le Congrès en limitant les dépenses budgétaires sur des programmes votés (impoundment), jusqu'au passage d'une loi en 1974 (Congressional Budget and Impoundment Act), et en augmentant considérablement la taille du Bureau de la Gestion et du Budget (OMB, principale composante de l'administration exécutive sous gestion directe de la présidence). L'organisation par la Maison Blanche de la division des forces démocrates coalisées, celles qui avaient été préservées par le parti démocrate depuis le New Deal, s'effectue selon les failles idéologiques au sein du parti: entre les libéraux catholiques du nord et les protestants conservateurs du sud (du Sun Belt), ces derniers correspondant idéologiquement à la Démocratie Jacksonienne (aux premiers membres du Parti Démocrate d'Andrew Jackson, ceux qui admiraient le président populaire - le premier a avoir été élu au suffrage universel et qui n'a pas participé à la rédaction de la constitution - et sa promotion de l'exécutif au détriment du législatif, de membres élus du judiciaire plutôt que des membres nommés, la limitation du pouvoir fédéral para rapport au pouvoir des Etats fédérés, et un certain laissez faire économique). Pour réaligner les démocrates du sud au sein de la majorité républicaine, Nixon utilise une rhétorique nationaliste ("patriotique") et ambitieuse sur la sécurité urbaine et la sécurité nationale, reprenant des pans entiers de l'agenda du Sénateur McCarthy dans les années 50 (tout en évitant le discours de l'extrême droite et le rapprochement avec les racistes et les membres du John Birch Society); nomme des juges constructivistes sociaux à la Cour Suprême; et utilise l'avortement, l'enseignement de la religion à l'école, et les tensions raciales en tant qu'arguments électoraux. Pour réaligner les démocrates libéraux du New Deal, Nixon mise sur la responsabilité fiscale et la limitation de l'augmentation des prix. L'assemblage d'une coalition d'ex-démocrate jacksoniens, de libéraux du New Deal, et de républicains favorisant la relance industrielle, permet à Nixon de se faire réélire avec une majorité de 60% du vote populaire et 49 des 50 Etats.
La coalition électorale républicaine mise en place par Nixon perdurera pendant les 40 années suivantes (la "polarisation positive" sera renommée "guerre des cultures"), malgré les craintes post-Watergate et les élections de Jimmy Carter et Bill Clinton; mais la politique menée par les successeurs républicains de Nixon changera diamétralement en se radicalisant progressivement. L'héritage de l'administration Nixon se mesure aussi par le nombre de membres qui auront occupé des postes clés dans les administrations suivantes de Ford, Reagan, Bush1 et Bush2 (dont Gerald Ford, Henry Kissinger, George H.W. Bush, Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Colin Powell, James Baker, George Schultz, Lawrence Eagleburger, James Schlesinger, Caspar Weinberger). L'administration de Gerald Ford sera fortement handicapée par le pardon accordé à Nixon, et l'augmentation de la majorité démocrate au Congrès atteignant presque les deux tiers des députés, mais cela ne l'empêchera pas d'autoriser la réduction des impôts et de lancer l'amendement constitutionnel d'Egalité entre les Hommes et les Femmes (Equal Rights Amendment approuvé par 35 des 38 Etats nécessaires pour l'adoption). L'administration de Ronald Reagan accentue la polarisation positive en rendant les idées de la coalition républicaine dominantes, que ce soit en matière de réduction des impôts, réduction du poids du gouvernement (promesse électorale non tenue), transfert des pouvoirs aux Etats fédérés (promesse non tenue), extension du pouvoir exécutif présidentiel (démontré lors de l'affaire Iran Contra, à l'image de Nixon et ses actions budgétaires), investissements militaires (augmentation de 40% du budget militaire les quatre premières années de son mandat en réhabilitant les programmes de bombardier B-1 et de "Guerre des Etoiles" et déployant des missiles Pershing II en Europe), droitisation des nominations judiciaires, ou de politique étrangère interventionniste, au mépris des équilibres budgétaires (augmentant la dette nationale de 700 milliards à 3 000 milliards) et des contre-pouvoirs judiciaires, en usant de populisme à chaque occasion (en s'attaquant aux agences gouvernementales et leurs services de contrôle interne depuis l'exécutif de manière partiale). Son style de gouvernance réhabilitait les valeurs conservatrices et usait du déficit