C'est quoi coZop ? Blog

S'enregistrer | Se connecter

418087 articles, 6064 sources, 110 journaux

   bio

Quindi... Crises de fin de décennie - 2. Une Troisième Crise Pétrolière, annonciatrice d'une révolution énergétique mondiale

© Arnaud Hoyois - source - infos
30.06.08 | 18:30

Cours_ptroliers_nb_2 Synopsis: La multiplication par cinq du prix du baril de pétrole entre 2004 et 2008 (en dollars; par trois en euros), sans que l'évolution des cours soit prévisible pour les années à venir, remet en cause le modèle de développement énergétique des pays occidentaux. Cette crise du pétrole est liée à la multiplication des pressions inflationnistes, d'origine géopolitiques (comme pour les crises antérieures), d'origine technico-financier (avec la revalorisation des réserves et les goulots d'étranglement des modes de production), mais aussi celles qui ont une relation directe avec la raréfaction des ressources hydrocarbures et de l'augmentation de la demande mondiale d'énergie (dont la politique de l'OPEP). Parmi les facteurs de ces deux dernières assertions se trouvent le passage du pic pétrolier par les pays producteurs des zones géopolitiques stables (et le passage prochain de la production mondiale); le développement des productions pétrolières dans des zones moins rentables (avec une démultiplication des prix moyens de production par cinq) comme les eaux profondes (dont l'Arctique), à partir de sables et schistes bitumineux (pétrole lourd et extra-lourd), et en usant de techniques d'extraction avancées sur des poches pétrolières en cours d'exploitation. Si l'on superpose ces tendances aux besoins énergétiques croissants liés au développement accéléré des pays en développement, notamment les BRIC+KMS, aux effets induits de la crise du pétrole sur la crise alimentaire, et aux développements sociétaux en cours liés aux premiers effets visibles de la crise climatique, il devient dès lors nécessaire d'accepter le principe d'une révolution énergétique mondiale, qui fera pâlir les efforts de diversification énergétique engagés après les crises pétrolières antérieures (1973, 1981). A titre d'exemple, les trois quarts de l'énergie consommée en Europe sont encore d'origine fossile. Par ailleurs, le développement de nouvelles zones d'extraction pétrolière (devenues très rentables avec un prix de vente moyen élevé) devrait renforcer l'instabilité de certains pays en développement et multiplier les crises prévisibles; plusieurs moyens d'action internationale existent pour limiter cette démultiplication des risques géopolitiques.

Ce billet est le deuxième d'une série qui avait démarré ici: Quindi...Crises de fin de décennie - 1. Une Crise Alimentaire mondiale, un "tsunami silencieux", qui exige une réponse internationale exécutée en trois temps