budgétaire pour relancer l'activité (le taux de chômage est passé de 10% à 5,5% pendant son mandat), tout en limitant l'inflation des années antérieures arrivée à 12% en 1981 (Reaganomics du Economic Recovery Tax Act), ce qui lui permit de se faire réélire en 1984 avec 58,8% du vote populaire et 49 Etats, en grande partie grâce aux "Reagan Democrats", les classes moyennes qui appréciaient les politiques économiques keynésiennes les favorisant (et refusant de voter pour des démocrates qui souhaitaient transférer les dépenses vers les classes plus défavorisées), et la rhétorique dure à l'égard de l'Union Soviétique (permettant de dépasser les doutes issus de la Guerre du Vietnam). Cet activisme politique exécutif et la recherche d'une "majorité idéologique" (devenir dominant idéologiquement), s'expliquent en grande partie par la majorité démocrate dans la Chambre des Députes sur l'ensemble de la durée des mandats de Ronald Reagan et George H.W. Bush (le Sénat sera aux mains des républicains entre 1981 et 1987), ce qui limitait les grands travaux parlementaires. A l'inverse de Reagan, Bush cherchera à limiter le déficit budgétaire (multiplié par trois sous la présidence Reagan), mais sans majorité républicaine pour diminuer les dépenses, et malgré une opposition totale de son parti à toute augmentation des impôts. Il les augmentera avec l'aide des démocrates, détruisant ainsi toute chance de réélection, sans pour autant détruire la majorité conservatrice existante (dans les faits, la droite évangéliste et les classes moyennes de droite se seront peu mobilisées pendant les élections de 1992). Cette dernière refera surface lors des élections législatives de 1994, qui permettront au groupe conservateur mené par Newt Gingrich de prendre le contrôle de la Chambre des Députés et du Sénat, et de les préserver dans le camp républicain pendant six législatures jusqu'en janvier 2007 (Gingrich sera à la tête de la Chambre des Députés pendant toute l'ère Clinton). Le "Contrat avec l'Amérique", programme législatif de 1994, permettra de rétablir la coalition conservatrice, en la radicalisant; au profit des républicains souhaitant limiter les dépenses gouvernementales (en accord avec le discours de Reagan mais contraire à ses actes), réduire le déficit budgétaire, et réduire les actions gouvernementales fédérales; et des républicains dogmatiques en matière de sécurité extérieure (réduction des financements à l'ONU) et de réduction de l'Etat providence. Ces actions allant bien au delà du mandat donné au corps législatif, un contre-coup électoral aura lieu en 1996 avec la réélection rapidement acquise de Bill Clinton.
George W. Bush et son conseiller politique Karl Rove poursuivront la radicalisation de Newt Gingrich pour préserver les chambres législatives dans le giron républicain (jusqu'en 2007), et compenseront les défaillances républicaines lors des élections présidentielles de 1992 et 1996 en: récupérant le groupe conservateur isolé depuis la présidence de George H.W. Bush, celui de la droite évangélique; limitant l'image excessive créée par Newt Gingrich en usant de l'apparence de modération du fils d'un président modéré, et usant le slogan électoral "conservateurs compatissants"; et draguant l'électorat hispanique. L'élection de 2000 démontrera que cette mobilisation exceptionnelle n'aura d'ailleurs pas permis aux républicains d'obtenir la majorité des voix (47,9%). L'analyse électoral de 2000 confirmera la réduction du nombre d'électeurs centristes et indiquera donc le besoin de mobiliser les bases électorales de chaque parti en 2004. En conséquence, la politique du gouvernement de Bush entre 2001 et 2004 sera nettement plus conservatrice et davantage influencée par les néoconservateurs que celles de ses prédécesseurs républicains, de surcroît bloqués par un Congrès à majorité démocrate. Les principales orientations politiques seront les réductions d'impôts considérables (Economic Growth and Tax Relief Reconciliation Act de 2001, 2002 et 2003), l'augmentation des dépenses militaires (revenant aux niveaux de la Guerre Froide), l'augmentation du déficit budgétaire (entre 4 et 6,5% par an entre 2000 et 2008), de la dette publique (passant de 58% à 67% du PIB), et des privatisations; avec en parallèle la limitation de l'Etat providence (Medicare Act qui empêche la négociation des prix des médicaments; Partial-Birth Abortion Ban Act, en attente d'une révision par la Cour Suprême; et démarches pour la privatisation de la sécurité sociale - FICA), le refus d'intégrer les principes de limitation de la pollution dans les textes législatifs fédéraux, la limitation des droits civiques liés à la sécurité intérieure (Patriot Act), l'augmentation des demandes administratives à l'égard des anciens détenus pour crimes sexuels (Adam Walsh Child Protection and Safety Act), la limitation des recherches sur les cellules-souche, la limitation des financements aux organisations internationales sur des bases idéologiques (dont le fond de population des Nations Unies, l'UNFPA, pour cause d'accusations non fondées de financement de stérilisations et avortements en Chine), et l'augmentation des programmes liés à la foi religieuse (comme la création du Bureau des Initiatives liées à la foi et aux communautés au sein de la Maison Blanche). Les deux seules exceptions importantes où l'administration Bush aura fait preuve de bipartisme sont la signature de l'accord de libre échange avec l'Amérique Centrale et la République Dominicaine (CAFTA-DR / ALEAC), et l'acte législatif pour l'éducation (No Child Left Behind Act) lancé par le Sénateur Ted Kennedy et signé par George Bush. La réélection de 2004 s'opérera en accord avec les prévisions de Karl Rove, avec une majorité plus importante qu'en 2000 (sans pour autant être rassurante pour ses successeurs avec 50,7%), mais l'effet secondaire aura été une radicalisation du parti républicain qui fera fuir progressivement les électeurs centristes; le premier signe étant l'élection législative de 2006 qui aura vu une alternance dans les deux chambres parlementaires. Cet échec stratégique sera exacerbé par la mauvaise gestion du conflit irakien, des effets de l'Ouragan Katrina, de la crise immobilière des Subprimes, de la crise monétaire, de la crise pétrolière et des finances publiques (phénomène accéléré par les scandales de corruption au Congrès), qui ensemble décrédibiliseront la gouvernance républicaine telle que menée par les néoconservateurs, et donneront l'impression d'un mouvement politique qui s'essouffle, incapable de s'adapter aux circonstances changeantes. Cette remise en cause fondamentale ressemble fortement à la situation des démocrates lors des élections de 1968 et 1972.
Quindi... La fin d'un cycle politique?
Le cycle de la polarisation positive arrive à sa fin avec la désignation d'Obama et McCain, tous deux des candidats "post-polarisation ou anti-polarisation" (selon l'éditorialiste du New York Times, David Brooks, cité par George Packer du New Yorker) n'ayant ni l'un, ni l'autre participé aux agitations politiques des années 60 (McCain a passé les années 60 dans une prison vietnamienne, Obama est né en 1961) et la radicalisation qui s'en est suivie, ou aux administrations démocrates ou républicaines précédentes. Dans les deux cas, les coalitions électorales à trouver seront nouvelles. A l'image de Roosevelt, la coalition d'Obama sera composée de: petits entrepreneurs méfiant envers le libre-échange; des jeunes souhaitant généraliser les bienfaits de la politique sociale, partiellement réservée jusqu'à présent aux classes les plus défavorisées et aux autres classes d'âge; d'une classe moyenne urbaine souhaitant dépasser les tensions raciales; de minorités raciales accédant à travers Obama pour la première fois à l'échelon le plus élevé du pouvoir exécutif; d'une coalition anti-guerre voulant sortir l'Amérique du conflit irakien (voire du conflit afghan), initier une détente avec l'Iran et la Syrie, améliorer les relations internationales des Etats-Unis, notamment en Europe et au Moyen-Orient, et renouer avec l'approche multilatéraliste de Bill Clinton (voir billet). Dans une certaine mesure, la coalition d'Obama ressemble à celle du candidat démocrate malheureux de 1972, George McGovern, qui avait perdu face à Richard Nixon et sa stratégie de polarisation positive, signe supplémentaire de la fermeture du cycle long républicain; ce retournement s'explique aussi par le changement de dynamique démographique, qui a permis à la coalition McGovern de devenir progressivement majoritaire (baby boomers éduqués avec une éducation universitaire, enfants de baby-boomers, minorités croissantes). A l'image d'Eisenhower, la coalition de McCain sera composée de: sociétés multinationales d'énergie, d'armement, et certaines sociétés des médias et pharmaceutiques; des vétérans et partisans du hard power américain devant vaincre à tout prix en Irak; des partisans d'un interventionnisme sous forme de