Quindi_projections_consommations__2La tendance à l'augmentation progressive des prix du pétrole démarrée en 2002 n'est pas un krach dans le sens classique du terme. Ceci s'explique par l'impossibilité d'identifier clairement une cause géopolitique particulière, ou un facteur de crise immédiat. Il s'agit en réalité d'une confluence de facteurs, certains à moyen terme, d'autres à long terme, au premier rang desquels se trouve le rééquilibrage économique mondial, avec une montée en puissance des économies asiatiques (dont les deux mastodontes régionaux, la Chine et l'Inde), mexicaine, de l'Unasur et d'Afrique du Sud, et de leurs besoins énergétiques croissants créant une pression nouvelle sur les ressources hydrocarbures limitées (même si la production est extensible à moyen terme). L'effet est dévastateur avec un prix dépassant les $140 le baril ayant plus que doublé entre juin 2007 et juin 2008 (prévu à $170 le baril par le président de l'OPEP Chakib Khelil, sauf en cas de crise géopolitique, où l'OPEP ne serait pas en mesure de compenser la diminution de la production, avec un prix pouvant atteindre $200 à $400); sans commune mesure avec les crises pétrolières de 1973, où le prix du baril avait sauté de $3 à $13 suite aux nationalisations d'entreprises pétrolières (Algérie, Irak, Libye), à la dévaluation du dollar, et à l'embargo pétrolier arabe après le déclenchement de la Guerre du Kippour; de 1981, suite à la révolution iranienne de 1979, avec un prix du baril atteignant $40; ou encore la crise à durée limitée de 1991 avec un prix se rapprochant des $35 (prix nominal). Ces trois crises avaient eu un effet significatif sur la croissance mondiale et la gestion énergétique, provoquant la multiplication des forages dans des zones plus stables géopolitiquement (Alaska, Campeche, Mer du Nord, Sibérie, Golfe de Guinée, Mer Caspienne, Indonésie, Colombie, etc. avec des couts de production supérieurs au Moyen-Orient et à l'Afrique du Nord), un boom des investissements nucléaires, et des mesures de conservation d'énergie. Toutefois, malgré les alertes de 1973 et 1981, la stabilité relative des cours du pétrole entre 1992 et 2002 (taux nominal oscillant entre $15 et $35) n'a pas incité les producteurs d'hydrocarbures (pays et sociétés) à développer leurs investissements comme dans les années 70 et 80. Ceci se reflète par un manque d'exploration au delà des zones à coûts réduits, d'où une méconnaissance relative des réserves réelles d'hydrocarbures exploitables, et un manque d'investissement en capacité de raffinage (démultipliant l'impact sur les marchés de tout incident sur les raffineries - les plus grandes du monde - du Golfe du Mexique, notamment en période de cyclones), transport (se reflétant dans le taux de charge des tankers) et moyens de production, créant un goulot d'étranglement productif à durée limitée. Le goulot d'étranglement se reflète aussi, médiatiquement, par le refus quasi systématique, de l'organisation des pays producteurs (l'OPEP) d'augmenter significativement sa production sur demande des pays consommateurs, y compris dans le cadre d'un dialogue mondial passant par l'ONU (seule l'Arabie Saoudite et le Koweït, auraient, selon l'organisation, les moyens d'augmenter leurs productions à court terme, le premier à hauteur de 0,2 millions de barils par rapport à une production nationale de 9,5 millions); cette dernière explication prend tout son sens lorsque l'on prend en compte les projections de l'OPEP sur les consommations pétrolières à venir sur la période 2010-2030 avec une réduction rapide de la croissance des consommations issues de l'OCDE (dont une stagnation des consommations en Europe de l'Ouest et dans les pays asiatiques et océaniques membres de l'OCDE), et une augmentation progressive de la croissance des consommations des pays en voie développement (voir graphique réalisés à partir des chiffres disponibles dans le World Oil Outlook 2007 de l'OPEP). Le pouvoir réduit des compagnies pétrolières internationales (qui ne contrôlent plus que 12% de la production mondiale et 3% à 4% des réserves) suite à la reprise en main par les pays producteurs de leurs réseaux (et la mise en minorité des sociétés étrangères dans les investissements nationaux), ne permet de changer cette donne.

Par rapport aux crises de 1973, 1981 et 1991, la crise pétrolière de 2007-2008 est beaucoup plus rapide en termes d'effet induits. Ces derniers, réalisés en conjonction avec les crises climatique et alimentaire, font déjà sentir leurs effets dans les secteurs socio-économiques les plus sensibles, à savoir le transport (routier, maritime et aérien), la pêche (coûts de motricité, reconversion pour cause d'épuisement des ressources en poissons et le développement des "zones mortes maritimes"), l'agriculture (engrais, équipement, transport des denrées; ce dernier facteur prenant toute son importance dans les pays en développement), et les citoyens pour qui les coûts de transport routier représentent une part significative des budgets (dans les pays industrialisés, il s'agit des classes les moins aisées en milieu rural ou périurbain; dans les pays en développement, il s'agit de l'essentiel de la population usant des transports). De plus, les crises financière (variations importantes des taux de change) et immobilière ont aussi un rôle dans la crise pétrolière, bien que secondaire et plus difficile à mesurer, avec un impact direct (rééquilibrage du prix mondial du pétrole en fonction des variations de la devise de référence - effet taux de change, sans effet de taux d'intérêt - en accord avec les estimations des consommations dans les zones hors dollar, et la vision des pays producteurs de se faire payer dans une monnaie dévalorisée) et un potentiel transfert spéculatif entre les valeurs immobilières et les valeurs énergétiques (en tant que valeur refuge, de même que les métaux précieux), certains analystes confirmant qu'il n'y a jamais eu autant d'argent spéculatif sur le marché pétrolier, d'autres infirment cette estimation; les spéculations étant alimentées par les estimations d'un plafond productif atteint sur le marché mondial. Le cumul de ces facteurs clés de la dynamique de croissance mondiale, font craindre un ralentissement de cette même croissance à court et moyen terme.

Quindi_projections_productions_de_p Les variations des prix du pétrole issues de la perception de déséquilibres à venir entre production et consommation d'hydrocarbures, se justifient sur le long terme lorsque l'on isole trois facteurs: la fin de la croissance de la production pétrolière de la CEI (notamment les productions russes, kazakhs et ouzbèkes qui ont bondi dans les années 90 jusqu'à 2007); le taux de découverte de nouvelles réserves d'hydrocarbures par rapport au niveau de production, se situant approximativement à 25% (signifiant l'impossibilité à moyen terme de résorber l'impact inflationniste sur les prix); et les besoins énergétiques théoriques à long terme des sociétés en cours d'industrialisation (actuelles et à venir) pouvant représenter jusqu'à cinq fois la demande actuelle (maintenant ainsi une pression inflationniste constante sur les prix des hydrocarbures jusqu'à la création d'un nouvel équilibre entre les prix du pétrole et les couts des énergies nucléaires et renouvelables). Les projections de l'OPEP sur les niveaux de production et consommation de pétrole (avec une augmentation approximative de 50% en 25 ans) doivent donc être relativisées par rapport aux couts de production des autres sources d'énergie qui ne manqueront pas d'évoluer en fonction des améliorations en matière de développement et productivité; l'Agence Internationale de l'Energie (AIE) estime qu'il n'est pas évident que la production mondiale puisse facilement dépasser les 85 millions de barils par jour. Par ailleurs, la production pétrolière de masse devrait se renforcer avec le développement de l'exploration et de la production en eaux profondes (dont les zones peu exploitées à ce jour), et la production non conventionnelle à partir de sables et schistes bitumineux (pétrole extra-lourd), et en usant de techniques d'extraction avancées sur des poches pétrolières en cours d'exploitation. 

Eia_2005 Le dépassement du pic pétrolier dans une cinquantaine de pays producteurs (dont les zones géopolitiquement stables traditionnelles de la Mer du Nord, d'Alaska et du Golfe du Mexique), et l'estimation approximative d'un pic mondial se situant aux alentours de 2010 (pour le pétrole et 2020 pour le gaz), avec une réserve pétrolière conventionnelle réelle sur-estimée (l'ASPO estime les réserves à 1850 milliards de barils par rapport à 3000 de l'USGS, l'institut de surveillance géologique américain), ont accéléré les investissements dans le domaine de l'exploration et la production pétrolière. Certains analystes (voir graphique EIA 2005 de Jean Laherrère de  l'ASPO) estiment que les réserves disponibles à des couts de production supérieurs (passant d'une moyenne de $5 à $15 pour les productions moyen-orientales, à $25 à $70 pour les schistes bitumineux) sont bien plus importantes que les réserves pétrolières utilisées à ce jour; d'autres (comme Ted Trainer) estiment que l'utilisation des productions non conventionnelles ne feront que retarder le pic pétrolier d'une décennie. Les tendances actuelles permettent d'anticiper une augmentation pendant les dix prochaines années des productions pétrolières en eaux profondes, notamment dans le Golfe du Mexique, le Golfe de Guinée et au Brésil (à hauteur de 12,5 millions de barils par jour pendant une durée de 10 ans, atteignant son pic vers 2013 et l'épuisement total vers 2035) et de gaz naturel liquéfié (issu des poches pétrolières existantes, il s'agit de gaz, dont le butane, le méthane et le pentane, relativement peu utilisés jusqu'à présent dans le processus de production pétrolière - à hauteur de 9 millions de barils par jour pendant une durée de 30 ans), puis, dans une moindre mesure, l'utilisation des pétroles lourds (charbon liquéfié avec un pic programmé en 2050; schistes bitumineux - ou source qui n'ont pas finalisé leur transformation géologique en pétrole, nécessitant une consommation importante d'énergie pour leur raffinage, avec des déchets polluants) et extra lourd (sables bitumineux - ou pétrole s'étant mélangé avec d'autres composants à la marge des bassins géologiques, se situant principalement au Canada, au Venezuela et en Russie; avec une production estimée à hauteur de 4,5 millions de barils par jour à partir de 2020, pouvant s'améliorer en fonction du développement des techniques d'extraction) et l'extraction de pétrole en zone polaire, notamment les zones sibériennes et l'arctique (les pressions glaciales risquent cependant d'avoir réduit la concentration des poches et favorisé le développement de gaz, à l'inverse de ce qui s'est passé en Alaska - la production prévue se situe donc à hauteur de 1 ou 2 millions de barils par jour à partir de 2010 et pouvant atteindre 4,3 millions vers 2030 avant de décroître). Le rattrapage en cours des investissements pétroliers conventionnels (par rapport aux années 90) devrait, à terme, réduire partiellement les pressions inflationnistes sur les cours; cependant, les productions quotidiennes estimées pour les productions non conventionnelles (à l'inverse des montants des réserves des énergies non conventionnelles qui sont très significatifs) ne devraient pas avoir un impact décisif sur le prix du pétrole, sauf amélioration exponentielle des techniques d'extraction et de raffinage.