coalitions, institutionnalisé à travers une Ligue des Démocraties (voir billet) distincte de l'ONU; d'ultra-libéraux refusant toute augmentation des pouvoirs nationaux de l'exécutif, et souhaitant une réduction de la charge fiscale au détriment de la responsabilité fiscale; et de libre-échangistes à outrance. Les partisans de la responsabilité fiscale, du libre-échange responsable (l'ancienne coalition des New Democrats) et de la réduction de la taille du gouvernement (Contrat avec l'Amérique) devront se répartir entre deux candidats qui ne font pas officiellement des yeux-doux à leurs politiques (même si une administration Obama reprendrait probablement une partie de ces thèmes une fois au pouvoir, ne serait-ce que par le biais des anciens conseillers économiques de l'ère Clinton qui refont progressivement leur apparition dans le sillon d'Obama; et qu'une administration McCain pousserait probablement pour la mise en place de nouveaux accords de libre-échange et de réduction budgétaires de certains programmes), qui souffrent des populismes issus des débats anti-mondialisation; ces électeurs pourraient reporter leurs voix sur un troisième voire un quatrième candidat indépendant. De même, la montée en puissance des thématiques environnementales, sociales, et de pouvoir d'achat (inégalités croissantes) pourraient soit handicaper les deux principaux candidats, avec la présence de Ralf Nader (candidat vert historique s'étant déjà présenté à plusieurs reprises, accusé d'avoir siphonné les voix d'Al Gore en Floride en 2000, se présentant sous une étiquette indépendante en 2008 avec des sondages le plaçant à 5% dans une course Obama-McCain-Nader) dans les scrutins clés de certains Etats, soit, à l'inverse, forcer tous les candidats à s'engager davantage sur ces thèmes et accentuer l'insignifiance électorale de Ralf Nader. John McCain devra peut-être aussi revoir ses propositions de réduction des impôts (dont les taxes pétrolières), qui ne font plus mouche (analyse de David Frum dans le New Yorker) auprès d'un électorat de plus en plus convaincu que la mauvaise gestion des années Bush (ouragan Katrina, crise électrique californienne, crise pétrolière, crise environnementale, corruption du corps législatif par les lobbys) est liée au manque d'actions gouvernementales et au manque de maîtrise des conservateurs de la gestion publique nationale (perdant ainsi leur image de réalisme politique), plutôt qu'à l'excès de présence gouvernementale, comme c'était le cas dans les années 80 et 90 (les choix stratégiques du programme fiscal s'effectueront en fonction du nombre d'électeurs gagnés / retenus dans les classes ouvrières par rapport aux électeurs perdus dans les classes moyennes).
Pour les deux partis, les terrains de bataille électorale seront principalement ceux des ouvriers et employés de la classe moyenne basse, perdus par les républicains ces dernières années, qui échappent encore aux démocrates; mais aussi les indépendants politiques pouvant faire basculer l'élection en cas de forte participation (d'où la rhétorique récurrente sur les nouvelles façons de faire la politique chez Obama; et les attaques anti-establishment de McCain); et dans une certaine mesure, les agriculteurs du centre et l'ouest du pays et les habitants des zones affectées par une forte immigration; c'est ce qui expliquera le populisme apparent des deux candidats en matière de libre-échange et d'équilibre budgétaire. Compte tenu du système électoral présidentiel américain, où les "swing states" (Etats sans majorité prédominante) permettent d'identifier les zones les plus faciles à cibler, les Etats clés seront le Michigan, l'Ohio et la Pennsylvanie (tous trois avec des classes ouvrières importantes, relativement protectionnistes) et peut être la Floride (tous les quatre avec un nombre important de grands électeurs pouvant basculer dans les deux sens); mais aussi le centre-est des Etats-Unis normalement favorable aux républicains (une partie du Midwest - du Minnesota au Tennessee- des High Plains - Colorado, Nouveau Mexique et Kansas - et de la côte est - Virginies et Caroline du Nord); et la côte ouest normalement favorable aux démocrates (de l'Etat de Washington à la Californie; le Nevada est normalement favorable aux républicains). La multiplication du nombre d'Etats classés "swing states" depuis 2004 (seuls trois Etats avaient changé de camp entre 2000 et 2004) est liée à l'intérêt que présentent les deux candidats auprès des indépendants (non affiliés