Producteurs_de_ptrole_nb Du point de vue géopolitique, contrairement à la réduction du nombre moyen de conflits de petite et moyenne envergure ces 15 dernières années, le nombre de conflits concernant les pays producteurs de pétrole est resté stable (ils représentent un tiers des guerres civiles ou zones permanentes de tensions, dont l'Irak, le Soudan, le Tchad, la Birmanie, et le Timor Oriental), et le développement de la valeur des réserves identifiées devrait accélérer cette tendances. De plus, les conflits qui s'éternisent (conflits armés, conflits ethniques ou conflits sociaux, qui s'institutionnalise le plus souvent sous forme de polarisation politique) créent des instabilités imprévisibles liées aux déséquilibres sociaux, religieux, ethniques ou géographiques (c'est le cas en Algérie, au Nigéria, et en Bolivie), voire le développement de zones transnationales d'instabilité (le Sahara avec Al Qaïda au Maghreb Islamique, voir ce billet, le Sahel avec les Janjawids, le Delta du Niger avec le MEND etc.). Le manque de développement des secteurs non énergétiques (agriculture, industrie, services) est aussi un problème récurrent dans les Etats qui orientent leur croissance en fonction de l'augmentation des ressources issues de pétrole; le problème se pose à des degrés différents au Venezuela, en Russie, en Bolivie, en Asie Centrale, au Moyen-Orient et en Afrique, ce qui crée une sur-dépendance sur les cotations pétrolières; sans parler de l'utilisation à mauvais escient des ressources pétrolières (comme la construction de nouvelles capitales au Kazakhstan et au Nigéria, plutôt que le développement des services sociaux de base), contrairement aux pays qui développent leurs fonds souverains en préparation d'une économie post-pétrolière (Norvège, Canada, EAU, Koweït, etc.). De même, le développement de la corruption et de la concentration des pouvoirs est un effet secondaire récurrent de la manne pétrolière (les exemples les plus marquants sont ceux des théocraties saoudites et iranienne, qui peuvent ainsi financer leurs alliés, parfois encombrants, comme les wahhabites, talibans, autres moudjahidin, leurs armées et services secrets nationaux, tout en limitant les velléités de changements sociaux via la corruption systématisée des élites et de toutes les formes d'oppositions). Les conflits devenus prévisibles pour cause de revalorisation des réserves pétrolières (et financement des groupes revendiquant des problématiques sociales, religieuses et économiques, nationales par des intérêts étrangers) sont ceux du Delta du Niger, du sud de la Thaïlande et du développement des conflits internes algériens, colombiens, soudanais et irakien. Les rébellions dans ces pays peuvent se financer, de plus en plus facilement, par le vol de pétrole (c'est déjà le cas en Irak et au Nigéria), les opérations de destruction d'infrastructures pétrolières financées par des régimes hostiles (Irak, Soudan), l'extorsion de fonds (Colombie, Soudan), ou le financement de tentatives de Coups d'Etats (Guinée Equatoriale en 2004, voir ce billet, ou RDC en 1997). De plus, le développement des conflits séparatistes est à prévoir dans les zones pétrolières (en Bolivie, voir ce billet, en Irak, voir ce billet, en Iran, en Indonésie, au Timor Oriental, voir ce billet, au Nigéria ou au Soudan), bien que ce ne soit pas la seule source de conflit dans ces zones; la présence du pétrole et de ses effets économiques, sociaux, politiques et environnementaux accélèrent le développement de conflits. De même, les zones jusqu'à présent relativement stables pour cause de réserves pétrolières limitées (Mauritanie, Namibie, São Tomé, Turkménistan, Cambodge, Vietnam, etc.), pourraient dorénavant faire face à des tentatives récurrentes de déstabilisation pour récupérer les richesses importantes de productions avec une durée de vie limitée (à 10 ou 20 ans).