aux deux grands partis, comme des tranches importantes de l'électorat de Californie et Floride pouvant voter McCain avec l'aide de leurs gouverneurs respectifs, Arnold Schwarzenegger et Charlie Crist, ou le Minnesota où se tient la convention républicaine; ou des tranches importantes de l'électorat de Virginie et Caroline du Nord pouvant voter pour Obama, tout comme le Colorado, le Nouveau Mexique ou le Nevada où se tient la convention démocrate, trois Etats normalement favorables aux républicains mais ayant élu des gouverneurs ou sénateurs démocrates), la faible mobilisation probable des évangélistes dans le camp républicain, la faible mobilisation probable des agriculteurs dans le camp républicain (McCain refuse d'accorder des subventions généralisées, facteur important pour l'Iowa), la faible mobilisation de certains électeurs pour un candidat issu d'une minorité ethnique (les sondages concernant Obama intègrent une marge d'erreur importante liée aux mensonges possibles des sondés) et la forte mobilisation de certains électeurs pour un candidat issu d'une minorité ethnique (Missouri, Kansas, Arkansas, Caroline du Nord; qui ne suffira cependant pas dans d'autres Etats traditionnellement républicains avec des minorités noires importantes comme la Géorgie). En ce qui concerne les deux groupes les plus présents dans la stratégie de polarisation positive menée par Karl Rove ces dernières années (et initiée sous le mandat de George H.W. Bush), ils ne participent plus du consensus post polarisation des républicains: les néoconservateurs menant des politiques fiscalement irresponsables et unilatérales en matière internationale, ne semblent plus avoir de base politique ailleurs que dans les Think Tanks, les lobbys, et la vice-présidence actuelle du pays; la coalition chrétienne agit en tant que repoussoir du parti républicain pour les plus modérés et a atteint les limites de sa capacité mobilisatrice sous George W. Bush. La marginalisation de ces deux groupes, déjà démarrée depuis deux ans, et symboliquement achevée avec la nomination de John McCain à la tête du parti républicain, explique la réduction de la force de frappe républicaine sur le terrain, et conséquemment, la possibilité d'une nouvelle coalition démocrate s'inspirant de celle du New Deal, d'arriver au pouvoir dans un pays dont le centre de gravité politique se situe jusqu'à présent au centre droite.
La question d'un retour à l'origine des cycles antérieurs du conservatisme et du progressisme semble maintenant probable, c'est à dire d'un conservatisme proche du centrisme d'Eisenhower pour McCain, mettant l'accent sur l'action étrangère interventionniste et un certain laissez-faire au niveau national; et d'une action démocrate proche de celle de Roosevelt pour Obama, c'est à dire un New Deal dans sa deuxième monture (1935-1938) juste avant son passage au keynésianisme, cherchant la mise en place d'un Etat providence qui demeurerait budgétairement responsable, et d'un multilatéralisme actif dans l'action internationale. Dans le cas de McCain, sa politique phare serait la mise en place d'une Ligue des Démocraties (voir billet sur la politique étrangère de John McCain), un reflet lointain de l'OTAN chère à Eisenhower, correspondant aux défis mondialisés du XXIème siècle; dans le cas d'Obama, il s'agirait d'assurer la finalisation du processus lancé sous Truman, et imaginé par Roosevelt, d'une assurance maladie universelle, mais sans que celle-ci représente une ponction insupportable pour le budget américain. A l'inverse de la polarisation positive et du bipartisme exacerbé du cycle politique antérieur, il s'agira de développer des politiques centristes: de protection sociale (couverture maladie universelle mais basée partiellement sur les opérateurs privés et les politiques progressives de couverture; développement des centres péri-urbains pauvres avec des programmes de formation et financement du chômage facilitant la transition entre deux carrières); de réduction de la charge fiscale sur les classes moyennes et les étudiants; de lutte anti-pollution sur la base des bourses de CO2; de développement des infrastructures numériques et des industries non polluantes; de réduction par le biais d'assurance pour les hypothèques, des impacts directs de la crise immobilière; de sécurisation de la frontière avec le Mexique, régularisation des immigrés, et développement des pays d'Amérique Centrale; de programmes de sécurité du territoire (anti-terrorisme).