Quindi... Bien que certains vantent les mérites d'une crise pétrolière pour la limitation des externalités négatives du pétrole (pollutions des airs, des sols, des mers, des sources d'eau, des moyens de production, de raffinage et de transport; les effets dévastateurs sur la santé en milieu urbain des consommations pétrolières; la sur-abondance des produits dérivés du pétrole dont les plastiques, etc.), les effets induits sur la croissance d'un tel réalignement des ressources énergétiques et des moyens de production et consommation seront très importants sur le court et le moyen terme (les prix garantis à long terme par les opérateurs d'électricité nationaux, pour l'acquisition d'énergie générée par des opérateurs privés, pouvant aller jusqu'à 10 fois le prix de vente actuel de l'électricité), en particulier pour les ménages n'ayant pas les capacités d'investissement en moyens de production de proximité ou en réseaux énergétiques privés (panneaux solaires, parcs d'éoliennes et hydroliennes privés, etc.) dans les pays à faible investissement public. C'est dans ce cadre qu'il est nécessaire d'intégrer l'impossibilité de démultiplier, en un temps court, les productions énergétiques alternatives dans les domaines de la fission nucléaire (bien que le problème de la limitation des ressources se posera à nouveau avec l'uranium et que l'augmentation des déchets nucléaires rencontre des oppositions politiques considérables en Europe), de l'énergie renouvelable (solaire, éolien, hydroélectrique, géothermique, marémotrice, hydrolienne, maréthermique, des vagues, biomasse) y compris du projet (long terme) de fusion nucléaire (ITER). C'est ce qui explique la popularité grandissante chez certains décideurs (cf. campagne électorale américaine, paquet énergie de l'Union Européenne, etc.) de la séquestration géologique du dioxyde de carbone et du charbon "propre"; l'option des biocarburants ne rencontrant plus les faveurs des pouvoirs public internationaux depuis la mise en perspective de la crise alimentaire.

Cependant, les investissements en renouvellement du parc énergétique, du transport énergétique (une part importante de l'énergie étant consommée lors du transport sur des distances longues), des moyens de locomotion (qui représentent 60% de la consommation pétrolière des pays de l'OCDE; et qui pourraient baisser en favorisant les moyens de transport privés à faible consommation et les transports publics; le renouvellement total du parc automobile pouvant prendre jusqu'à 15 ans), et des stations énergétiques d'avenir (la transformation progressive des stations essence en stations électriques), lanceront non seulement des pans entiers des secteurs énergétiques de haute technologie, de la construction immobilière et des industries automobiles et aéronautiques, ainsi que les chantiers navals, mais aussi le financement de la recherche (en technologies propres) et le développement (favorisant tous les gains de productivité possibles). Cette dynamique pourrait potentiellement compenser les pertes de croissance liées aux coût pétroliers croissants, et leurs effets induits sur les secteurs les plus dépendants de cette forme d'énergie à court terme; mais uniquement dans les pays pouvant user de moyens redistributifs publics importants, et / ou ayant des secteurs privés d'investissements efficaces, permettant une adaptation rapide (que ce soit du point de vue construction de moyens énergétiques de remplacement, ou de réduction des consommations). La perception d'une crise technologique (incapacité de remplacer les moyens de transport usant du pétrole) est souvent biaisée par le manque de prise de conscience de l'état technologique actuel des moyens électriques (en plein effervescence), qui n'est pas comparable au niveau technologique des énergies alternatives suite aux deux crises pétrolières antérieures, et qui permettrait une évolution relativement rapide des réseaux énergétiques en milieu urbain (avec des systèmes de taxation préférentiels) et une évolution assurée en milieu rural à moyen terme (avec une évolution exponentielle des améliorations en matière de motorisation). Il en va de même pour les énergies solaires et éoliennes qui ont réalisé des bonds de productivité ces dernières années (surtout si comparé aux autres énergies alternatives comme l'hydrogène); ces moyens devraient être favorisés à outrance par le système fiscal (à l'inverse du charbon qui devrait être taxé davantage pour compenser ses coût environnementaux). Par contre, les moyens mis à la disposition des pays en développement pour faire face à ces nouveaux défis énergétiques, notamment les transferts de technologie prévus dans le Protocole de Kyoto (voir ce billet), seront très en deçà des investissements nécessaires, et devront être réévalués rapidement, sous peine de favoriser la décroissance de pays en pleine phase d'expansion.