C'est dans ce cadre que le choix de la vice-présidence prend toute son importance pour les deux candidats. Barack Obama doit pouvoir draguer au delà de la coalition McGovern en attirant à lui les électeurs des classes ouvrières, dont les démocrates qui lui préféraient Hillary Clinton; John McCain doit démontrer une compétence en affaires intérieures, qui ne lui est pas innée de par sa forte expérience internationale et militaire, pour attirer les indépendants. Dans les deux cas, il s'agit d'être capable de rassembler au delà de sa propre identité culturelle (jeune, éduqué, minorité ethnique chez Obama; blanc, aisé, fils de militaire chez McCain), à l'image de Roosevelt, Eisenhower, Kennedy et Reagan, qui avaient réussi à intégrer leurs analyses des situations économiques, sociales et géostratégiques du pays dans leurs identité politique pendant les campagnes électorales. En ce qui concerne les choix pour la vice-présidence de McCain, les principaux candidats sont Charlie Crist, le gouverneur de Floride (qui pourrait renforcer le vote des minorités latino-américaines, mais diminuer la participation des conservateurs sociaux compte tenu de son célibat); Rob Portman d'Ohio, ancien élu de la Chambre de Représentants, représentant américain au commerce et directeur du Bureau de Gestion du Budget (OMB, pouvant palier les insuffisances du candidat en matière économique et l'aider dans un swing state); Tim Pawlenty, le gouverneur du Minnesota (issu d'un milieu défavorisé); et bien sur ses deux principaux opposants lors des courses des primaires, qui lui permettraient de récupérer des voix auprès des électorats religieux, Mike Huckabee (un atout dans le sud mais un élément négatif au Nevada auprès des mormons) et Mitt Romney (un atout dans le nord et le nord-est mais un élément négatif dans certains Etats du sud). Le choix pour la vice-présidence d'Obama pourrait chercher à limiter les pertes de voix démocrates dans les swing states, dont ceux avec des classes ouvrières nombreuses, deux choix issus du camp Clinton des primaires sont possibles, Ed Rendell le gouverneur de Pennsylvanie et Ted Strickland, le gouverneur d'Ohio; ou maximiser les gains dans les Etats de l'Est comme la Virginie avec le Sénateur Jim Webb, ancien secrétaire à la marine (pouvant palier le manque d'expérience militaire d'Obama), ou le gouverneur Tim Kaine; intégrer directement les anciens concurrents comme Joe Biden, Sénateur démocrate centriste du Comité des Affaires Etrangères (pouvant palier le manque d'expérience internationale d'Obama), ou Hillary Clinton pour palier les défaillances d'Obama auprès de l'électorat des classes ouvrières démocrates (et l'image surprenante, et probablement passagère, d'une Hillary Clinton plus expérimentée en relations internationales qu'Obama), et mobiliser les démocrates ayant voté pour Clinton pendant les primaires, mais au risque de déséquilibrer le candidat à la présidence avec une candidate tout aussi forte à ses côtés et un mari ex-président, de mobiliser le camp républicain avec ses attaques constantes sur les Clinton, et risquer une guerre interne entre les colistiers suite aux attaques virulentes de la campagne des primaires, ou John Edwards (qui présente les même avantages qu'Hillary Clinton vis-à-vis des classes ouvrières et une base solide en Caroline du Nord, sans les désavantages d'une vice-présidence omniprésente). Cependant, le joker démocrate pourrait être Al Gore, l'ancien vice-président ayant échoué de peu lors de l'élection présidentielle de 2000, récent lauréat du Prix Nobel de la Paix; issu du Tennessee, un swing state du sud, palliant la base géographique d'Obama située au Nord; avec une image de sage du parti démocrate (un peu comme Dick Cheney lors des élections de 2000 et 2004) qui crédibiliserait Obama auprès de tous les militants et remobiliserait toutes les franges du parti; avec une expérience importante en matière de gestion des crises climatiques et énergétiques, gestion d'une économie moderne, et gestion multilatérale internationale qui lui permettrait de prendre en charge des pans entiers de l'administration sans faire de l'ombre au président (sans forcément chercher à prendre sa place dans huit ans tout comme Dick Cheney), et en limitant les craintes liées à la jeunesse d'Obama (à l'image de Lyndon Johnson et John Kennedy). Toutes les options restent ouvertes.
Pour plus de détails sur les programmes électoraux: Barack Obama, John McCain
Un blog extrêmement pertinent à lire sur ce sujet: George Packer, Interesting Times
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