Finalement, il sera nécessaire de mettre rapidement en place des soutiens aux pays avec des réserves pétrolières inexploitées et limitées, selon le modèle développé par l'ONU dans les années 90 (notamment dans les Etats avec des guerres financées grâce aux diamants), de sanctions envers les groupes rebelles cherchant à déstabiliser des gouvernements élus de manière légitime, ou profitant de l'inexistence de forces armées nationales pour commettre des crimes de guerre; et de stabilisation progressive avec l'aide de casques bleus et d'administrations internationales provisoires, en appui des gouvernements locaux, en cas de besoin. C'est dans ce cadre que devra se développer un processus pour le pétrole en provenance des pays en conflit, analogue au Processus de Kimberley pour les diamants (signé par les principaux Etats consommateurs de diamants, des ONG, et les producteurs internationaux de diamants), qui avait permis la diminution des ressources des groupes rebelles d'Angola, du Libéria et du Sierra Leone (voir les propositions de Michael L. Ross, professeur de science politique à l'Université de Californie sur ce sujet). Dans le cas du pétrole, le passage dans l'illégalité internationale des productions de pays comme la Birmanie (voir ce billet) ou de pays ayant souffert d'un Coup d'Etat financé de l'extérieur, ainsi que la recherche d'une plus grande transparence dans les liens commerciaux pétroliers sous peine de poursuites internationales (que ce soit en matière de comptabilité nationale, avec des audits selon des standards internationaux; ou d'accords contractuels et négociations de Contrats de Partage de Production - CPP - favorisant le développement des infrastructures nationales, comme c'est le cas en Afrique avec les CPP signés avec les compagnies chinoises, ou d'autres services sociaux liés au développement national, si besoin avec l'aide de la Banque Mondiale ou des Banques Régionales de Développement), pourraient changer considérablement la nature des conflits de cette première moitié de XXIème siècle; il en va de même des financements de fonds souverains ou fonds de pension qui refuseraient les investissements dans les pays producteurs, les entreprises pétrolières, leurs clients ou leurs fournisseurs pour des cas de non respect des droits de l'homme ou d'incitation des groupes rebelles contre des gouvernements légitimes (c'est déjà le cas contre les entreprises pétrolières chinoises et indiennes, PetroChina et ONGC, pour leurs investissements en Afrique, cela pourait aussi se voir pour les entreprises chinoise CCNOOC, malaisienne Petronas, l'algérienne Sonatrac, la libyenne NOC, et la brésilienne Petrobras).

Le Graphique des Reserves pétrole disponibles en fonction du cout économique selon EIA (2005) de Jean Laherrère est sous licence Creative Commons 3.0 ; La carte des pays producteurs de pétrole est sous licence Creative Commons 2.5

A lire: l'excellent article de Michael L. Ross dans le Foreign Affairs de Mai / Juin 2008, la série d'articles par Mediapart sur la crise pétrolière

Tags :

Journaux : Journal MoDem, Papyrus et vélins, grodem,mouvement (vaguement) démocrate grolandais, La foire du centre, De France et d'Ailleurs, Left & Center Citizens (LCC), Le Journal d'Odanel





   bio

Problématique du pétrole

© L'Hérétique - 04.07.08 | 06:35
   bio

La mondialisation peut-elle durer ?

© chems eddine Chitour - 30.06.08 | 08:13

   bio

Les conséquences du pic pétrolier sur l'économie et la paix

© Patrice SALZENSTEIN - 07.07.08 | 08:24
   bio

Pétrole à 300$ le baril ?

© Marc Vasseur - 27.06.08 | 09:10
   bio

L'impasse énergétique : une vérité qui ne dérange personne

© Claude Marseille - 28.06.08 | 08:53
   bio

Pétrole:L'or noir toujours sous haute tension

© maroc - 24.06.08 | 09:11
   bio

Il faut augmenter les taxes sur les produits pétroliers !

© Frédéric Guinot - 02.07.08 | 06:48
   eco

2008 année noire, saison 2, épisode 4 : le prix du pain

© Forest Ent - 04.07.08 | 06:39
   bio

La chaux, une solution à la crise énergétique ! *

© Chevalerie - 02.07.08 | 07:36
   bio

Gazprom à la conquête de la planète

© Alexandre Latsa - 28.06.08 | 09:23